Money Monster de Jodie Foster

Si l’on n’a pas grand-chose à redire sur sa carrière d’actrice, il n’en est pas de même pour son travail en tant que réalisatrice. Non que Jodie Foster ne puisse pas produire des films dignes d’intérêt (Le Petit Homme), mais disons qu’il est difficile d’y voir une candidate sérieuse pour un festival de renommé international tel que le Festival de Cannes. Money Monster le prouve cruellement.

Le pitch est calibré pour offrir au spectateur tout se qu’il souhaite voir au cinéma pour se divertir : Un duo de stars glamour (George Clooney, Julia Roberts), une histoire improbable et spectaculaire (un petit actionnaire prend en otage un animateur de talk-show financier et menace de tout faire péter) du suspens, de l’action et beaucoup, beaucoup, beaucoup de bons sentiments. Tant est si bien que l’on comprend assez vite pourquoi ce film a été sélectionné : Foster/Clooney/Roberts. Des paillettes, des paillettes et des paillettes. C’est un passage obligé pour le Festival de Cannes qui est connu aussi pour ses défilés de stars, mais le tableau d’ensemble est d’une tristesse qui transpire le cynisme.

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Doug Ross en fâcheuse posture…

Le cynisme n’est pas forcément un handicap dans une œuvre artistique, si celle-ci est bien composée. Le problème c’est qu’ici, ce n’est pas le cas. Jodie Foster qui visiblement ne maitrise pas son sujet montre peu d’assurance face au sujet qu’elle traite en ne sachant où aller. Passant du traitement des flux financiers en image de synthèse archi vue ailleurs, aux scènes académiques des spectateurs dans leurs pubs, dans leurs bureaux suivant les péripéties de l’histoire à travers l’écran de leurs téléviseurs ou de leurs ordinateurs. Comme dans tout film hollywoodien, les mésaventures d’un speaker d’un show étatsunien finissent par se transformer en spectacle mondial. La planète a d’autres soucis pour se préoccuper d’un vulgaire fait divers. On a cru pendant longtemps que ce mauvais penchant du cinéma des Etats Unis d’Amérique, croyant sincèrement que ses petits malheurs pouvaient émouvoir la planète entière, avait définitivement disparu après la prise de (mauvaise) conscience suite au 11 septembre 2001. Il n’en est rien: il revient, même, par la grande porte au Festival de Cannes grâce à Jodie Foster. Filmé paresseusement, sans imagination et montée sans brio, Money Monster est un ratage complet qui ne tient que par son duo d’acteurs toujours aussi pro.

Clooney et Roberts auront beau faire le job, on aura du mal à pardonner à Jodie Foster sa naïveté, mais surtout la façon dont elle confond cynisme et pessimisme. Adam McKay réussissait, avec The Big Short, à donner des balles aux spectateurs pour qu’ils se posent des questions sur l’aspect criminel du capitalisme financier, tout en le divertissant. Le constat était pessimiste, certes, mais pas cynique. Jodie Foster avec Money Monster préfère se poster du côté de la sulfateuse capitaliste et mitrailler furieusement son public. Le cynisme de la réalisatrice est sans doute involontaire. Après tout, pour reprendre les mots d’Alain Deneault à propos des artistes engagés, dans « Médiocratie » : Jodie Foster à l’instar de George Clooney et Julia Roberts ne sont que des travailleurs sociaux du capitalisme. Des stars suffisamment riches pour ne pas égratigner un système dont ils ont adopté les codes, mais suffisamment engagé pour trouver auprès des couches populaires une certaine sympathie. Mieux en se préoccupant maladroitement des grandes causes, ils permettent aux vrais criminels d’être blanchis.  Money Monster fait partie du travail de Jodie Foster : le capitalisme financier, c’est mal (on verra un grand patron l’avouer sous la menace), mais pas de chance il en sera toujours ainsi. Un message très clair adressé au spectateur : quoi que vous fassiez vous allez perdre et la guerre est terminé, la classe des plus riches a gagné.


Gaël Sophie Dzibz Julien Margaux David Jérémy Mehdi
1 Stars 3.5 Stars

Le tableau des étoiles complet de la sélection à ce lien


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Money Monster, un film de Jodie Foster avec George Clooney et Julia Roberts

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l'université pour y faire grève et bouffer du film. Je m'y passionne pour la critique et l'écriture de scénario. Depuis, je m'efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l'ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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