A Noël, doit-on planter sa fourchette dans la carotide des gens qui aiment Babysitting 2 ?

Là, comme ça, sans réfléchir, je serais tenté de te répondre oui. Et d’ainsi faire fî de toute la fastidieuse procédure judiciaire conséquente à ton acte finalement peu réfléchi.

Je ne pense pas qu’aller t’isoler dans une cellule de 7 mètres carrés soit une solution. Alors, puisque tu vas statistiquement devoir affronter quelques aficionados du film à la fin du mois lors du rituel et pénible repas de famille de Noël, je me dois de te donner quelques pistes pour comprendre à quel point ceux-ci sont irrécupérables, à quel point le chemin de ta fourchette vers leurs carotides est aussi vain que le chemin d’un blogueur ciné vers une bibliothèque.

Qui dit repas de Noël dit à un moment-M interpellation un peu ironique (si tant est que ces gens-ci manient l’ironie) du rigolo de la famille à 3 gramme 5, te sommant, toi qu’es chinéphile (sic), de lui donner un conseil de film « mais pas chiant » à voir. Alors tu t’exécutes, tu dis mécaniquement Mad Max parce que tu t’étais préparé à la question, puis tu réponds dans l’ordre (même pas besoin d’écouter ses questions) : « Oui, c’est aussi bien que les anciens », « Non, je n’étais pas né, tu as raison », « Non merci, je ne reveux pas de vin rouge ».

Le truc que tu ne peux pas contrôler, c’est que le débat cinéphile devrait contaminer la tablée, ceci signifiant automatiquement que le moins bourré des teubés placera à un moment donné le fatidique : « Ben moi j’ai été voir Babysitting 2, j’y allais par hasard, ben franchement j’ai bien ri ».

Toi bouillir.

Toi avoir besoin de Cinématraque. Toi clairement devoir lire la suite de cet article ou bien, si tu as un peu d’oseille, consulter un thérapeute.

Parlons franchement, veux-tu. Oui, tu pourrais partir dans ta diatribe annuelle, aller raconter combien aller au cinéma est un acte militant, parler d’abêtissement de la masse et donc planter ta fourchette dans la carotide du premier qui te taxerait de snob. Et là je te dis : à quoi cela te servirait-ce ? Et aussi : comment feras-tu ensuite pour manger sans fourchette ?

Alternative, donc. Tu peux reprendre de la dinde, et sourire bêtement en attendant que la conversation s’évapore. Pour passer le temps, tu peux par exemple compter le nombre de « trop drôle ! » prononcés, ou encore jouer à tirer la peau du bras de ton arrière grand-mère.

Et lorsque viendra l’inéluctable moment où en gros tu auras droit à ton « de toute façon c’est pas assez intellectuel pour lui », il te faudra utiliser ta carte Politique. Sauvé, tu engendreras l’incontournable débat Front National, qui ne s’estompera plus jusqu’à la fin du repas.

Ne nous remercie pas, Cinématraque se démène pour que tu passes un bon Noël, c’est bien normal.

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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