120 Battements par Minute : du beau cinéma

Il est 6h du mat, le réveil sonne et l’on te promet un film sur la genèse de l’asso Act-Up. Non pas que les actions de lutte contre le sida nous indiffèrent, loin de là même, mais il faut bien avouer que la tentation de se rendormir plutôt que d’aller assister à ce dont on pourrait penser qu’il s’agit là d’une reconstitution fidèle et un peu plan-plan est bien là. Pourtant – spoiler -, notre courage sera finalement récompensé. C’est beau Cannes, ce lieu merveilleux où le plaisir appartient à ceux qui (arrivent) à se lever tôt.

L’histoire, c’est celle de militants d’Act-Up dans les années 80, pour la plupart séropositifs, cherchant à informer, prévenir, faire parler de leur maladie, pour que les traitements arrivent, et surtout que la population apprenne à se protéger du SIDA.

Le film se décompose en deux parties bien distinctes, la première racontant le militantisme de ces gens, et la seconde leurs destins individuels, avec la maladie. Deux parties qui se font écho, la seconde justifiant l’énergie et la folle envie de tout faire bouger émanant de la première.

D’Act-Up est né tout un savoir faire militant. Des réunions bien cadrées, des prises de parole respectées, des brainstormings jusqu’à pas d’heure, des actions impactantes, des règles primordiales d’éthique et de non-violence : c’est un mouvement d’une exemplarité et d’une audace telles que bon nombre d’autres se sont inspirés de son fonctionnement par la suite. Le film montre parfaitement l’émulation qui régnait au sein des réunions hebdomadaires de l’association, et l’amenait à proposer des actions inventives, machines à buzzer, bien avant que les réseaux sociaux n’apparaissent. Les têtes pensantes de l’asso y sont dépeintes comme des génies communicants, parlant avec des mots très simples des mécanismes qui les amèneront à éveiller les consciences.

Robin Campillo (Les Revenants, Eastern Boys) dessine de très beaux portraits de personnages, tous cohérents mais tous bien différents. Il aime très fort ses protagonistes, et en fait de véritables piles électriques, plus charismatiques et pleins d’énergie les uns que les autres. Et le casting suit, emmené par le méconnu Nahuel Perez Biscayart, qui crève l’écran, et la toujours géniale Adèle Haenel.

Si de la première partie émane une énergie et un sourire immenses, c’est bien la maladie qui revient à la charge dans la seconde. Les membres de l’asso parlent entre eux de celles-ci avec de savants termes, en maîtrisant les moindres détails, très au fait de l’évolution de la recherche quant aux traitements, quoique peu optimistes. Parfois, l’un y succombe. Et c’est tout un groupe qui doit se relever, et continuer d’avancer. Plus vite, plus fort. Au point d’en oublier lorsqu’il s’agit de rédiger une épitaphe à un camarade décédé de mentionner la principale qualité qui les unit tous : le courage. Comme s’il coulait de source.

On ressort de la salle rempli d’énergie, avec l’envie de se lever tous les jours aussi tôt qu’aujourd’hui, de vivre mieux, plus vite, plus fort. A 120 battements par minutes, donc.

(Dzibz n'étant pas mon vrai prénom) Red'chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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