Okja : Un travail de cochon

Bong Joon Ho en compétition pour un film de monstre, plutôt que pour un drame sentimental, c’était déjà une gageure. Qu’il soit produit par une plateforme de diffusion vidéo, Netflix, ajoutait au caractère particulier du film au sein de la sélection. L’annonce de sa présence à Cannes, en lisse pour obtenir la Palme d’Or, ne pouvait qu’être source de complication commerciale. Ça n’a pas loupé, le choc des cultures entre la multinationale étasunienne et les professionnels de la profession défendant la chronologie des médias a abouti à une guerre larvée, tellement aiguë que des maladresses techniques à la première projection du film ont fait croire pendant quelques minutes aux festivaliers qu’il s’agissait d’une opération de sabotage de la projection Cannoise.

Si l’on est plutôt amateur du bonhomme Bong Joon, on a toujours sur garder une saine distance avec l’ensemble de son œuvre. Soyons honnête, il n’a jamais réussi à faire mieux que Memories of Murder et The Host. Mother avait tout du film de Festival et The Snowpiercer trahissait déjà une ambition à s’ouvrir au monde. Bong Joon-ho a soif de reconnaissance et c’est sans doute ce qui l’empêche d’offrir une œuvre totalement sincère : à force de chercher à plaire, on a tendance à faire n’importe quoi. Okja en est une nouvelle preuve.

S’il reste toujours ce technicien hors pair, Bong Joon-ho se perd dans cette fable écologiste cherchant à surfer sur la popularité du discours anti-capitaliste et les peurs engrangées par l’anthropocène. Il faut un certain cynisme pour dépeindre la violence capitaliste en la caricaturant de la sorte, avec une héritière psychopathe ayant matérialisé sa schizophrénie, une enfant pauvre fermière, et comme seule réussite une sorte de groupuscule révolutionnaire dont le leader est inspiré autant de Julian Assange que de Paul Watson.

Ne sachant pas vraiment où aller, le cinéaste coréen tente de mélanger la direction artistique du jeu des acteurs, et se plante en poussant son casting américain à singer le burlesque coréen. Le résultat est malheureusement très souvent irritant. Mais plus que tout, c’est bien Okja lui-même qui montre l’impasse du projet. L’être est une sorte de croisement entre l’hippopotame et l’éléphant, et se fait taxer de super-cochon par l’entreprise qui a créé son espèce. Pourquoi pas un spider-cochon ? Toujours est-il que la bestiole repose sur une création numérique qui montre son incapacité a créer un être vivant de synthèse qui ne soit pas anthropomorphe. On peine a s’attacher à Okja qui ne reste du début jusqu’a la fin du film qu’un effet spécial, parfois mignon, d’autre fois rigolo, mais toujours détaché de l’histoire et de son environnement. Du coup, bien qu’on soit surpris par le seul moment subversif du film – qui le clôt -, on regrette que l’équipe des effets spéciaux n’ait pas travaillé assez les effets de pesanteur, et un naturel qui aurait donné plus de crédibilité à la bête.

Par son désir de plaire au plus grand nombre, de pouvoir devenir un super-auteur, Bong Joon-ho se perd donc. C’est d’autant plus dommage qu’on aurait bien vu un Michel Gondry ou un Hayao Miyazaki (cité de façon maladif par le cinéaste coréen) s’approprier un tel sujet avec probablement plus de succès.

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l'université pour y faire grève et bouffer du film. Je m'y passionne pour la critique et l'écriture de scénario. Depuis, je m'efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l'ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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