Enfer et Damnation, on m’a forcée à aller voir Angry Birds

Nos notes

Grâce au pouvoir d’imagination (et d’indignation) de Dzibz, j’ai eu l’immense honneur d’être en charge cette semaine d’une mission des plus périlleuses post-Cannes :

Bâtard, George Miller

Bâtard, George Miller

Pas téméraire pour un sou et redoutant mes compétences en bipèdes plumeux, j’eus la brillante idée d’en parler à ma mère.

« Maman, Ken Loach m’a forcée à aller voir Angry Birds », lui dis-je, un peu comme on livrerait à sa psy une confidence-trauma de l’enfance.

Hein ? Mais quand ?

Cet après-midi.

Je viens avec toi, tu ne vas quand même pas y aller toute seule. Franchement Ken Loach…

Un peu perplexe (ma mère avait-elle compris que nous n’irions pas voir Moi, Daniel Blake mais un film sur des oiseaux aussi colorés qu’un trip de LSD ?), j’entrepris de lui offrir sa place pour la séance de 15h50 au MK2 Bibliothèque, ce dimanche, jour de la Fête des mères et accessoirement des enfants en furie. Oui, quand on me lance un défi, j’avoue avoir une grande passion pour aller dans la surenchère du grand n’importe quoi.

16h03 : Regard à la fois interloqué, suspicieux et finalement plein de compassion du type qui nous déchire nos tickets, en mode Mais qu’est ce que vous fichez là.

« Euuuh… Salle 8 en bas à droite. Dépêchez-vous, le film a commencé, HAHA ».

16h05 : Nous sommes dans la salle, le film a effectivement commencé et il n’y a plus de places côte à côte. Nous nous séparons et je me retrouve à côté d’un petit garçon adorable et pétomane à chaque fois qu’il rigole. Et apparemment le début du film était assez tordant.

16h06 : Panique dans les yeux de ma mère, qui a maintenant le même regard que l’homme aux tickets. A cet instant, j’ai 9 ans et je me sens comme un Goonie, aussi souriante qu’inconsciente, face au traquenard qui se fait sentir à 10km à la ronde, un peu comme un poulet qu’on cuit à la broche (#MétaphoreOrnithologie).

16h10 : Effectivement, le film est un vrai traquenard. Il y a plein de coqs bankiva, de porphyrins à bec jaune et de bruans des neiges, qui s’agitent dans une histoire qui s’annonce franchement ahurissante. Pour le moment, ça piaille, ça hurle, ça s’énerve. Normal me direz-vous, quand on va voir les Angry Birds.

Une sorte de Larzac sous les tropiques

16h25 : Ca y est, je comprends toute l’histoire et ça piaille de plus belle (eh ben, il t’en a fallu du temps, oui, je sais). Red est un oiseau rouge toujours en pétard, reconnaissable à ses sourcils aussi épais que ceux de Martin Scorsese et de ma tante Martine (coucou Tata !). Il vit sur une île aux oiseaux qui appartenait avant à Pascal Obispo (comprenne qui pourra), une sorte de Larzac sous les tropiques, sauf qu’il est rejeté par sa communauté d’oiseaux hippie qui ne pense qu’à pondre dans la joie et la bonne humeur. C’est ça qui le vénère grave en fait. Il est différent, il est pas peaceful du tout. Lui c’est le Rémi sans famille des cardinaux (c’est un Cardinal rouge, j’en suis sûre, c’est Johnny Depp qui me l’a dit, en me refaisant le coup de l’optique qu’il fait à tout le monde depuis Sleepy Hollow).

C'est l'histoire du cardinal de Johnny qui aurait croisé la route de Martin Scorsese et qui en serait ressorti tout vénère

C’est l’histoire du cardinal de Johnny qui aurait croisé la route de Martin Scorsese et qui en serait ressorti tout vénère

Pour lutter contre sa colère, un juge Hibou grand-duc nain (nain-duc ?) lui ordonne d’aller faire un stage pour trouver sa zenitude. Le stage ne marche pas du tout, mais il y fait la connaissance de deux futurs potes oiseaux : Chuck, Paruline jaune et homo assumé (si, si, hourra !), dont on découvrira le sérieux penchant pour tout ce qui se rapporte aux cowboys, au fil de ce film qui n’en finit pas, alors qu’il vient tout juste de commencer. Et Bomb, un Pèrenoir petit-coq plus gorille du Gabon que Pèrenoir, qui explose dès qu’on a le dos tourné. Mais qui survit, on ne sait pas comment.

Un gorille de Tarzan qui aurait croisé la route d'un merle mutant et en serait ressorti vénère, lui aussi.

Un gorille de Tarzan qui aurait croisé la route d’un Pèrenoir petit-coq et en serait ressorti en Merle mutant (WTF??), vénère lui aussi.

Un jour (attention la vraie histoire commence), un cochon vert méga moche avec la voix française de Robin Williams débarque en bateau avec la ferme intention de faire ami-ami avec ces oiseaux « de bonheur », saturés de couleurs. Parce qu’ils sont hippies et nunuches, personne ne voit la supercherie arriver, à part Red, mais lui, il est vénère de la life, alors personne ne l’écoute. C’est bientôt toute une armée de cochons verts fluo qui envahissent l’île, tout le monde est content et danse le mambo. Sauf que pendant que les oiseaux chantent, les chauves sourient et les cochons piquent les œufs de cette petite bande d’inconscients. C’est l’Amérique qui parachève le rêve hippie. Et c’est ça la supercherie tordue :

LES COCHONS VOLENT LES ŒUFS, C’EST-A-DIRE LES BEBES DES OISEAUX POUR LES CUIRE ET LES MANGER.

16h50 : Ma mère, juste derrière moi, est choquée : « Va faire manger des œufs aux enfants après ça… »

16h51 : Silence pesant dans l’assistance. Une gamine commence à pleurer, puis une autre. C’est le moment loose des films pour enfants (un peu comme la mort de Mufasa) où l’on perd les gosses un à un et où il faut vite réagir niveau action.

16h52 : Red le cardinal part chercher de l’aide avec ses deux potos auprès d’un pygargue à tête blanche (un genre « d’aigle royaaaal, le trône immmmmpérial » pour les novices), mais le pygargue est bedonnant et envoie promener tout ce petit monde. Du coup, Red retourne dans sa communauté hippie, qui l’assène de trouver une solution. Red se vénère, les hippies se vénèrent et tout le monde va chercher, vénères, les œufs avant que Robin Williams ne les bouffe avec ses potes. Tous ensemble, ils construisent un bateau et débarquent sur l’île aux cochons, qui appartenait avant à Dédé la Saumure. Pour récupérer leurs œufs, les oiseaux transformés en Angry Birds ne trouvent pas d’autre idée que de se catapulter sur le château des cochons verts, nettement plus civilisés qu’eux (ils ont même un Roi) mais aussi nettement plus sournois, comme vous l’aurez compris. Finalement, le pygargue à tête blanche de Pocahontas arrive et les aide. Certains oiseaux explosent, d’autres lancent du feu avec leurs plumes, c’est méga-chelou et mon jeune voisin n’arrête pas de rire à nouveau.

L'aigle royal, vieilli, vénère parce qu'il vient de se rendre compte qu'il a bouffé Pocahontas hier au déjeuner

Le pygargue à tête blanche, vieilli et vénère parce qu’il vient de se rendre compte qu’il a bouffé Pocahontas hier au déjeuner

17h30 : Red réussit à sauver tout le monde, il est content, ce n’est plus un Angry Bird tout triste et solitaire, mais un Angry Bird parmi d’autres Angry Birds, tous sereins et à nouveau contents. Ma mère est au bord de l’apoplexie. J’ai un rire nerveux, le seul que j’ai pendant tout le film. FIN.

A quoi vient-on franchement d’assister si ce n’est à un gloubi-boulga indigeste de plumes et de couleurs criardes sans Michou et de bacon dopé aux hormones ? OK, ce film dérive d’un jeu vidéo finlandais éponyme, et qui a tellement été un carton que depuis 10ans, on n’arrête pas le progrès ni les produits dérivés (même moi, j’ai eu droit il y a deux ans à une clé USB en forme de cochon vert). Mais quand même, les gars, c’est quoi cette histoire, franchement ! Des cochons qui mangent des œufs ?

Angry Birds est à l’ornithologie ce que Kim Kardashian est à la géopolitique.

Qu’on se le dise : ce film est à l’ornithologie ce que Kim Kardashian est à la géopolitique. Déjà, les Angry Birds ont cette particularité d’être des oiseaux qui ne volent pas, et pourtant ce ne sont ni des struthioniformes, ni des casuariformes, ni des rhéiformes et encore moins des sphénisciformes (HAHA je vous ai bien eus, bande de petits malins). Par ailleurs, la voix d’Omar Sy, d’ordinaire plutôt douce, ne colle pas mais alors pas du tout à Red le vénère. Il y a des scènes pour séduire les parents plutôt bien trouvées (comme la scène des jumelles de Shining criant REDRUM, ici grimées en cochons ou les pancartes des cochons GO GREEN pour célébrer la capture des œufs) mais y en a pas des masses. Et globalement, si l’enfant paraît un peu sonné mais finalement content à la fin du film, l’adulte, lui, passe une sale heure et demie.

Des cochons verts, tout droit sortis de Shining : l'une des rares fois où l'on rit. Vénère.

Des cochons verts, tout droit sortis de Shining : l’une des rares fois où l’on rit. Vénère.

A 17h31, nous fûmes les premières à sortir de la salle de cinéma.

– Alors ? demandai-je à ma mère, un peu penaude.

– Oh bah, ça m’a donné envie de me faire une omelette ce soir devant un DVD de Ken Loach.

Message reçu.

Bonne fête Maman !


Un grand merci à Gaël Martin pour sa relecture d’expert en ornithologie, parce que franchement on a un peu morflé avec nos dicos d’oiseaux.

Verdict ?

3 Comments

  • Répondre mai 31, 2016

    Hugo Mina

    Génial article ! Merci d’avoir fait cet effort…
    Et par contre arrêtez de vous soumettre aux directives sadiques du despote… ça vous nuira ! 😉

    • Répondre mai 31, 2016

      DZIBZ

      #JeSuisDictateur 😉
      Merci de votre gentil commentaire !

      • Répondre juin 10, 2016

        Loren

        I’m so glad that the inrentet allows free info like this!

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