A Serbian Film

Nos notes

Milos, un acteur porno retraité dont les performances exceptionnelles ont forgé la légende, reprend du service en signant un contrat aussi lucratif qu’étrange avec Vukmir, un producteur machiavélique d’une nouvelle forme de torture porn (c’est-à-dire de la pornographie trash et violente). Se rendant compte des horreurs qu’on veut lui faire commettre, Milos tente de rompre son contrat, mais, drogué et manipulé par Vukmir et ses sbires, il est entraîné dans une spirale morbide dont il ne sortira pas intact. Inutile de dire que A Serbian Film est un étrange objet de cinéma. Pendant sa première moitié, la narration linéaire fait lentement monter la tension, à mesure que nous accompagnons le personnage de Milos dans les premiers pas de ce véritable pacte avec le diable qu’il vient de passer – on ne peut s’empêcher de penser à Faust ou même au Phantom of the Paradise de De Palma. Si les acteurs sont moyennement convaincants, un certain sens du cadre, la fluidité du montage et les couleurs artificiellement travaillées (tour à tour ternies ou, au contraire, étirées) laissent présager un correct film de série B.

Comme souvent lorsque l'horreur tourne au gore, le rire l'emporte rapidement sur les frissons

Malheureusement, le film bascule lorsque Milos, suite à son refus de poursuivre le tournage du film, est drogué par Vukmir. A son réveil, il va retracer l’enchaînement d’évènements atroces que ce dernier lui a fait vivre dans les dernières heures. A partir de là, le film tombe dans ce qu’on peut difficilement qualifier d’autre que « du grand n’importe quoi ». A grand renfort de musique électro bourdonnante et d’images quasi-subliminales venant nous percuter la rétine, c’est à une interminable descente en enfer que nous convie le réalisateur: sous l’effet d’une sorte de « viagra spécial taureau », Milos, toujours filmé par les caméras des hommes de main de Vukmir, va tour à tour décapiter une femme à la machette pendant qu’il la prend en levrette (sans son consentement cela va de soi), puis violer sa propre femme ainsi que son jeune fils d’une dizaine d’années – lesquels avaient, à sa décharge, le visage masqué. Se rendant compte de l’horreur qu’il vient de commettre, dans un accès de rage aussi ridicule que délirant, il va tout simplement tuer tout le monde : Vukmir, ses hommes de main, et même son propre frère qui avait été « convié » à la fête (car oui, on nous avait montré avant que celui-ci regardait sa belle-soeur d’un oeil pas très net). La palme d’or de la mort la plus atroce revient à l’homme de main borgne, dans la cavité oculaire vide duquel Milos va sauvagement enfoncer son engin… C’est ce qu’on appelle en prendre plein la vue ! Ou « plein la cécité », plutôt.

Comme souvent lorsque l’horreur tourne au gore, le rire l’emporte rapidement sur les frissons. Mais encore faudrait-il, pour que ce rire soit détendu et non crispé, que le réalisateur fasse preuve d’un second degré ici totalement absent. Car c’est peut-être cela le plus dérangeant dans toute cette histoire : il n’y a pas une touche d’humour, pas un seul pas de côté vers la comédie, pas une once de dérision ou de complicité entendue avec le spectateur. Il y a donc quelque chose de très malsain à voir ce film, car on est forcé d’adhérer avec sérieux à un enchaînement de séquences au contenu éprouvant, issues de l’esprit d’un scénariste qui est soit malade, soit (très) basiquement provocateur. Comme si le film était une suite de mises en images des idées les plus retorses en matière de pornographie – à l’image du fameux new born porn, qui consiste à violer un nouveau né juste après que sa mère lui a donné naissance, et ce sous les yeux ravis et excités de celle-ci.

serbian

Reste donc au spectateur hébété la seule tentation de chercher un quelconque discours politique et/ou sociétal caché sous cette couche de crasse (comme pouvait le faire en 2012 le film Clip, de Maja Milos, sur la pornographie adolescente transmise par les réseaux sociaux). Mais là encore, le bât blesse. A part les tirades illuminées de Vukmir qui nous font vaguement comprendre que le porno qu’il propose est à l’image de la société Serbe, ou quelques plans sur des publicités aguicheuses qui témoignent de l’emprise de la pornographie sur nos vies, il n’y a rien pour alimenter notre réflexion. A défaut d’humour, on aurait pu attendre une vraie réflexion sur le viol – d’autant que le film peut aujourd’hui s’adresser, entre autres, à la génération des enfants nés des viols à répétition commis par les militaires serbes en Bosnie et en Croatie pendant la guerre (majoritairement sur les femmes musulmanes), et qui ont aujourd’hui une vingtaine d’années. Mais sur ce sujet qui reste une plaie ouverte du pays (et la cause d’une véritable crise identitaire pour ces enfants), A Serbian Film ne semble rien avoir à dire non plus. Bien pire que le simple nanar qu’il aurait pu être, c’est un film bête et nocif.

Si malgré tout vous souhaitez ne serait-ce que voir la bande-annonce…

Tous les autres textes du cycle des films interdits

Verdict ?

… Voilà, quoi.

2 Comments

  • Répondre février 13, 2017

    Fédor

    Vous feriez mieux de vous informer davantage au sujet des viols commis en Yougoslavie (Uniquement commis par des Serbes contre d’innocents mahométanistes, bien entendu).

    • Répondre février 16, 2017

      FBP

      Mais nous savons bien que les viols n’ont pas été commis de façon unilatérale, et ce n’est d’ailleurs pas ce qui est dit dans le texte.
      On regrette justement le manque d’explication, et d’analyse, du film, sur ces sujets.

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