On tient ENFIN le film neuneu de 2018 : ça s’appelle Sans un Bruit

Sans un Bruit, c'est vraiment le film le plus neuneu de 2018. Notre chroniqueur, dans son extrême bonté, vous explique pourquoi.

J’ai mis 25 minutes à retrouver mon mot de passe pour accéder au back-office de Cinématraque, signe que ça fait bien trop longtemps que je ne suis pas venu déverser ma bile sur un film nul. Tout ça, c’est la faute de 2018 et de mes choix audacieux, m’amenant à aller voir des trucs potables voire parfois même pas mal. Et quand un film ne me déplaît pas, je n’ai pas envie de venir en parler sur Cinématraque, vous êtes assez grands pour comprendre généralement ce qui est bien. En revanche, ce qui est tout naze, faut souvent vous expliquer pourquoi ça l’est.

Tadam !

Sans un Bruit est sorti au cinéma mercredi dernier, précédé d’une flatteuse réputation, et accompagné d’un attirail de com laissant à penser que merde, sont malins ces ricains, ça doit être chanmé comme film. Aussi, puisque ça parle d’un futur où tout bruit est proscrit sous peine de se faire manger par des monstres, des paquets de chamallows remplacent dans les salles de la capitale ceux habituellement dédiés aux scrouch-scrouch pop-corn.

Sont malins ces Ricains, hein ?

Bon, passé cette petite introduction sur laquelle j’ai en général perdu 88 % de mon lectorat, je vais vous parler un peu du film. Produit par Michael Bay. Sans un Bruit. Produit par Michael Bay. Sans un Bruit. Michael Bay.

J’ai souvent des idées de films

La nuit, il m’arrive souvent d’avoir des idées de films, dont je pense qu’elles sont géniales. Mais qui en fait s’avèrent merdiques quand je les raconte à ma compagne, parce que lorsque j’ai commencé à exposer l’idée rigolote, elle me dit « oui, et ensuite ». Et puis ensuite, y a généralement rien.

C’était le cas la nuit dernière de mon idée de film végane Sans un Fruit, où les humains étaient interdits de manger des fruits sous peine d’être mangé par Ronald McDonald. Sur le papier, ça avait de la gueule, mais quand il a fallu creuser, je me suis vite retrouvé dans l’impasse : Bryan avait vachement envie de cette tomate, mais la tomate était-elle considérée comme un fruit par McDo ?

Devant Sans un Bruit, j’ai très vite compris que ce qu’il manquait au scénariste, c’était ma compagne. Que lorsqu’il s’est réveillé cette nuit de 2017 en tapant l’épaule de sa femme pour lui dire : « ça y est, j’ai trouvé », celle-ci n’a pas eu le bon répondant. Ou bien était trop fatiguée, et a sorti un « mais oui, super », histoire de se rendormir pépouze en laissant à penser à son cher et tendre qu’il était un génie.

Extrait de la discussion qu’auraient dû avoir le réa et sa meuf :

  • Chérie j’ai une idée, un film d’horreur où on peut plus parler sous peine de réveiller des monstres.
  • OK. Et donc il se passe quoi ?
  • Ah oui t’as raison.

C’était pas si compliqué, si ?

Donc, l’idée de génie, c’est de faire un film sur un monde du futur où l’on ne peut plus faire un bruit sans être illico dévoré par des sortes d’insectes à grandes oreilles.

Film-paradoxe

Dans l’idée de base, c’est aussi bon que le bus qui ne peut pas ralentir sinon il explose (Speed) ou bien l’émission où tu peux pas avoir plus de 67 de QI sinon tu disjonctes (Touche Pas à Mon Poste).

Passée l’introduction déjà vue dans la bande-annonce (sérieux c’est relou quand tu comprends au bout de 3 secondes comment va se terminer une scène parce que tu as déjà vu le trailer du film et qu’il t’en révélait l’issue), te voici donc dans ce monde silencieux. Silencieux ? Ben non, évidemment, Michael Bay je t’ai dit. Donc c’est silencieux, puis petite musique pour faire monter le suspense, et puis BAAAAAM LES VIOLONS DANS TA GUEULE pour des jumpscares sonores bien relous toutes les 4 minutes 30, là où il eut été bien plus malin de jouer sur l’angoisse qui monte crescendo.

Ce que l’on peut reprocher le plus fort au film, c’est son refus de se positionner dans le game du cinéma horrifique, bouffant à tous les râteliers. D’abord prétendument radin — on ne voit presque pas la créature au début —, il tourne horrifique sans trop de raison dans sa seconde moitié.

Ses personnages agissent de façon plutôt sensée, ce qui est la marque de l’horreur made in 2010’s, mais le spectateur comprend le dénouement de l’histoire au bout de 25 minutes, là où eux passent le film à ramer. De paradoxe en paradoxe, on s’y perd, et l’on s’agace de sursauter pour des mecs dont on n’en a absolument rien à secouer. Oui, parce qu’on ne s’attache à personne dans ce film. Ils ne causent pas, ils ne sont jamais drôles, ils ne sont jamais contents ; ils n’existent pas. Tous sont les joujoux d’un réalisateur qui file simplement son idée de départ, en se persuadant qu’elle est tellement géniale qu’elle va bien durer 1 h 30, hein !?

Pas boom boom boom

Et puis le final est ridicule de connerie, stoppant net là où le vrai Michael Bay aurait commencé son film, là où les explosions auraient débuté. Comme si le réalisateur nous disait combien il était plus malin que les autres et que nous, on a bien fait d’aller voir son film parce que merde, le cinéma c’est pas que du boom boom boom.

Le mec te fait croire qu’il est subtil alors qu’il a passé tout son film à user et abuser d’incohérences scénaristiques pour faire avancer son récit. Alors moi, d’ordinaire, je ne suis pas le mec qui va dire « c’est pas réaliste » à la sortie d’un film pour le démonter, mais là, c’est un peu comme quand un type te dit dans un commentaire Facebook que ton article est « plain de faute d’ortographe ».

Bref, si t’as un tantinet confiance en moi — le contraire serait tout à fait audible, j’ai le coffret des Sexy Dance à la maison et j’aime les regarder tous à la suite une fois par an —, passe ton chemin. Et puis va voir Hérédité ou A Genoux les Gars. Là au moins on te prend pour-de-vrai pas pour un con. Là au moins on te balance un peu de cinéma plein d’idées en pleine tronche.

M’enfin de toute façon, vous serez quatre à avoir lu cet article en entier (salut Maman !).

Sans un bruit, de John Krasinski avec Emily Blunt – John Krasinski – Millicent Simmonds et Noah Jupe. En salle.

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