Louie, saison 5 : de Charybde en Scylla

Nos notes

La cinquième saison de Louie s’est achevée sur FX il y a quelques jours (une bonne quinzaine en fait – mince, le temps file).
Pour ceux qui suivent la série depuis ses débuts en 2010, il y a peu à dire sur cette nouvelle saison, tant à première vue elle n’ajoute ni ne retranche rien à l’œuvre étrange du stand-up comedian, passé en quelques années d’une audience fidèle mais confidentielle, à une reconnaissance publique et critique (dont la couv’ de So Film : que demander de plus?)

Mais si cette nouvelle saison ne change pas l’orientation du show, elle permet de confirmer certaines impressions sur le travail de Louis CK : on a parlé de ses influences, l’humour new-yorkais et autocentré d’un Woody Allen, le malaise d’un Ricky Gervais… Si ces influences sont toujours bel et bien présentes (en l’occurrence se fait sentir ici celle de David Lynch, qui justement intervenait en guest-star dans la géniale saison 3), c’est pourtant la profonde originalité de Louie qui se détache à présent.

Cette originalité est fondée sur une chose très simple, qui est l’absence quasi-totale de construction dramatique, et au contraire le recours constant à l’art de la digression : chez Louie, on passe sans transition du coq à l’âne, de morceaux de scènes de stand-up à des scènes de comédie plus axées sitcom, de banales descriptions de vie quotidienne à des scènes de rêves ou d’hallucinations sorties de nulle part… il est absolument impossible, en débutant un épisode de Louie, de prévoir comment celui ci va se terminer, tant les registres s’entrechoquent (passant sans effort du comique au pathétique), tant les durées varient (un récit peut durer plusieurs épisodes ou bien quelques minutes, au choix), tant les ramifications et digressions se multiplient, au gré de l’imagination apparemment sans limites de son créateur.

Cette manière très modeste de jeter à la poubelle toute notion de construction narrative classique (développement des intrigues, motivations des personnages, équilibre des émotions : pas de ça chez Louie) fait un bien fou à l’heure ou la plupart des séries rentrent dans le rang de la norme en sacrifiant les histoires racontées à l’efficacité de leur narration.
Chez Louie, c’est donc l’inverse, et ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les histoires, sans souci de hiérarchie : qu’elles soient bonnes ou mauvaises, courtes ou traînant en longueur, banales ou invraisemblables, drôles ou tristes, peu importe, il ne peut pas s’empêcher de nous raconter ce qui lui passe par la tête.
Et s’il continue, on le suivra encore raconter ses histoires, tel un pilier de comptoir divertissant, nous donnant à voir d’un œil amusé les travers de notre propre vie.

Louie, saison 5. Série créée par Louis C.K.  USA, 2015, 8×23 minutes. Avec Louis C.K, Pamela Adlon, Robert Kelly. La saison 5 a été diffusée sur FX du 9 avril au 28 mai 2015.

Verdict ?

scénariste et réalisateur, Il recherche justement de généreux mécènes.

2 Comments

  • […] de Seiji ne sont pas sans rappeler l’humour mélancolique d’un Louis C.K. Tout comme Louie, Seiji est avant tout un récepteur, il accumule les rencontres et les situations absurdes, en […]

  • […] sa maitresse. L’acteur qui lui donne sa voix dans la version d’origine, n’est nul autre que Louis C.K. qui offre alors à son personnage une dimension névrotique totalement absente de l’adaptation […]

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