Le Prodige : un échec cuisant

Nos notes

Bobby Fisher, né Robert James Fisher, est un de ces héros américains dont les acteurs bankable raffolent. Si, vous les connaissez, ceux-ci même qui donnent lieu à des films produits par l’acteur les incarnant, comme on s’achèterait une potentielle nomination aux Oscar.

Le joueur d’échecs le plus célèbre des Etats-Unis, car vainqueur à lui tout seul du géant russe en pleine Guerre Froide dans une discipline dont il avait pourtant fait sa spécialité, est ici incarné par Tobey Maguire, qui passe le film à faire ça :

Dis-donc mon Loulou, faudrait songer à varier les mimiques pour choper un Oscar

Dis-donc mon Loulou, faudrait songer à varier les mimiques pour choper un Oscar

Le film, sorte de best of patriote, et de fait manichéen en diable, d’une biographie pourtant passionnante, suit donc de façon chronologique l’avènement de ce héros américain, et se confronte à une problématique qui eut pu, sur le papier, donner lieu à un grand film : comment rendre compte de l’intensité d’une partie d’échecs ?

L’on ne tarde pas à voir réduits à néant les espoirs placés dans le synopsis et le challenge de taille sus-mentionné. Il ne suffira que d’une scène, l’une des toutes premières, où Bobby Fisher, alors gosse, reclus dans sa chambre, joue une partie seul. Sur son échiquier viennent s’incruster différentes combinaisons symbolisées par des flèches moches et une alphanumérique basique. Comme pour figurer ce qui dans la tête du héros se passe. Comme pour étayer le titre du film, et l’histoire déjà connue. Il s’agit donc de bien prendre le spectateur pour un con, plutôt que de le laisser assister à la naissance d’un champion.

Plutôt que de montrer simplement la réalité des faits, tout est reconstruit et enjolivé. Aussi, les jolis coups joués par les différents protagonistes sont d’autant plus jolis que 25 figurants en insert vont s’extasier tour à tour face caméra.

Par ailleurs, jamais le film ne parvient à rendre compte des coups de bluff hors-échiquier du maître, faisant passer les célèbres caprices de Bobby Fisher pour autant de gênes paranoïaques, occultant ainsi toute sa stratégie de mystification.

Le film capitalise sur des faits qu’il passe son temps à enjoliver, et ne nuance jamais son propos, comme si lui aussi était complètement mis à mal par la stratégie de Fisher : jamais ses défaites ne sont expliquées par le niveau supérieur de l’adversaire, et jamais le doute n’est permis, patriotisme oblige. L’après-match du siècle, bien moins reluisant pour Fisher, est d’ailleurs évacué d’un revers de main par quelques morceaux de texte en pré-générique final.

Le spectateur quitte la salle avec la désagréable impression de s’être vu confisquer tout raisonnement, toute possibilité de changer de défense face aux images, de prendre quelques coups d’avance. Aux échecs, cela s’appelle un « nul de salon ». C’est une partie où l’on s’entend pour, en une vingtaine de coups, faire le job et finir sur un nul. Seulement voilà, comme il est mentionné à moult reprises dans Le Prodige : Fisher détestait les matches nuls.

Le Prodige, d’Edward Zwick avec Tobey Maguire – Sortie le 16 septembre 2015

Verdict ?

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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