Le Parc de Damien Manivel

On était passé à côté de son premier long métrage, Un Jeune Poète, qui avait pourtant éveillé l’intérêt d’une part de la critique. C’est donc avec le regard vierge que l’on a assisté à la projection de Le Parc, second long métrage de Damien Manivel.

Dès le premier plan, on comprend que nous sommes face à un cinéaste à l’univers singulier. Sans trop d’explications, le spectateur doit prendre le train de la séduction en route. Après un temps d’attente, une ado rejoint un camarade sur un banc public au coeur d’un espace vert : Le Parc. Maxime est très grand et maladroit, Naomi petite et timide. Le plan séquence s’étend dans la durée et le malaise typique d’une première rencontre adolescente est transmis au spectateur. Manivel démontre en un geste qu’il sait ce qu’il veut et sait comment le mettre en place, une confiance en lui qu’il transmet naturellement à ses comédiens.

Inconnu au bataillon, ce jeune couple de cinéma, Maxime Bachelleri et Naomi Vogt-Robi, est désarmant de naturel : aux silences de la jeune fille répond la maladresse de l’adolescent. Un seul plan et nous sommes déjà charmés. Ces deux-là nous en évoquent bien d’autres, et surtout cette scène semble répondre à la déclaration d’amour touchante et belle que délivrait Guillaume Depardieu à la toute jeune Claire Laroche dans le chef-d’oeuvre de Pierre Salvadori, Les Apprentis. Pour autant, Manivel ne nous entraîne pas sur le terrain de la comédie classique américaine comme a l’habitude de faire le réalisateur de Après Vous. Non, lui cherche à creuser son propre monde, plus mélancolique que comique.

leparc05-1462378813

Aime moi tendre, aime moi vrai, mais évite de marcher sur mes chaussures suédine bleue

Au fur et à mesure que le film se déroule, c’est la solitude de ces deux grands enfants qui frappe au coeur. Une solitude qu’accroît la gestion de l’espace, du territoire du Parc et de la place des deux corps dépareillés. Cherchant un point d’accroche, la communication a du mal à se faire entre les deux tourtereaux et l’on comprend vite qu’ils ne font que retarder l’acte angoissant du premier baiser.

De la même façon, le cinéaste nous perd dans l’espace en multipliant les paysages différents au sein d’un parc qui n’est probablement pas si vaste que cela. On aurait applaudi à la fin du film si le cinéaste s’était concentré sur cette attente du premier baiser, mais après l’acte, le film se poursuit et va chercher d’autres pistes. Cette seconde partie est beaucoup moins réussie que la première, le retournement de situation trop attendu et illustré maladroitement à travers un échange de textos. Bien que Le Parc réveille d’autre beaux moments, comme cette marche à reculons opérée par Naomi, où ce second baiser hypnotisant et particulièrement angoissant, il ne réussit pas à convaincre totalement. Sans doute faut-il y voir une maladresse anecdotique, ce qui aurait été un très beau court-métrage devenant un second long pas tout à fait abouti. Ce qui ne nous empêche pas de vouloir rattraper notre retard, en trouvant rapidement le DVD d’Un Jeune Poète, mais surtout d’attendre avec impatience les prochaines productions du jeune homme.

____________________________________


Gaël Sophie Dzibz Julien Margaux David Jérémy Mehdi
3 Stars

Le tableau des étoiles complet de la sélection à ce lien


2

Un film de Damien Manivel, avec Maxime Bachelleri et Naomi Vogt-Robi

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l'université pour y faire grève et bouffer du film. Je m'y passionne pour la critique et l'écriture de scénario. Depuis, je m'efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l'ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

Be first to comment