Nos intrépides aventures au Festival d’Annecy : Part One

Après une première expérience plus que concluante en 2016, c’est avec joie que je rempile pour Cinématraque cette année. Une fois encore la sélection est riche, variée, et la Chine est mise à l’honneur. Ce qui n’a pas été sans susciter des tensions puisque le gouvernement chinois a fait pression sur le festival pour faire déprogrammer Have a nice day de Jian Liu. Le film avait pourtant déjà été bien accueilli lors de sa sélection en compétition officielle à la Berlinale de 2017.

Le délégué du festival Marcel Jean répond à cette question dans Le Film français :

Dans un recoin de ce monde

Après un dimanche placé sous le signe du pédalo sur le lac d’Annecy, chaleur fracassante oblige, le festival a commencé. Avant d’affronter les zombies, j’ai pu visionner un très joli film japonais. Il avait suscité l’engouement lors de sa présentation en work in progress : l’adaptation de Dans un recoin de ce monde de la mangaka Fumiyo Kono sorti en 2008 au Japon.

Le film qui se déroule aux abords d’Hiroshima raconte l’histoire de Suzu que l’on découvre en 1933 et que l’on suivra jusqu’en 1945 après l’explosion de la première bombe. Le film se concentre sur son personnage, marié de force à un homme, elle doit quitter Hiroshima pour Kure où elle va vivre avec sa belle-famille. La guerre est rude et les jours filent jusqu’à la date fatidique du 6 août 1945. Pendant deux heures, Sunao Katabuchi nous conte le quotidien des Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale, période faite de souffrance, de rationnement, d’alertes aux bombardements. Mais centrer son récit sur cette jeune femme et les personnages qui gravitent autour d’elle lui permet d’illustrer les moments de relâchement, de rire, de partage et d’entraide.

C’est grâce à son style que le film fait naître la poésie. Tout le long du long métrage, on découvre l’amour de Suzu pour le dessin, d’où naîtront de magnifiques séquences comme des tableaux colorés. Un peu à la manière d’Ozu on s’intéresse aux détails qui construisent la petite histoire dans la grande. Il me semble que c’était la première fois que je voyais un film prenant décor à cette période avec une volonté aussi optimiste de traiter de la vie. Si l’œuvre met en lumière les horreurs de la guerre atomique, le réalisateur magnifie les moments chaleureux que l’humain sait en faire émerger. Le personnage de Suzu est d’ailleurs en train de devenir un symbole de décence et de modèle à suivre. Il me faudra toute l’attention d’un second visionnage à sa sortie en salles le 13 septembre pour saisir toutes les subtilités de Dans un recoin de ce monde.

Première matinée riche en émotions.

Je me suis, ensuite, précipité vers une salle bien trop climatisée — le Gaumont me rendra malade avant la fin du festival — afin de découvrir la version restaurée du premier film (si, si) de l’immensément regretté Satoshi Kon : Perfect Blue, sélectionné dans la nouvelle catégorie « Midnight Special » aux côtés de différents courts-métrages. Pour ce qui est de la restauration : le son est toujours aussi clair, fort d’un mixage rendant au mieux du malaise et de l’ambiance angoissante du thriller. Pour ce qui est de l’image : dur de juger de sa restauration tant le film montre encore pas mal de défauts (points sur l’image, ombres impromptues) allant au-delà du grain habituel d’un scan de celluloïd.

Ce coup d’essai, coup de maître, avait été pour moi un véritable choc à différents niveaux quand je l’avais découvert à mes 12 ans, si bien que je l’avais aussitôt revu le lendemain. J’avais passé à la nuit à m’enthousiasmer des champs des possibles de l’animation. 20 ans après sa sortie, le film donne toujours le même effet de sidération : aussi bien par son traitement de son sujet et par la virtuosité technique de Kon dans l’art du montage. Rien ne lui échappe et il arrive en 1 h 20 à traiter tous les sujets qu’il aborde : la naissance de la célébrité, le rapport aux médias, le fan confronté à l’avatar qu’on lui agite sous les yeux. Le film annonce par ailleurs une thématique récurrente chez le cinéaste, la réalité subjective et l’étroite frontière entre réalité et fiction. Kon se focalise sur Mima, et sa lente et tortueuse descente en enfer. Avec ce choix il invite le spectateur à prendre part dans l’élucidation de son thriller psychologique pour mieux le perdre au fur et à mesure que l’intrigue avance. Satoshi Kon entraîne le spectateur dans un dédale où il n’a plus aucune prise tangible à laquelle se raccrocher pour juger de la véracité du vécu de Mima. J’espère avoir le temps bien assez tôt de revenir sur l’importance de ce chef-d’œuvre schizophrénique pour Cinématraque.

À peine remis de mes émotions, j’enchaine avec le premier gros morceau de ce festival : Big Fish and Begonia, de Liang Xuan et Chun Zhan, présenté en compétition officielle. Un film basé sur un rêve, d’abord court-métrage puis pensé pour la télévision avant de finir en long métrage face à l’enthousiasme suscité par le projet pour 12 années de développement.

Dès les premières minutes, le film ne cache pas ses ambitions et affiche clairement sa note d’intention : nous en mettre plein la vue et nous émouvoir. Et c’est sans doute là que réside le problème du film. Il matraque ses ambitions, sans laisser réellement la place à la respiration, dans une narration confuse pour une histoire pourtant simple qui nous donne rapidement à ressentir un aspect télévisuel dans la façon de gérer la dramaturgie. Les situations sont souvent surlignées par les dialogues quand la mise en scène vient nous en donner plein la vue. Là-dessus pas grand-chose à redire, le travail du studio chinois B & T et du coréen Studio Mir (garant du succès des très bons Boondocks et Legend of Korra) ont fait un travail remarquable sur les décors et l’animation. Cela permet de passer le temps lorsque l’on vient à froncer les sourcils devant certaines lourdeurs du scénario.

Le film raconte l’histoire de Chun, un être céleste qui doit s’occuper des bégonias. À ses 16 ans, elle est envoyée dans le monde des humains sous la forme d’un dauphin afin d’accomplir son rituel de passage à l’âge adulte. Kun, un humain, lui sauve la vie, mais perd alors la sienne. Avec l’aide de son ami Qiu, elle essaie de ranimer l’esprit de Kun afin de le remercier de l’avoir sauvée. La présence de Kun dans le monde céleste va mettre un bordel pas possible qu’il va falloir réparer.

L’œuvre intrigue en premier lieu dans son foisonnement d’emprunts à la culture chinois, mais se dirige minute après minute vers un film d’action classique qui se voudrait Miyazaki façon Voyage de Chihiro, nous abandonnant peu à peu à son univers luxuriant.

Après une journée placée sous le signe de l’animation japonaise et chinoise, je m’installe dans la grande salle de Bonlieu pour découvrir le temps attendu Zombillénium, histoire de se rappeler que l’animation française n’a rien à envier aux autres. La production est 100 % francophone, partagée dans sa fabrication entre la France, la Belgique et l’île de la Réunion. Une partie de l’équipe est là pour mettre l’ambiance, casquettes marquées d’un grand Z vissé sur la tête et échange des signes rocks le poing levé avec les deux artistes sur la scène.

Le film est adapté des BD à succès d’Arthur de Pins ici coréalisateur aux côtés d’Alexis Ducord, mais propose une tout autre histoire que celles des 3 tomes. De là est né Hector Saxe, un contrôleur des normes irritant, transformé en monstre lors d’une visite à « Zombillénium ». Le parc affaiblit par une crise économique, doit trouver des investisseurs ou risque de fermer ses attractions.

Le film ne cache pas son ambition première, être une comédie sociale très second degré et fun, parcouru d’une multitude de références de Twilight à Freaks en passant par Pierre Bachelet… Le long métrage se situe sur les vestiges des anciennes mines du nord de la France et place les luttes sociales au centre de son scénario, dont la base est assez classique « le-papa-qui-doit-se-racheter-aux-yeux-de-sa-fille ». Les working deads s’unissent pour botter le cul de cette bonne vieille loi du marché et retrouver leurs droits, ce qui devrait plaire à Gaël Martin.

Un des reproches que l’on pourrait faire au final est qu’il lui manque bien 15 minutes pour développer une histoire plus dense. Car si l’on rit de bon cœur, il est facile dés les premières minutes du film de deviner la suite des évènements qui prennent plus la forme d’une ligne droite que d’un véritable roller-coaster narratif. Il se permet quand même quelques petits trous scénaristiques. Zombillénium est le seul film français prétendant au Cristal du meilleur long métrage.

Après cette première journée bien chargée, et avant une seconde qui s’annonce plus légère, je suis allé faire un tour à la soirée d’ouverture du festival. Mat Bastard compositeur d’un morceau de la BO et doubleur d’un des personnages qu’il a inspirés y donnait un concert sur la place de L’Impérial Palace.

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