The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn

Nicolas Winding Refn serait donc un génie.
Comme il semble loin, pourtant, le temps où quelques cinéphiles avertis disaient à d’autres cinéphiles avertis tout le bien qu’ils pensaient d’un inconnu danois auteur d’une trilogie nerveuse, Pusher. On parlait alors de Refn comme d’un petit restau qu’on aurait découvert dans une rue sombre, et dont on aurait voulu qu’il ne reste qu’à nous, pour toute la vie. Mais il y a eu Le Guerrier Silencieux, et surtout Drive.

Connards de Uber

« Connards de chauffeurs Uber »

Où Gosling conduisait une voiture sur une bande-son qui faisait rapidement oublier toute la vacuité du procédé. Le package était brillant, car fascinant quoique presque creux. L’on s’étonnait même de voir l’engouement populaire devant un film qui racontait si peu de choses. Mais il y avait Ryan Gosling devant la caméra et Cliff Martinez à la musique. Et NWR gagna son étoile. Le petit restaurant jadis peu fréquenté devint haut-lieu de la gastronomie mondiale. Tant et si bien que persuadé de son talent, le type se radicalisa encore et encore. Avec Only God Forgives, il ne filmait plus que Ryan Gosling déambulant dans un Bangkok rempli de néons rouges. C’était léger, malgré de petits sursauts d’intérêt sur d’intenses scènes de baston.

Avec The Neon Demon, NWR, puisque c’est de ces initiales qu’il floque tout son générique de début (c’est dire le melon du mec, quand même), sur-enchérit dans le foutage de gueule. De l’alléchant cannibalisme ensanglanté promis à l’annonce du pitch on n’aura finalement quasiment rien. Elle Fanning, gracieuse mais un peu paumée dans cet univers qui laisse bien peu de place au jeu d’actrice dont on la sait capable, campe une mannequin en devenir qui rêve de New York. Elle a une beauté qui fait se retourner toutes les personnes à qui les autres mannequins rêvent de taper dans l’oeil, et attise donc la jalousie de ses semblables.

C’est tout. 1h57.

En réalité, ce qu’on voit à l’écran, c’est une succession d’éjaculations par NWR d’images pas laides, mais complètement dénuées de sens. Au générique de fin, c’est évidemment son nom qui apparaît en premier. Mais aussi en deuxième. Et aussi en troisième.
Et c’est ça, ce que l’on voit sur l’écran. La mégalomanie d’un type qui perd complètement les pédales (cf le documentaire de lui et sa femme sur lui sorti l’an dernier, hashtag « lol »).

Pépouze avec mon actrice principale à attendre ma sélection à Cannes

Pépouze avec mon actrice principale à attendre ma sélection à Cannes

D’autant plus que ce sont les éléments extérieurs, qui tirent de temps à autres le film vers le haut. D’abord Cliff Martinez, de retour à la musique, auteur d’une BO electro assez incroyable et qui devrait tourner dans pas mal d’oreilles cet été. Ensuite Desmond Harrington, que l’on connaît surtout pour son rôle de flic dans Dexter, et qui incarne avec une intensité folle le rôle d’un génie-photographe un peu taré. Il est le seul à donner un soupçon de relief à ces images de pubard.
Du petit restau qu’était Refn à ses débuts on est passé à un sublime établissement. Où tout est d’une propreté impeccable. Où les serveuses sont des top models. Où les assiettes sont d’un blanc parfait, floquées NWR un peu partout. Et ces assiettes, on te les apporte sans rien à l’intérieur.

Ca ne serait pas grave si c’était un spot publicitaire (vous verrez, on passe le film à imaginer une voix off dire « Bleu de Chanel », « Déception de Dior » etc.), c’en serait même sûrement un réussi. Seulement, passé les 20 premières minutes, le temps semble tellement long que l’on ne peut que crier au foutage de gueule.

Et sermonner un bon coup Thierry Frémaux. Parce que ça n’est pas en sélectionnant le type en compétition officielle que l’on va retrouver notre petit restau d’antan.


Gaël Sophie Dzibz Julien Margaux David Jérémy Mehdi
 

Le tableau des étoiles complet de la sélection à ce lien


2

Un film américain de Nicolas Winding Refn avec Elle Fanning, Abbey Lee, Jena Malone et Keanu Reeves.
Après l’entêtante BO de Drive et celle d’Only God Forgives, le réalisateur danois collabore une nouvelle fois avec le compositeur new-yorkais Cliff Martinez pour The Neon Demon.
Sortie le 8 juin 2016.

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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