Gaspard va au mariage : Elaeudanla Teïtéïa

Après avoir été découverte dans La Bataille de Solférino et s’être mise en scène dans Album au théâtre, Lætitia Dosch se retrouve, en cette fin d’année 2017, l’actrice incontournable du cinéma français. Son corps est en ébullition, connu pour être indomptable, impossible à cadrer autant chez Justine Triet que chez Léonor Serraille qui lui a pourtant accordé une œuvre totalement autocentrée  (Jeune Femme, saluée cette année à Cannes par une caméra d’or surprenante). Lætitia Dosch est un animal sauvage prêt à bondir, sans prévenir, hors du champ. Il n’est pas étonnant que la cinéaste (sortant d’une promo de scénaristes à la FEMIS) n’ait pas réussi à enfermer la bête. Avec Gaspard va au mariage, Antony Cordier n’est pas le premier à être fasciné par l’actrice et échoue comme les autres à se montrer à la hauteur de son talent.

le masculin tient le film par son titre, les femmes par le récit

Pourtant, à y regarder de plus près, on décèle une évolution ; confronter la nature animale de la comédienne à celle d’un monde sauvage artificiellement encadré par les grilles d’un zoo n’est-il pas le meilleur moyen d’apprivoiser le jeu affranchi qu’a toujours imposé Dosch ? En l’isolant dans une volière au milieu de vautours, elle se retrouve en face d’une faune plus incontrôlable qu’elle, des êtres enfermés se trouvent bien plus libres d’être. Face aux plus mignons des bébés tigres, cette fois autorisés à se promener dans la propriété, dans les territoires des hommes, l’actrice, elle, préférera fuir. La nature de la comédienne a changé. On pouvait s’en douter à son apparition : puisque si le masculin tient le film par son titre, ce sont les femmes qui tiennent le récit et auxquelles le cinéaste se plait à rendre honneur. À Lætitia Dosch en particulier. Le réalisateur l’enferme dans le cadre dès le premier plan. Dosch le fuit et se fond dans un groupe d’activistes. On apprendra plus tard qu’elle ne les connaissait pas, n’y voyant qu’une opportunité de manger un peu et de prendre un bon café. La belle idée d’Antony Cordier est d’avoir confié à l’actrice un rôle, certes excentrique, mais plus apaisé qu’à l’habitude.

De la même manière pour contrer la forme atomique qui caractérise à l’accoutumée le jeu de la comédienne, le cinéaste lui met dans les pattes cinq comedien.nes dont chacun.es peut être compris comme le miroir de Lætitia Dosch. Le plus évident est la femme animale (Christa Theret), petite sœur de Gaspard, sortant tout droit de Princesse Mononoke et de Peau d’Âne qui verra dans le personnage de Lætitia Dosch une rivale à éliminer à tout prix. Et puis il y a le père, propriétaire de la ménagerie, interprété par le sauvage et charismatique Johan Heldenbergh, acteur belge aperçu  entre autres dans Alabama Monroe et déjà patron de zoo aux côtés de Jessica Chastain, dans The Zooskeeper’s Wife. C’est le dernier à apparaitre dans cette ménagerie, mais son nom seul semble le désigner comme le totem de la famille. À l’image de Lætitia Dosch, Marina Fois (la belle-mère), est arrivée sur le tard dans cette famille, elle tolère la folie qui y règne et la transgression de certains tabous, socles des sociétés humaines. La mère louve, calme, mais sachant être féroce veillant sur une meute qui l’a acceptée. On imagine, sans mal, l’évolution naturelle du jeu de l’actrice s’aventurant sur le chemin tracé par l’ex Robin des Bois. Restent les deux frères, Guillaume Gouix et évidemment Félix Moati, le fameux Gaspard. Si le premier a tout du dompteur, il se révèle trop fragile pour s’imposer. C’est vers Gaspard, l’inquiet Félix Moati (vu récemment dans Simon et Théodore de l’ami Mikael Buch) que se tourne le personnage de Dosch.

disséquer le corps de la comédienne

C’est dans les bras de ce dernier que le cinéaste va enfin réussir à rassurer l’angoisse d’être de Lætitia Dosch : à la faveur d’une séquence de danse, une des seules prouesses de mise en scène d’Antony Cordier. Félix Moati enlace Lætitia Dosch, Christa Theret de son côté, femme animale, l’emprisonne de son regard. À travers la direction d’acteurs, l’utilisation de la lumière et du montage, Antony Cordier tente de disséquer le corps de la comédienne pour y déceler tous ses mystères. Si Gaspard va au Mariage n’est pas un grand film, il a tout de même le mérite d’imposer définitivement la spécificité unique du jeu de Lætitia Dosch.

Gaspard va au mariage, d’Antony Cordier. Avec Lætitia Dosch, Félix Moati, Christa Theret, Marina Fois, Johan Heldenbergh et Guillaume Gouix. Sortie le 31 janvier 2018.

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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