Lumière sur LES HEURES SOMBRES : un biopic éclatant !

Tout cinéphile a ses propres hantises : personnellement, j’ai toujours eu du mal avec les films historiques dit « héroïques ». Cela remonte à 2001 et à la sortie de Pearl Harbor de Michael Bay. Le patriotisme dans les films était alors à son paroxysme et mon moral en berne (j’avais treize ans aussi). Depuis de l’eau a coulé sous les ponts, mais il n’empêche que très peu de biopics ont trouvé grâce à mes yeux, la nuance entre classique et ronflant étant bien souvent inexistante.

C’est donc non sans une certaine appréhension que je suis allée voir Les Heures Sombres, réalisé par l’Anglais Joe Wright (Reviens-moi, Orgueils & Préjugés, Hanna ou encore Anna Karenine…) et sélectionné dans la catégorie Playtime au Festival de Cinéma Européen des Arcs.

ce film est aussi stylé que le chapeau melon de Sir Winston

Ce biopic retrace les premières heures de Churchill au sein du gouvernement britannique en mai 1940, quand l’Angleterre doit faire un choix entre capituler ou s’opposer à Hitler, quitte à en payer le prix. Et dear God, ce film est aussi stylé que le chapeau melon de Sir Winston !

Construit sans temps mort, Les Heures Sombres est le pendant politique du Dunkerque de Christopher Nolan, sorti l’été dernier. Le film est monté comme un compte à rebours contre l’invasion allemande, d’abord en Belgique, puis en France, et c’est bientôt l’ensemble de l’armée britannique qui se retrouve prisonnière des côtes françaises. Doit-on négocier ou combattre ? Plier ou mourir la tête haute ? Le Premier ministre fraîchement débarqué ne veut pas pactiser avec l’Allemagne. Mais au sein même de son gouvernement, il est bien le seul…

Contrairement à Nolan, son homologue américain, et pour éviter toute comparaison, Joe Wright a l’intelligence de ne pas s’aventurer « sur le terrain », préférant retranscrire toute la tension qui repose sur les épaules du Premier Ministre anglais, dans les coulisses de ce sauvetage extraordinaire. Un peu comme dans Amen de Costa-Gavras, qui matérialisait toute l’horreur des camps de concentration rien qu’en filmant le départ de trains toujours plus nombreux, Joe Wright parvient à faire comprendre tout l’enjeu qui pèse sur chaque décision, presque sans jamais quitter la War Room. Devant l’urgence de la situation, chaque seconde d’atermoiement permet à l’ennemi de gagner un peu plus de terrain. Les plans sont anxiogènes et les lumières bien sombres au fur et à mesure que l’étau se resserre sur Winston Churchill.

Le sauvetage des 300 000 soldats anglais à Dunkerque : « Don’t mess with my men, don’t mess with my boys »

Pour incarner ce Grand Homme, encore fallait-il un grand acteur. Sous d’épaisses couches de maquillage, Gary Oldman est immense. Il incarne à la perfection ce politique au flegme et à l’humour indéniables, pourtant empli de doute face à l’immensité de la tâche à accomplir. Grâce à lui et à la mise en scène implacable de Joe Wright, on pardonnera aisément au film sa petite baisse de rythme dans la deuxième partie, notamment due à une scène superflue dans le métro londonien.

Allez voir Les Heures Sombres. Pour vous réconcilier avec le genre du biopic. Pour le courage et l’humanité d’un homme. Pour la performance d’un acteur. Et pour que l’on se souvienne du temps où l’on ne courbait pas l’échine.

Les Heures Sombres, de Joe Wright. Avec Gary Oldman, Lyli James, Ben Mendelsohn. Sortie le 3 janvier 2008.

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