Pendant une semaine, je n’ai fait que regarder des films de Noël (souvent nuls)

« Ça te dit d’écrire sur les films de Noël ? »



Tout a commencé par ces mots anodins de Dzibz. Films. Noël. Écrire. 3 mots qui aspirent plutôt à des notions sympas et amusantes. Alors, moi, en gentille sœur naïve que je suis, j’ai répondu : « Oh bah oui alors, ça va être chouette ! », et j’ai proposé à Ujeda de m’aider. J’y peux rien, je suis altruiste, quand j’ai un bon plan je le partage.
 En plus comme je n’aime pas Noël il fallait quelqu’un pour contrebalancer mon cynisme, question de partialité oblige. C’est important la conscience professionnelle, et si au passage ça peut flinguer une âme d’enfant, ça me fera mon Noël.

C’est donc toutes guillerettes que nous avons planifié notre semaine cinématographique comme suit :

– Lundi J’ai rencontré le Père Noël, film français réalisé par Christian Gion en 1984 ;

Mardi Jessie et le petit Renne du Père Noël (Prancer), film américain réalisé par John Hancock en 1989 puis Super Noël (The Santa Claus), film américain réalisé par Tim Allen en 1995
 ;

– Mercredi J’ai vu maman embrasser le père Noël (I Saw Mommy Kissing Santa Claus), film américain réalisé par John Shepphird en 2001 ;

Jeudi Le plus Beau Cadeau du Monde (All I want for Christmas), film américain réalisé par Robert Lieberman en 1991
 ;

– Vendredi Maman, j’ai raté l’Avion (Home Alone), film américain réalisé par Chris Colombus en 1990
.

Force est de constater l’hégémonie américaine du film de Noël, du moins quantitivement parlant. Ne restait plus alors qu’à vérifier qu’il en était de même qualitativement.

Débutait alors sans qu’on s’y attende une longue et douloureuse aventure, qu’on pourrait facilement apparenter au challenge que s’était fixé Morgan Spurlock dans Supersize Me. De précis équilibre entre séries télé américaines, films d’auteurs français, documentaires russes et blockbusters américains, nous passions du jour au lendemain à un drastique régime, basé exclusivement sur les vieux films de Noël, en streaming 360p bien sûr. C’est sympa parce que les sites de streaming sont plein de générosité à Noël, et distribuent force de Pop-Up et virus « CLICKER ICI POUR VOIRE VOTRE FILM ».

On a donc commencé par le seul film français de notre liste, J’ai Rencontré le Père Noël.

Et c’était parti. Fondu sur une chorale d’enfants entonnant un chant de Noël, ça y est, on y est, on est heureux, la féérie, la magie, la gaieté de Noël peut commencer. Ici tu t’inquiètes pas de savoir si tu seras à côté de tante Liliane à table, tu galères pas à aller voir autant la famille de maman que la famille de papa, tu n’as pas à faire semblant que ton cadeau te plait et tonton André n’a pas trop bu. Ici, les gens sont propres, blancs, chrétiens, ont les cheveux aussi soyeux que dans une pub de shampooing et sont heureux. La dinde est parfaitement cuite et les enfants ne sont pas des « sales mioches », non, ce sont des « petits chenapans ».

Ujeda : ah non moi je ne suis pas d’accord. Moi je les trouve casse-couille ces gamins. C’est le genre qui te faisait la morale en primaire parce que t’avais pas fait tes devoirs. Le genre à te balancer au prof. Le genre à se croire plus malin que tout le monde, une Hermione Granger à ses débuts. Et puis clairement, il faut qu’ils arrêtent le sucre parce que ça les rend speed, malpoli, et j’irai même jusqu’à dire dangereux !

Morello : C’est bon t’as fini ?

Ujeda : Oui, oui. C’est juste pour être partiale tout ça. Toi t’aimes pas Noël, moi j’aime pas les enfants. C’est dit. On peut enchaîner.

Morello : Tout ça pour dire que ma conception de Noël est chamboulée.

Lundi soir, donc, on se quitte toutes les deux un peu sonnées. Le film était vraiment à chier mais Marie-Ange l’insupportable fée coconne qui chante et parle aux animaux nous a pas mal diverties sans même le vouloir, de même que ce scénario improbable du Père-Noël qui part sauver des parents kidnappés en Afrique. On en veut un peu à Dzibz, mais on décide que tout ça n’est finalement qu’un mauvais film très irréaliste à oublier jusqu’au suivant.

Ujeda : Le lendemain, moi, je me réveille joyeuse. Je me dis naïvement que c’est l’arrivée des vacances, c’est normal.

Morello : Et moi je fredonne les tubes de la fée toute la journée, les gens me frappent.

En soirée, nous enchaînons avec Jessie et le Petit Renne du Père-Noël, film à conseiller à tous les enfants pas sages ou que tu n’aimes pas. Une petite fille (moche, de surcroît) vient en aide à un renne qu’elle pense être celui du père Noël, dans le dos de son père. Nous prions chaque scène interminable du film pour que quelque chose arrive enfin, qu’elle tombe, qu’elle trouve un jeu de Jumanji, que le renne se barre, mais qu’il se passe quelque chose, bordel, et qu’elle arrête de caresser son renne sans arrêt.

Fais. Des. trucs. Putain.

Fais. Des. Trucs. Putain.

Super Noël nous réveille finalement, celui-là tu le gardes pour tes gamins quand ils auront 5-6 ans. Suite à une chute accidentelle du père Noël, un père de famille se voit désigné pour remplacer celui-ci dans la distribution des cadeaux. Premier film de cette longue sélection qui ne soit pas chiant, et même, qui réussisse successivement à nous faire sourire puis nous mettre la larme à l’œil. Nous atteignons la moitié de notre périple quand les premiers effets secondaires deviennent vraiment visibles.

Morello : Je flingue notamment ma paye de novembre dans des bougies rouges et jaunes, je me renseigne sur l’achat d’un tapis d’orient et d’une cheminée mais termine finalement par acheter des bougies senteur feu de cheminée (faut pas abuser) et un tapis Ikea un peu foufou.

Ujeda : Pour ma part, j’envoie des cartes interactives à base de fleurs et de poneys à mes proches, un peu moins proches et connaissances.

Malgré l’inquiétude et les craintes de notre entourage, nous décidons de continuer l’expérience et d’aller au bout, avec en point de mire toute la thune qu’ont dû se faire Morgan Spurlock ou les Jackass. Il est alors l’heure de J’ai vu Maman Embrasser le Père Noël. Un enfant surprend ses parents en plein jeu érotique (et avouons-le assez immoral, c’est quand même le Père Noël quoi) et les prend en photo en train de s’embrasser. Il devient donc une vraie teigne pour les éloigner l’un de l’autre, et martyrise un pauvre père-noël de supermarché. Ce scénar vraiment béton ne parvient malheureusement pas à nous faire rire malgré son ambition affichée.

Ce n’est pas Le Plus Beau Cadeau du Monde qui réussira à inverser la tendance. Dans celui-ci, qui est vraiment très mauvais, deux frères et sœurs se mettent en tête de rabibocher leurs parents séparés pour Noël et implorent le père Noël.

Morello : Non mais sérieux, t’imagines une gamine de 6 ans dire au père Noël « moi je ne veux pas de cadeau cette année, je veux juste que mes parents soient ensemble ?
– Non, non gamine, tu auras une Barbie comme toutes les autres et tu fais pas chier. »

Ujeda : En plus à 6 ans t’es en CP, tu sais compter. Tu sais que des parents séparés ça fait deux maisons, deux cheminées, et deux fois plus de cadeaux. Sois maline bordel. Avec un peu de culpabilisation tu peux espérer la nouvelle PS.

Bref, les 2 enfants beaucoup trop matures piègent le futur beau-père (parce que c’est drôle, les pièges, c’est vrai) et rapprochent leurs parents. On te laisse deviner la fin du film, très immorale soyons claires.

A quelques mètres de l’arrivée, nos amis commencent à nous délaisser, nos collègues nous haïssent malgré tous ces sablés à la cannelle qu’on leur a ramené, et nos proches nous conseillent fortement d’arrêter tant qu’il en est encore temps, surtout depuis qu’on leur a tricoté ce pull rouge et blanc à motifs de rennes et envoyé des déclarations d’amour en abusant des émoticones.

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Malgré toutes les contre-indications et si près du but, nous décidons d’en terminer avec Maman, j’ai raté l’avion, le grand classique indémodable. Le sundae après les Big Mac. Les codes sont là, et ça fonctionne.

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Après 6 jours de régime, nous avons décidé de terminer sur une bonne note et donc de mettre un terme à cette aventure.

L’arrêt est brutal et le retour à la vie cinéphile normale nécessaire, basé essentiellement sur des films d’actions type Tarantino et Rodriguez, entrecoupé de comédies françaises pour éviter des séquelles similaires.

Un bilan de l’expérience ?

Ujeda : J’espérais au moins ressortir grandie. Voir mon cœur purifié par une morale bien-pensante. A quelques jours de Noël, ça n’aurait pas été un luxe. Autant dire que ce fut un échec. Ouais ouais il y a un peu de morale, il vaut mieux faire sa prière, aimer sa famille, surmonter les épreuves ensemble tout ça. Par contre quand on creuse un peu c’est plus ambigu. Pas de souci si un enfant surprend les jeux érotiques de ses parents déguisés en père Noël. Get over it, la gérontophilie c’était tendance en 2001. Ca pose pas plus de problème qu’un gamin persécute un pauvre smicard qui tente tant bien que mal de vivre en faisant le Père Noël. Sans gêne on fait l’apologie du stakhanovisme et de l’humiliation publique sur des lutins. Pourquoi pas non plus tenter des allusions graveleuse à la barbe de noël des enfants « Nous les elfes à noël on a les boules ».

Du coup je sais pas trop quoi faire pour me faire bien voir du Vieux Barbu. Je vais tenter de tabasser un SDF puis aller me confesser.

Morello : et moi j’irai insulter en chanson les mecs de l’usine Playmobil. On vous dira si nos efforts sont récompensés le 25.

Bon, Dzibz, on va remettre les choses au clair. On veut bien faire un article sur la drogue dure et ses effets, mais les films de Noël c’est trop nocif.

Morello : Ah oui, et donc, Dzibz, étant donné l’intolérance aux chants de Noël que j’ai pu développer, tu comprendras que je suis dans l’incapacité d’entrer dans un magasin actuellement, et donc de t’acheter un cadeau. Sans rancune hein.

Films. Noël. Écrire. 3 mots qui aspirent plutôt à des notions sympas et amusantes. Et finalement, c’est comme si je te faisais manger un sandwich avec de l’avocat, du melon et des croustibats. Séparément c’est goûtu, mais le mélange est infect.

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