Les Tuche 3 : très drôle, surtout !

Évidemment, il y a de l’appréhension, à l’entrée de la salle. Être mélangé à la plèbe (beurk) face à un grand écran, et ce devant une comédie populaire : d’aucuns n’en sont pas ressortis indemnes. Parenthèse : je ne comprends d’ailleurs pas vraiment ces gens qui s’affairent devant la porte, eux qui ont payé une quinzaine d’euros la séance, là où le Festival de Cannes c’est gratuit, et en VO.

Les Tuche sont une famille un peu tarée qui, en deux épisodes, se sont fait une solide réputation, au point d’avoir réalisé sur le mercredi dernier la 12e meilleure première journée de l’histoire du cinéma français. Petits films très rentables, Les Tuche 1 et 2 brillaient par leur énergie et leur absence de limite. Et aussi – surtout ? – par Jean-Paul Rouve, exceptionnel. Il campe le rôle de Jef Tuche, le patriarche fan de l’AS Monaco ; Isabelle Nanty c’est Cathy, sa femme fan de « pommes de la terre ». Ils ont à la maison un ado pseudo-rappeur, une bimbo « miss Bouzolles », une grand-mère accro à la Suze et un gamin surdoué : les Tuche, c’est une famille qui n’existe pas ailleurs que dans l’écran, et est délestée de « toute ressemblance avec des personnages réels ». Ajoutez à cela que cette famille va gagner 100 millions d’euros à la loterie, et vous vous astreindrez définitivement de tout réalisme, vous aurez le champ libre pour rire de et avec vos personnages sans froisser personne.

Ceci explique sûrement – et c’est rare en ces temps où « l’on ne peut plus rire de rien » – l’absence de polémique autour d’un film qui pourtant cartonne. Ça, c’est un sacré tour de passe-passe d’Olivier Baroux qu’il convient de saluer.

Si Les Tuche 1 était une bonne comédie, le 2e épisode, toujours très drôle, s’essoufflait un tantinet sur la durée. Ô surprise, relent d’intérêt avec ce nouvel opus : Les Tuche 3 est d’assez loin le plus réussi de la série, et en prime une excellente comédie française. La raison est assez simple : après les deux films précédents, on connaît les personnages, on sait ce que l’on aime de chacun d’eux, et Baroux, malin, décide de les débarrasser de tout souci de cohérence, de logique ; à l’instar d’Eric et Ramzy, il décide d’adapter ce qu’il raconte aux gags qu’il veut mettre en scène. Ça serait drôle que Jef Tuche devienne président de la République ? OK, et même qu’il le serait parce que tous ses adversaires à la présidentielle auraient des casseroles qui les disqualifieraient.

Baroux fonctionne comme un gamin qui joue avec ses peluches, à coups de « on dirait que ». Ainsi, il ne s’interdit rien, même pas d’insuffler un tantinet de satire politique dans son film.

C’est même là que Les Tuche s’approche de la grande comédie populaire, lorsque le temps d’une scène il sort son spectateur de la simple moquerie. Quand Jef Tuche lance une grève à l’Elysée pour forcer les patrons du CAC 40 à reverser un pourcentage de leurs bénéfices aux employés, on est assez impressionnés. Parce que ce serait populiste et démago si ça n’était pas fait avec tant de tact : ça n’est pas la lutte qui est mise en avant, c’est le comique de la situation de la cour de l’Élysée remplie de banderoles, de friteries et de barbecues qui l’est. Aussi, l’on comprend que subtilement, sans en faire des caisses, le film montre un autre champ des possibles politique. Un peu comme quand Jef Tuche vient sur un marché démonter l’argumentaire de son opposant d’extrême droite face caméra. Ce qui fait marrer, c’est la réaction des gens autour, mais ce que dit Tuche, c’est tout sauf con. « On était quoi avant ? DES TÊTARDS, ON ÉTAIT TOUS DES TÊTARDS. » Faut le dire avec l’accent Tuche – pour le moment je le peaufine, perso, je suis à 4/10, j’attends un mooc par Jean-Paul Rouve.

ce serait populiste et démago si ça n’était pas fait avec tant de tact

Mais réduire le film à un objet politique et tout et tout, c’est malhonnête, parce que c’est faire mine de prendre de la hauteur, pour se placer au-dessus de la mêlée. Les Tuche 3, c’est avant tout une avalanche de gags, de punchlines, de situations foldingues. Et le résultat est mécanique : on se marre. On pleure de putain de rire. Et toute la salle est comme nous. Voir Jef Tuche ridiculiser son adversaire du deuxième tour (Mr Papin) au débat des présidentielles en se décollant les oreilles et en gueulant « Papin, Papin », agaçant énormément celui-ci, c’est évidemment hilarant.

Je vais être honnête avec toi, lecteur, je ne serais pas allé voir le film si Gaël (oui oui, Gaël Martin, le seul et l’unique) n’avait pas partagé sur mon mur un article du Monde disant beaucoup de bien du film. Et donc j’ai lu la critique, et puis les autres, presque toutes bonnes, y-compris des médias les plus intellos. Franchement, lecteur, ça me fait un plaisir fou. Et j’espère que c’est le début d’un bouleversement de situation salutaire : à force de dénigrer la comédie populaire qui fait rire (Les Tuche 1 et 2 avaient reçu des critiques assez merdiques, par exemple, et puis tous les ans au Festival de l’Alpe d’Huez en général, l’on n’aime pas trop la presse intello qui nous le rend bien), le cinéma français a généré des trucs comme Ami Ami, des comédies pas ratées mais pas très drôles quand-même, condamnées à être « charmantes ».

Perso, rien ne m’agace plus que la comédie qui s’empêche d’être marrante quitte à être parfois idiote.

Peut-être les Tuche 3, à l’instar outre-Atlantique des films des frères Farrelly, sont-ils en passe de décomplexer une certaine élite parisienne, et de facto, sur le long terme, une génération de futurs rigolos bons réalisateurs, dont l’objectif pourrait ne plus être simplement de faire sourire Paris, mais peut-être de faire se bidonner la France entière, Paris incluse.

Les Tuche 3 de Olivier Baroux avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty. En Salle. 

(Dzibz n'étant pas mon vrai prénom) Red'chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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