Palmarès du Black Movie Festival 2017

Le palmarès du 18e Black Movie Festival est à l’image du festival lui même: engagé, expérimental et sensuel. À noter que l’on n’a pas couvert Le Petit Black Movie, la section spéciale pour les enfants du festival. Du coup nous n’avons pas vu Estate de Ronny Trocker et The World of Blind de Valya Karnavalova qui se partagent le  Prix Payot du Petit Black Movie. Ceci étant dit, voici le palmarès final du Black Movie:

PRIX DE LA CRITIQUE 

L’Ornithologue de João Pedro Rodrigues
L’histoire :

un ornithologue se perd sur les rives d’une rivière.

On avait été invité, en décembre dernier, pour une projection spéciale du film au Centre Georges Pompidou, on redécouvrait un cinéaste que l’on avait mis de côté. Surprise, il s’agissait là d’une œuvre à part que le cinéaste portugais avait montée spécialement pour le Musée Georges Pompidou. Un geste artistique d’une projection destinée à être unique, sans espoir de revoir le film ainsi. Le résultat aussi beau qu’hermétique nous a surtout poussés à rattraper notre retard sur la filmographie du cinéaste portugais. Depuis nous sommes tombés amoureux de Mourir comme un homme, même L’Ornithologue nous paraît fade à côté. Pourtant, les premières minutes promettent un film singulier à mi-chemin entre le documentaire animalier et la réflexion sur le cinéma. La nature comme le plus beau plateau de tournage, et l’ornithologue comme double du cinéaste (Paul Hamy, acteur français à la filmographie souvent exigeante, se fait doubler par le cinéaste lui-même). Joao Pedro Rodriguez est venu projeter la version salle au Black Movie Festival, la même version que celle déjà distribuée en France. On a préféré rester sur le souvenir de la projection unique. Rodrigues pour le meilleur ou pour le pire rejoint ces cinéastes plasticiens (Tsai Ming Liang, Apichatpong Weerasethakul) qui finiront par projeter leurs œuvres uniquement dans des musées. Même si l’on a énormément d’admiration ou de sympathie pour ces cinéastes on ne peut s’empêcher d’y voir un aveu d’échec.

Avec : Paul Hamy, João Pedro Rodrigues. Actuellement en salle.

PRIX DU PUBLIC

Los Nadie de Juan Sebastian Mesa.

L’histoire :

Une bande de punks colombiens vivotent de leur art de la musique et du jonglage.

Kids a fait un nouveau rejeton, il est colombien et a choisi de retenir du travail de Larry Clark ce qui fait encore l’intérêt du cinéaste américain : son travail sur la lumière et la maitrise du noir et blanc. L’histoire elle-même pourrait être une version punk et métaleux de Kids, mais là où Harmony Korine et Clark se complaisaient dans une vision nihiliste de la jeunesse, Juan Sebastian Mesa conserve le romantisme et les espérances qui définissent aussi l’adolescence et les débuts de la vie d’adulte. Loin des clichés que nous pourrions avoir sur la Colombie, on y fume seulement du cannabis et c’est tant mieux. Mais ce qui lie ces jeunes provenant autant des bidonvilles que de la classe moyenne c’est la musique, la fête, la débrouille et l’espoir de vivre pleinement la vie qu’ils souhaitent mener. Alors qu’il est devenu depuis Kids la mode de dépeindre l’adolescence comme une période autodestructrice, Juan Sebastian Mesa à l’instar de Joao Nicolau, rappelle qu’il s’agit surtout d’une belle période créatrice. Pas de date de sortie.

Avec : Esteban Alcaraz, Maria Camila Castrillón et Maria Angélica Puerta

PRIX DES JEUNES

Les Sauteurs de Moritz Siebert, Estephan Wagner et Abou Bakar Sidibé

Documentaire :

Des migrants au nord du Maroc cherchent à pénétrer dans l’enclave espagnole, les cinéastes Moritz Sieber et Estephan Wagner décident d’associer l’un d’eux à la réalisation d’un documentaire.

Comment le gout du cinéma vient en filmant ? Au départ, Abou Bakar Sidibé voyait dans son association avec les deux cinéastes, un moyen de gagner de l’argent. En s’engageant à co-réaliser le film, le jeune homme était payé en conséquence pour son travail. Très vite, Abou Bakar Sidibé prend goût à filmer et se passionne pour la vie qui se construit dans les camps de fortune mis en place par les réfugiés. En filmant l’organisation qui émerge naturellement de ces regroupements de réfugiés, il décide de raconter comment ceux-ci se retrouvent à devoir assumer la gestion d’une vie en communauté et à structurer cette communauté. Il montre la solidarité qui nait de façon plus ou moins forcée mais qui leur permet de rejoindre ensemble l’Espagne. Les images de ces groupes qui cherchent à rejoindre l’Europe sont exceptionnelles. On constate qu’il n’y a pas que Trump pour construire des murs et le faire payer à d’autres. La violence de la politique européenne envers les réfugiés est tout aussi forte et obéit aux mêmes impératifs : le chiffre d’affaires. Abou Bakar Sidibé est aujourd’hui en centre de rétention en Allemagne, d’où il a pu skyper pour évoquer le tournage du film avec le public du Black Movie. Il a évoqué la politique du chiffre de l’Union européenne qui pousse les flics et militaires marocains à la violence envers les migrants. Il est déjà en train de boucler son prochain documentaire, avec l’aide de ses amis Moritz Sieber et Estephan Wagner (dans son centre de rétention.).

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l'université pour y faire grève et bouffer du film. Je m'y passionne pour la critique et l'écriture de scénario. Depuis, je m'efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l'ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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