Ma Loute, de Bruno Dumont

Ecrire sur un film de Bruno Dumont sans passer pour un con. Sacrée gymnastique.

D’autant plus que Ma Loute n’a pas grand chose d’un film facile. Sous ses airs de resucée de P’tit Quinquin, il déploie une telle énergie à tourner en rond que l’on ne peut sereinement croire en sa vacuité, crier à l’esbroufe.

D’abord, il convient de dire que Ma Loute est un film qui parle de notre rapport à la fiction, s’amuse à jouer avec nos limites. Il faut tout y accepter, sous peine de rejeter en bloc. Accepter que Lucchini joue comme s’il était un mauvais acteur de comédie de boulevard, que des personnages disparaissent soudainement tandis que d’autres s’envolent miraculeusement, que tout ne soit pas résolu, qu’un inspecteur bien trop gros s’appelant Machin fasse des bruits de ballon de baudruche qui grince dès lors qu’il bouge…

Bruno Dumont, le Jean-Paul Gaultier ch'ti

Bruno Dumont, le Jean-Paul Gaultier ch’ti

Dumont joue avec notre degré d’acceptation de la fiction. Il nous raconte une histoire de riches et de pauvres qui se croisent, mais ne nous délivre aucun message. Parfois on en attrape un à la volée, mais il nous force illico à le relâcher. Non les riches ne sont pas des connards, non les pauvres ne sont pas des fous dangereux. Enfin si. Enfin on s’en fout.

Celui que l’on appelle Ma Loute, c’est un jeune pêcheur de moules dont l’activité principale est de faire traverser un cours d’eau aux riches passants en les portant, moyennant une vingtaine de centimes. Il tombe amoureux de Billy, une fille qui s’habille en garçon. Ou le contraire. Non ça n’est pas un garçon. Enfin si. Enfin on s’en fout.

Le film est éprouvant dans son souci permanent de nous paumer. Sa drôlerie apparente (beaucoup de personnages qui chutent, se cognent, partent dans des diatribes ridicules etc.) cache, comme toujours chez Dumont, quelque chose de vraiment perturbant, que l’on peine à expliquer. Sûrement est-ce d’ailleurs parce qu’on peine à se l’expliquer que le film perturbe.

On dirait quand même un peu un sketch de cérémonie des César de temps en temps

On dirait quand même un peu un sketch de cérémonie des César de temps en temps

Une clé, seulement, une phrase, prononcée à fréquence régulière par un personnage secondaire.

We know what to do, but we do not do

(Nous savons ce qu’il faut faire, mais nous ne le faisons pas)

Comme une rébellion des personnages contre cette narration recontextualisée attendue par le spectateur comme un soulagement. Un message directement adressé par Dumont à nous qui cherchons désespérément la clé. Oui, Ma Loute est un film qui parle de la fiction, nous renvoyant à ce bien triste constat : il nous est devenu bien inconfortable d’assister au spectacle inhabituel d’un film sans message… Enfin non. Enfin on s’en fout.


Gaël Sophie Dzibz Julien Margaux David Jérémy Mehdi
 4 Stars  4 Stars 3.5 Stars  4 Stars

Le tableau des étoiles complet de la sélection à ce lien


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Un film de Bruno Dumont avec Fabrice Luchini, Valéria Bruni Tedeschi et Juliette Binoche.

Sortie en France le 11 mai 2016

(Dzibz n'étant pas mon vrai prénom) Red'chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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