Traiter de la vieillesse au cinéma peut se faire de bien diverses manières. Malheureusement ce qui est regrettable, c’est que la vision qu’on a de cette période de la vie est souvent négative. En témoigne il y a encore trois ans Amour de Michael Haneke, film dramatique s’il en est, mettant en scène un couple en pleine déliquescence face à une mort imminente. Dès lors, le nouveau film de Jean-François Laguionie, sur une grand-mère qui rate son train et se trouve bloquée dans une station balnéaire, se pare vite, comme Amour, d’atours cauchemardesques. Louise dérive dans son lit, sur l’océan, faisant face à une pendule représentant un temps figé, infini. Pourtant le long métrage ne continue pas sur cette voie. Le lendemain notre héroïne quitte sa demeure silencieuse et se dirige vers la plage pour y construire une cabane. Surtout, elle s’organise une routine : faire le ménage, pêcher des poissons et faire une balade digestive. Cette idée est la plus grande qualité du film, car elle inscrit son héroïne dans une idée de mouvement et de construction plutôt que de déréliction. Confronté au temps, elle ne le voit pas comme une force qui l’accable mais comme une possibilité d’avenir, ce qui la rend à la fois jeune dans l’esprit et humaine dans ses actes. Elle ose même s’introduire par effraction dans un magasin, visitant ces lieux dans un esprit libertaire et animée par ses simples désirs.

En cela, elle se rapproche de Victor Sjöstrom dans Les Fraises Sauvages d’Ingmar Bergman, ayant accompli ses désirs et étant parvenu à ses fins, mais se trouvant jugé de toutes parts par ses proches car il aurait pensé plus à lui qu’aux autres. Louise fait elle face au reproche qu’elle n’a aucun souvenir de sa vie. Mais c’est avec étonnement qu’on apprend que son absence de souvenirs est dû à une vie heureuse, et non l’inverse. Dès lors, l’introspection qui est au coeur du film, par le biais de flashbacks bien séparés de la routine de l’héroïne, ne sont en rien similaires à ceux qu’on trouvent dans le film de Bergman. Louise se rappelle d’instants de joie et fuit le désespoir pour se confronter à l’inconnu, voire même à la mort, sous les traits d’un parachutiste squelettique qui fait office de confident. Partout dans le film transpire cette idée que la vie n’est que joie et volonté d’aller de l’avant, et qu’une vie heureuse mérite plus d’être vécue que mémorisée. Dirons-nous même que seules les vies malheureuses sont celles qui nous imprègnent le plus, quand le bonheur se construit à force d’efforts. Idée qui va jusqu’au nom du chien qui arrive aux deux tiers du film, Pépère, qui représente justement le côté joueur et charmant de Louise plutôt que de l’avoir appelé selon le jour où elle l’a rencontré.

Tous ces détails, ces choix de vie plutôt que de mort font de Louise en Hiver un film doté d’une vision très sensible de ce qu’il appelle la “vieillitude”. De ses tons pastels et cotonneux à ses séquences oniriques et pleines de dérision, Jean-François Laguionie offre au public la possibilité de voir autre chose que le désespoir des vieux. Contrairement à ce qu’on peut en penser, le temps ne détruit pas toujours tout.

Louise en hiver de Jean-François Laguionie, avec Dominique Frot, Diane Dassigny. 1h15. Sorti le 23 novembre 2016.