Petra : Parent pauvre

Après un film sélectionné à Un Certain Regard en 2014, le cinéaste espagnol Jaime Rosales revient à la Quinzaine avec Petra, qui raconte une tranche de la vie d’une artiste peintre en quête de père. D’une rigidité peu commune, le film s’essouffle à mesure que Jaime Rosales abat ses cartes et finit même par agacer dans ses procédés de mise en scène surstylisés. Une véritable déception, et ce malgré la présence au casting d’une grande dame du cinéma hispanique (Marisa Paredes) qui n’aura pas suffi à faire office de cache-misère.

Jaime Rosales pousse le bouchon trop loin

L’intégralité du dispositif mis en place par Jaime Rosales pourrait se limiter aux cinq premières minutes du film. Un chapitrage explicatif de type « le jour où machine a avoué son secret à trucmuche », un plan surcadré englobant un couloir d’appartement vide, des sons en off puis une caméra rampant lentement vers les personnages en pleine discussion de l’autre côté du mur. Par ces quelques choix, le ton du film est déjà donné avant même qu’il ne se passe la moindre interaction. Nous, spectateurs, resterons alors le temps du film dans cette même position de voyeur arpentant les couloirs comme un spectre omniscient. Si ce procédé de filmage a été exploité à maintes reprises par nombre de cinéastes, il aura rarement été aussi surligné au feutre rouge ; cela marche bien un temps, développant une atmosphère singulière de malaise, mais finit par alourdir à la fois l’originalité de la démarche et le récit lui-même. S’ajoutant à cela le fameux plan séquence, utilisé à tout bout de champ dans le cinéma contemporain et dont les travers purement poseurs n’échapperont pas à Petra, qui les multiplie dans de longues séquences dialoguées où la caméra portée circule comme un serpent entre les visages des comédiens. On lui reconnaît bien un avantage, celui de permettre une plus grande liberté de jeu sur la durée et d’expérimenter l’improvisation avec une plus grande facilité. Or, ici encore, Jaime Rosales pousse le bouchon trop loin en abusant jusqu’à la nausée de son tour de magie. Obsédé par ses effets, le cinéaste oublie donc un peu vite que leur efficacité doit avant tout passer par leur diversification ou par la subtilité de leur dosage, totalement ignorée ici. Soit, tout nous paraît déjà prévisible et fade la première demi-heure passée à force d’accumulation éreintante des mêmes cabrioles sur 1h40 d’un film qui paraît en durer trois.

Mais ce qui plombe une bonne fois pour toutes Petra passe aussi par les chemins scénaristiques empruntés par Jaime Rosales, qui fait basculer son film du côté du thriller psychologique – à l’image de sa mise en scène aux gros sabots, il prend le parti de déconstruire la chronologie du récit et tente par tous les moyens de rendre son histoire la plus tordue (voire insoutenable) possible. Pas de place pour les personnages dans Petra qui sont relégués au rang de marionnettes sans âme, de pions que l’on déplace à sa guise dans de beaux plans bien cadrés. Évidemment le choix de la déconstruction narrative enfonce le clou de la mise à distance et ne permet en aucun cas d’éprouver quoi que ce soit pour leur destin tragique, d’ailleurs toujours expédié en deux temps trois mouvements comme s’il s’agissait de faits sans importance. Cela n’empêche pas Jaime Rosales de succomber à la tentation, de faire subir à ses personnages les pires immondices avec une complaisance problématique (on se croirait parfois chez Michel Franco, quelques grammes de putasserie en moins) qui ne le serait pas s’il avait pris le temps de s’intéresser à ceux qu’il filme. On peut également se pencher sur ce choix curieux d’avoir évacué quasiment toute la tension dramatique du film en ayant recours au chapitrage, choix qu’on pourrait voir comme un naufrage de plus s’ajoutant à la liste, à tel point que tout y devienne désespérément lisse et dénué d’enjeux réels. Au bout du compte on ne retient de Petra que ses sursauts de violence superficiels et parfois risibles dans leur exagération, sans même savoir où Jaime Rosales a voulu en venir. Et quid du personnage qui donne son nom au film, pourtant correctement interprété par Barbara Lennie ? Elle n’est qu’un fantôme, à peine regardée par le cinéaste.

Un petit film boursouflé

Pour conclure, admettons alors que Petra, s’il peut paraître sympathique de prime abord, n’est en réalité qu’un petit film boursouflé par une mise en scène faussement tapageuse et sans grande inspiration. Sous couvert de subversions, Jaime Rosales se permet alors les pires raccourcis et caricatures tout en nous prenant nous, pauvres spectateurs, en otage. À éviter.

Petra, de Jaime Rosales. Avec Barbara Lennie, Alex Brendemuhl, Marisa Paredes, Joan Botey. 1h47. Date de sortie inconnue.

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