Cigarettes et chocolat chaud : Capitaine Fantastique

Nos notes

Denis Patar est un papa anticonformiste, débordé depuis la mort de son époque et de la mère de ses deux filles Mercredi et Janine (avec un « D not silent », en hommage à la chanson éponyme de David Bowie). Cumulant les jobs pour s’en sortir, il se retrouve dans une situation délicate quand à la suite de retards répétés à la sortie de l’école, il se retrouve l’objet d’un signalement auprès des services sociaux. Sauf que ce prolo au fort caractère à l’habitude d’envoyer foutre le système depuis les années 80, et l’assistante sociale en charge de son suivi va rapidement en faire le constat…

Présenté comme ça, Cigarettes et chocolat chaud nous rappelle vaguement quelque chose. Par une proximité des dates de sortie en salles, on pense rapidement à une version banlieusarde (version Montreuil) de Captain Fantastic, le succès surprise de Matt Ross. Exit la folk music, Noam Chomsky et le charisme de Viggo Mortensen. La nouvelle figure parentale alternative prend ici les traits plus chaleureux de Gustave Kervern, et les nouvelles figures érigées en modèles existentiels se nomment David Bowie et John Cena. Autant dire deux noms qui provoquent chez l’auteur de ces lignes un élan de sympathie envers un film qui a su convenablement le brosser dans le sens du poil.

Cigarettes et chocolat chaud, dont le nom rend hommage à une chanson de Rufus Wainwright, est le premier long-métrage (aux accents autobiographiques) de Sophie Reine. Elle s’était jusqu’ici illustrée comme monteuse attitrée de Rémi Bezançon (Le premier jour du reste de ta vie lui valut d’ailleurs le César attitré) mais aussi pour Samuel Benchetrit (J’ai toujours rêvé d’être un gangster), Laurent Cantet (Foxfire) ou encore Michel Gondry avec, je vous le donne en mille… Conversation animée avec Noam Chomsky, ça ne s’invente pas.

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La comparaison peut apparaître saugrenue voire défavorable au film de Sophie Reine, qui n’affiche pas la même ambition. Il n’empêche que derrière la modestie de cette charmante comédie familiale, il reste un très beau portait d’adolescente, celui de l’aînée des deux sœurs, incarnée avec brio par la prometteuse Héloïse Dugas. Victime traumatisée du décès de sa mère, elle évolue constamment entre deux eaux, tirant sa force de cette même éducation qui a fait d’elles, après des années de sentiments réfrénés, qui elle est. Il s’émane d’elle une force irradiante comme on en trouve trop peu souvent dans ce genre de films familiaux, une force qui avait fait beaucoup dans le succès d’estime du Nouveau l’an dernier, toujours très populaire en ces lieux. Et sa soeur de fiction, Fanie Zannini, s’en sort aussi avec les honneurs.

Mais surtout, à l’inverse de Captain Fantastic, Cigarettes et chocolat chaud parvient à éviter le piège tendu par son pitch de rencontres entre deux mondes. Là où le premier soumettait constamment ses personnages à la tentation du retour à la « normalité », l’utopie familiale de la seconde y résiste toujours malgré les rares tentatives, persuadé de la force intrinsèque de ses héros. On se retrouve alors avec un hommage sensible et discret aux freaks, tournant gentiment en dérision le jargon des institutions qui prétendent « apprendre à être de bons parents », qui fait battre le cœur d’un film qui emporte la mise en refusant de nuancer la gentillesse de son message. Hommage à un certain esprit anar de la culture populaire française, Cigarettes et chocolat chaud a la nostalgie d’une chanson de Renaud pré-François Fillon ou d’un happening de Coluche pré-Putain de camion : un truc inoffensif comme l’histoire d’un vieux tonton qui allait taguer « Mort aux cons » en chantant des slogans graveleux contre la loi Devaquet.

C’est parce qu’il n’hésite pas à embrasser l’aspect tendrement guimauve de sa morale, et qu’il ne sacrifie pas dans cette perspective ses enjeux dramatiques que Cigarettes et chocolat chaud séduit. Feel-good movie ne révolutionnant pas le genre, il prouve surtout que parfois, la sincérité et l’alchimie évidente d’un casting sympathique à l’écran suffit à rafler la mise. C’est aussi ça qui rend les festivals de cinéma un peu plus doux entre deux films est-européens de 2h40.


Cigarettes et chocolat chaud de Sophie Reine, avec Gustave Kervern, Héloïse Dugas, Fanie Zannini, Camille Cottin…
Sortie en salles le 14 décembre 2016

Verdict ?

Hubert Bonisseur de la Bath de la critique française, ma plume a la finesse d'un klug aux marrons de Monsieur Preskovic. J'aime Bill Murray plus que de raison. Par contre, j'aime pas trop les voleurs et les fils de pute. Je suis là parce que je connais l'ouvreuse. J'officie aussi sur le site de Première parce que ça sonne bien sur un CV.

3 Comments

  • […] sources à la fois de révélation et de réussite (Wùlu pour Ibrahim Koma, Sophie Reine avec Cigarettes et chocolat chaud, Louise en Hiver, La jeune fille sans mains). Surtout, on retiendra l’invité d’honneur, […]

  • […] de ne pas se faire avaler par le système, de contrer les idées reçues. D’ores et déjà avec Cigarettes et Chocolat Chaud dont on vous avait déjà parlé, mais qui lors de sa projection à Albi a permis au public de […]

  • […] les autres invités présents : Dominique Cabrera (Corniche Kennedy), Sophie Reine (Cigarettes et chocolat chaud), Gilles Marchand, Sébastien Laudenbach (La Jeune fille sans mains), Sébastien Betbeder, et […]

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