Exil de Rithy Panh

Présenté comme le plus intime des films de Rithy Panh, Exil est surtout une excroissance de L’Image Manquante, présenté à Cannes il à quatre ans et sorti sur les écrans français l’année dernière. Nous disions à l’époque que le cinéaste franco-cambodgien s’interrogeait sur comment vivre en tant que survivant du génocide. Le cinéma s’imposait comme seul moyen pour lui d’affronter la volonté hégémonique du vrai et des idées révolutionnaires poussées vers leur pureté. Si dans son nouveau film Rithy Panh réfléchit à son éloignement forcé de son pays natal, la question principale avec qui il discute est encore une fois l’idéal révolutionnaire. C’est d’ailleurs tout l’intérêt du film, mettre en garde contre cet idéal révolutionnaire lorsqu’il est mis en pratique de façon aveugle. Il ne s’en cachait pas au moment de son précédent film et c’est encore plus clair avec Exil : s’il a pu mettre au jour l’horreur du génocide Khmer Rouge et de son communisme fondamentaliste, il est très conscient de l’horreur capitaliste et met en garde contre une volonté actuelle d’imposer au monde une vision radicale de ce système. Exil poursuit cette réflexion et le cinéaste aboutit à la conclusion que l’humanité ne peut survivre qu’en acceptant ses failles, ses doutes et ses erreurs. Qu’il y a une vraie beauté certes dans les idéaux révolutionnaires, mais qu’elle doit rester du domaine de l’imagination, de la création. Lorsqu’il cite le petit livre rouge de Mao Tse Tung, on sent le cinéaste attiré par la beauté du texte, mais il sait que ces mots ont ravagé des millions de vie. L’utopie, l’idéal doit rester une vue de l’esprit, et les textes révolutionnaires des créations poétiques qu’il faudrait, à l’instar des textes religieux, ne pas prendre au pied de la lettre. C’est sans doute ce qu’il y a de plus intéressant dans le nouveau film de Rithy Panh.

La question de l’art qui découle de la beauté des textes révolutionnaires lui impose alors une autre réflexion sur la culture populaire et l’impureté de la pop musique cambodgienne et du cinéma de son pays natal. Si l’on apprécie la volonté du cinéaste de poursuivre son questionnement sur l’idéal révolutionnaire qu’il avait débuté au moment de L’Image Manquante, c’est bien dans le souci qu’il a de faire découvrir au spectateur les vestiges de la culture populaire cambodgienne que l’on prend un ici véritable plaisir. On découvre tout un pan de la musique pop, hérité du Rythm and Blues américain dont le régime de Pol Pot avait une sainte horreur. Evidemment l’art populaire est impur et ne peux que déplaire aux fanatiques. Cette impureté se retrouve également dans les fragments de pellicules que le cinéaste réutilise, des fragments provenant des restes de films d’avant le génocide, ou provenant de films familiaux. Si Exil est son film le plus intime, c’est qu’après 20 ans de réflexion sur les conséquences du génocide Khmer le réalisateur se décide à évoquer les ravages qu’il a subis au plus profond de sa chair. Après avoir évoqué sa famille dans son précédent film, il se concentre avec Exil sur la figure maternelle. Une mère disparue au Cambodge, qu’il a dû quitter lors de son exil. C’est ici, pourtant, qu’il bute. Il l’avoue à la fin du film, il lui est difficile de mettre en image ce rapport intime qu’il aura toujours avec sa mère. C’est aussi la faiblesse du film qui n’arrive pas à mettre en perspective cette difficulté. D’une durée assez courte, (1h18), Exil reste finalement un projet intéressant mais qui ne dépasse pas l’intérêt d’un bonus DVD qu’il pourrait être pour L’Image Manquante.


Gaël Sophie Dzibz Julien Margaux David Jérémy Mehdi
2.5 Stars 3.5 Stars

Le tableau des étoiles complet de la sélection à ce lien


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Exil, un documentaire de Rithy Panh (1h18)


“Exil”, de Rithy Panh, extrait par telerama

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l'université pour y faire grève et bouffer du film. Je m'y passionne pour la critique et l'écriture de scénario. Depuis, je m'efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l'ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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