Guy, NOS-TAL-GIE

Après Le talent de mes amis (2015), Alex Lutz revient derrière la caméra avec Guy, film de clôture de cette 57e Semaine de la Critique de Cannes. On aurait pu s’attendre au pire, à un passe-droit de l’organisation pour le poulain de Canal+ et StudioCanal. Il n’en fut rien. En fait, par sa force élégiaque et la sincérité qui se dégage du film de et avec Alex Lutz, on assiste à une très belle clôture d’une semaine marquée par la mélancolie celle du Wildlife de Paul Dano en passant par celle du Sauvage de Camille Vidal Naquet ou encore celle du Diamantino de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt.

Plus qu’une mélancolie se rapprochant du spleen, la mélancolie qui s’est dégagée des différentes œuvres de la Semaine de la Critique cru 2018, est une mélancolie s’adonnant davantage à une nostalgie, avec Guy c’est exactement cela. En filmant Guy Jamet (Alex Lutz), un artiste de variété française has been depuis plusieurs années, Gauthier (Tom Dingler), jeune journaliste enquête aussi sur ce qui pourrait être son père suite à mystérieux mot laissé par sa mère. Afin d’accentuer le côté investigateur et immersif, Alex Lutz utilise le faux documentaire (plus précisément un mockumentary ou un documenteur). Problème, en montrant directement le générique d’introduction, la croyance dans ce faux est rapidement évacuée. Certes, elle n’est pas essentielle au récit, mais Guy aurait gagné à jouer sur ce faux qui devient vrai (ou ce vrai qui devient faux) comme c’est le cas dans Forgotten Silver de Peter Jackson (1995) ou This is Spinal Tap de Rob Reiner (1984). Cela est regrettable, car l’équipe de Guy effectue un travail incroyable et remarquable pour rendre Alex Lutz méconnaissable, lui-même a élaboré un personnage complexe (déjà entraperçu dans sa carrière) avec une démarche et un phrasé singulier. Dans le même registre, les chansons, les musiques de Vincent Blanchard et Romain Greffe appuient ce côté réaliste empreint des années 60 à 90.

Car oui, Guy, outre cette quête évidente du père fictif de Gauthier, c’est aussi la quête de Guy Jamet pour renouveler son public autant que pour l’entretenir, c’est évidemment la quête d’Alex Lutz pour raviver un passé plus d’actualité, mais pas tout à fait mort : celui de la variété française. Genre musical singulier qui a vu éclore France Gall, Claude François et tant d’autres ! De ces recherches diverses, mais ayant le même but, la même volonté : découvrir qui sont-ils, d’où viennent-ils, Gauthier, Guy et Alex dégagent une tendresse certaine face à un monde qui se dérobe à eux. Pire même, qui les fuit. Tout le contraire de la mise en scène d’Alex Lutz qui nous confronte directement à ces personnages. Impossible d’échapper à leur misère, leur détresse, leurs moments de joie ou ceux d’égarement (c’est le cas par exemple lors des concerts de Guy). Et au fond, veut-on y échapper ? Le cocon formé par Guy nous rend à notre tour nostalgique et nous rappelle à notre bon vouloir ces paradis perdus que chacun-e tente de retrouver.

Guy d’Alex Lutz, avec Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot, Nicole Calfan, Dani et Élodie Bouchez. 1h41. Sortie prévue le 29 août 2018.

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