Chien : au pied de Vincent Macaigne

On avait laissé Benchetrit sur des rencontres. De l’espoir, de l’humanisme. Asphalte, c’était beau et émouvant. C’était forcément bien, vu que les Cahiers avaient trouvé ça faux cul. Dans la séquence finale, l’astronaute américain atterri en pleine cité au cœur des populations marginalisés du pays, repartait en hélicoptère. Dans le nouveau film de Benchetrit, Chien, deux hélicoptères se foncent dessus. Et explosent. D’ailleurs, d’après le réalisateur, qui avoue une fascination pour les hélicoptères, l’un des deux est le même que dans Asphalte. Clairement, on n’est pas là pour se marrer. Bienvenue dans quatre vingt dix minutes de souffrance en compagnie de Vincent Macaigne.

C’est lors du tournage d’Asphalte que le producteur va tomber sur le dernier roman de Samuel Benchetrit. Il lui témoigne alors son envie de l’adapter au cinéma, ce à quoi ce bon vieux Samuel a répondu : « ouais ? Bon courage. » Pas motivé parce qu’il savait que cela serait déprimant, ce bon vieux Sam a fini par se retrouver aux manettes pour une œuvre intense, chelou, et surtout difficile à cerner.

Jouer avec des animaux, ça n’est pas simple. Vincent Macaigne lui, le fait avec un dévouement sans égal.

Chien raconte l’histoire d’un gros loser, joué par Vincent Macaigne. Gros loser, d’un point de vue société du travail, macronisme et tout ça. En soi, il s’agit d’un type beaucoup trop doux, totalement dépourvu de cynisme et qui est prêt à tout croire et tout accepter. Au début du film, sa femme le quitte, prétextant une maladie de peau causée par sa présence. Il part vivre dans un hôtel, sans un rond. Il décide d’acheter un chien, et des cours de dressage, mais perd le chien. Je ne vous dis pas comment. Il se met alors à suivre les cours de dressage, en tant que chien. C’est ainsi que sa transformation débute…

Tout le monde le maltraite ; son fils, son boss, son banquier… Mais il laisse tout couler. Il accepte tout. Il est le symbole de la passivité que l’on trouve dans la dépression la plus marquée : celle qui fait fuir toute forme de conflit. C’est plus simple d’accepter que de se battre pour exister. Oui, Chien est définitivement le feel good movie de l’année, on est bien d’accord. Attention, je ne dis pas que ce n’est pas drôle : il n’y a rien de plus amusant qu’une mélancolie bien filmée. Qu’un destin sordide mis en scène pour ce qu’il est, c’est-à-dire une absurdité si puissante qu’elle force le rire. Mais ce rire cache globalement l’envie de se tirer une balle. Pour cette raison, il est probable que ce long métrage divise beaucoup. Entre cynisme et humanisme profond, difficile de savoir sur quel pied danser dans ce film, et ce jusqu’à la séquence finale que je ne spoilerai pas ici.

Tout n’est pas forcément compréhensible dans le dernier Benchetrit. Il a une approche de l’image très subconsciente, il intègre des éléments dans ses films et cherche à créer des réactions de son public, sans forcément avoir des réponses à tout. C’est peut-être la partie la plus plaisante de son travail ; laisser le public s’emparer des séquences et nourrir l’œuvre au maximum. On trouve par exemple dans le film une réflexion sur la violence des images, qui nous est transmise par les fonds d’écran par défaut des ordinateurs. Ces paysages pseudos rêvés, que le héros vient lui-même à fantasmer et/ou visiter, tranchent nettement avec la ville inventée dans le film, aussi morose qu’un après-midi pluvieux en compagnie d’un fan de Uwe Boll. Y-a-t-il d’une dénonciation politique dans Chien, une critique sociétale ?

Je vous balance un fun fact : le chien ici présent est dans le script, présenté comme « ressemblant à Hitler ». Mais il ne ressemble pas à Hitler, c’est un espèce de gag absurde. Or, lors de la rencontre avec les dresseurs pour le tournage, Benchetrit s’est retrouvé face à un petit chien qui avait été déguisé en Hitler. Logique…

Pour Vincent Macaigne, c’est une évidence. Lui a construit son rôle pour le film avec cette approche-là. Il y a vu de la politique, en long en large et en oblique. C’est d’ailleurs la raison principale qui devrait vous pousser à voir ce film : une performance d’acteur qui ne fait que confirmer la place de Macaigne au sommet. Ce type ose faire des choses avec son corps, a une telle dévotion envers le rôle, c’est admirable. Personne dans le paysage français n’est actuellement capable de faire ce qu’il accomplit. Personne ne peut être aussi royal dans l’humiliation. Et face à lui, le dresseur terrifiant campé par Bouli Lanners vaut également le détour. Pour la petite histoire, ce rôle a failli être donné à Jean-Claude Van Damme… Dans une dimension parallèle, Chien aurait été un film très différent.

Quoi qu’il en soit, on attend désormais avec hâte les coffrets DVD Fnac duo Chien/Didier. C’est inévitable.

Chien, de Samuel Benchetrit. Avec Vincent Macaigne, Bouli Lanners et Vanessa Paradis. Sortie le 14 mars.

Professeur d'anglais. Enseignant en ciné à l'INA. Scénariste parfois, réalisateur quand tout va mal. Comédien et chanteur pour les Kids des Etoiles. Fan #1 de Superman. Antifan #1 du Punisher.

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