Troppa Grazia, la Madone

Vingt-trois ans après son Nella Mischia, aussi sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, Gianni Zanasi avait l’honneur de la clôture de cette cinquantième édition avec Troppa Grazia. Cas rare, comme l’a souligné le futur ex-directeur artistique de la Quinzaine Édouard Waintrop, le film a été récompensé du Label Europa Cinéma alors qu’il était en clôture. Voguant entre les genres (thriller, drame, comédie), Troppa Grazia conserve une idée principale : la foi. La foi et de manière plus élargie : la croyance, les mythes et tous les éléments y étant inévitablement relatifs : la foi dans les relations, la foi religieuse, la foi dans l’être humain.

Lucia (Alba Rohrwacher), mère célibataire, bataille pour trouver un juste équilibre entre sa fille adolescente, une histoire d’amour compliquée et sa carrière de géomètre. Son avenir professionnel se voit compromis lorsqu’elle réalise que la future construction d’un bâtiment ambitieux s’avère en fait être dangereuse pour l’environnement en raison des cartes topographiques inexactes du conseil municipal. Lucia est tiraillée, mais pas peur de perdre son travail, elle décide tout de même de garder le silence sur cette découverte. Une mystérieuse étrangère essaye alors de convaincre Lucia de tenir tête à ses supérieurs et recommande la construction d’une église sur le site du chantier problématique. Lucia, qui croit aux miracles, va rapidement être mise à l’épreuve.

Car en fait, il n’y a aucun miracle dans Troppa Grazia, l’apparition de la Madone (Hadas Yaron) à Lucia ne change rien. Il est question davantage de confiance en soi (confiance interne) que de croyance dans une entité autre (confiance externe). Lucia n’est pas croyante, elle ne l’a jamais été, même lorsqu’elle interroge son père sur un possible oubli, il est catégorique : non, non ma fille : tu n’as jamais cru en Dieu contrairement à moi. Mais qu’est-ce que j’aimerais voir la Madone comme tu la vois actuellement ! Voir, ne pas voir : une question de cinéma. Une question d’appréciation aussi puisque Lucia voit d’abord une immigrée, une mendiante, puis un fantôme avant de percevoir la mère de Jésus. Au fond, ce n’est que l’appréciation de Lucia qui change, la personne face à elle reste la même que ce soit dans son « genre » (femme), son parlé (encore que, d’un langage se rapprochant de l’hébreu, elle s’exprimera en italien) ou sa tenue (assez simple, ample et composée principalement de bleu). Cette question du regard peut-être aussi transposé à d’autres personnages. C’est le cas de l’ancien compagnon de Lucia (Elio Germano) qui la pense folle avant de nuancer sa vision au fur et à mesure que la fin du film se profile. Le voile est levé, c’est l’apocalypse !

Une apocalypse dans un trop plein de grâce, n’est-ce pas contradictoire ? Pas tellement tant Gianni Zanasi s’amuse des conventions et de nos attentes spectatorielles pour nous offrir une œuvre jouissive qui aurait gagné à être plus concise pour gagner en puissance critique (cf. la scène d’ouverture).

Troppa Grazia de Gianni Zanasi, avec Alba Rohrwacher, Carlotta Natoli, Elio Germano, Giuseppe Battiston, Hadas Yaron et Thomas Trabacchi. 1 h 50. Prochainement en salles.

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