San Andreas : L’échec de Richter

Nos notes

Le problème quand on commence à se frotter à des films comme San Andreas, c’est qu’on s’expose inévitablement à l’argument boomerang du « plaisir coupable« , cet argument baudruche qui vient oblitérer tout esprit critique à moins de passer pour le pire des pisse-froids dont la télécommande s’est arrêtée sur Arte en 1984. « Mais pourquoi tu te prends la tête avec ça ? C’est juste un pur divertissement, débranche ton cerveau et apprécie ça juste comme un gros blockbuster, te prends pas la tête avec le scénario ».

Soit.

Mettons les choses au clair : le scénario de San Andreas est très très con, et oui c’était prévisible. Le film de catastrophe naturelle est par essence prédisposé à la neuneuterie généralisée et au scénario-prétexte juste là pour aligner les scènes où ça pète de partout. Mais même quand on y est préparé, et avec la meilleure volonté du monde, San Andreas est tout de même une expérience douloureuse qui nous rappelle qu’après quelques très chouettes blockbusters qui nous sont parvenus ces dernières semaines, on n’est jamais à l’abri de la rechute.

Prenons l’exemple d’une scène en particulier, alors sautez aux paragraphes suivants si vraiment vous voulez pas vous faire spoiler (bien que la scène en question ne soit pas d’une importance cruciale dans l’intrigue) : celle qui nous introduit le personnage de Paul Giamatti, scientifique par ailleurs professeur en université. Au beau milieu d’un amphithéâtre, il nous gratifie d’un petit cours magistral sur les séismes les plus dévastateurs à ce qu’on suppose être des étudiants en géologie, en biologie ou on ne sait quelle discipline scientifique, surtout qu’il y a derrière une gros tableau noir avec plein de trucs compliqués écrits dessus. Donc on est en présence de jeunes qui sont censés toucher un peu dans le domaine, même le mec qui s’en sort avec 8 au partiel de fin de semestre doit avoir quelques notions. C’est alors que, toute guillerette, une étudiante lève la main pour poser ce que je vais appeler la question la plus con du monde :

« Mais euh, Monsieur, est-ce que ça peut nous arriver chez nous, Monsieur ? »

Bordel, t’es étudiante en sciences à l’Université de Californie, tu dois quand même savoir que tu habites au-dessus d’une PUTAIN DE FAILLE SISMIQUE.

Même le modeste jeune frenchie que je suis, dont les cours de SVT se sont arrêtés en terminale S avant que je bifurque dans la voie de garage de luxe qu’est la prépa lettres connaît la faille de San Andreas. Et je sais qu’elle est active, dangereuse, et qu’elle va péter à la gueule de tout le monde dans les siècles à venir. C’est un truc qu’on t’apprend en sixième, même quand tu habites dans un pays pour lequel San Andreas est avant tout le nom d’un des meilleurs GTA. Alors à moins que cette jeune fille se soit trompée de salle et ne cherche un cours d’architecture, je commence à me dire qu’on nous prend un peu pour des jambons.

Ce genre de séquences totalement incohérentes, au-delà de leur ridicule, ne fait que souligner davantage la paresse crasse de l’écriture du film. Tout doit être expliqué, surligné, prémâché pour que le spectateur neuneu de base comprenne bien tout ce qui se passe entre deux poignées de popcorn. Quitte à le faire au mépris de la cohérence d’ensemble de certaines scènes. Combien de fois doit-on entendre les personnages spoiler eux-mêmes la scène suivante en disant qu’il faut faire ceci ou cela, que telle ou telle catastrophe va arriver ? Seul reste un mystère, et plutôt coriace il faut le concéder : celui des yeux d’Alexandra Daddario, dont le bleu profond et perçant permet d’oublier un temps son statut forcé de génératrice d’instants deus ex machina narratifs.

Le film déroule son programme avec la grâce d’un rouleau-compresseur égaré dans un champ de maïs. Pas une once d’originalité, pas une idée qui ne donne pas cette impression amère d’avoir été vue cinquante fois dans n’importe quel téléfilm de fin de soirée sur la TNT. D’une fadeur confondante, le film ne cesse d’employer les scènes de destruction dans un rythme incohérent (Paul Giamatti n’arrête pas de nous parler de séismes qui durent cinq à dix minutes, pourquoi on a à chaque fois que des séquences qui durent trente secondes?) comme autant de cache-misères face à la vacuité de son propos. Sans parler de l’emploi de ses seconds rôles, dont l’utilisation relève du grand n’importe quoi : on a notamment de la peine pour le toujours sympathique Ioan Gruffudd (qui a déjà morflé il y a quelques semaines avec l’annulation de sa plutôt chouette série Forever), expédié par l’intrigue avec une désinvolture sidérante. Et avis aux fans de Kylie Minogue, ne clignez pas des yeux pendant le film, vous risquez de rater votre idole.

À cette déception d’ensemble s’ajoute celle de Dwayne Johnson. On vous entend tout de suite pousser vos cris d’orfraie, alors calmons-nous deux minutes. Dwayne Johnson est cool, Dwayne Johnson est un buffle, et Dwayne Johnson a tout pour être l’action movie star pendant sévèrement burné de cette génération. Mais Dwayne Johnson n’est jamais meilleur que lorsqu’il teinte ses personnages d’un second degré, d’une ironie invoquant les meilleurs souvenirs de Bruce Willis. C’est ainsi qu’il est devenu une star à la WWE, en gonflant avec un esprit presque post-moderne l’idéal de l’entertainer complet, alignant les pains comme les punchlines avec un sens de l’emphase quasi burlesque. C’est comme ça qu’on a appris à l’adorer dans ses Fast and Furious, dans l’excellent No Pain No Gain de Michael Bay ou quand il fait le con au Saturday Night Live. Mais quand il est confronté comme ici à un personnage qui l’enferme dans un stéréotype unidimensionnel (qu’on appelle communément le bon-Américain-par-ailleurs-grosse-baraque-super-doué-en-tout-meilleur-que-tout-le-monde-mais-avec-des-failles-quand-même-mais-pas-trop-faut-pas-déconner), il galère un peu le bon Dwayne. Ce qui n’empêche qu’on continue à l’aimer quand même.

Et pour couronner le tout, San Andreas se permet en plus d’être un énième blockbuster empreint de cette morale à deux balles douteuse et bercé par cette chimère d’une crétinerie incroyable selon laquelle les pires catastrophes naturelles sont morales et font le tri pour le salut des braves. Youpi. Tout cela culmine dans une dernière scène qu’on ne dévoilera pas, mais dont le grotesque pompier nous laisse KO sur notre siège, toujours bluffés par la faculté d’une partie du cinéma d’action de nous assommer le patriotisme le plus bas de plafond qui soit.

Le « plaisir coupable » est devenu l’un des pires ennemis de notre esprit critique contemporain. Sous prétexte d’une « dédiabolisation » de l’art mineur, il permet de justifier le décalque à l’infini de schémas vidés de toute leur âme et toute leur substance. Ce n’est pas parce que ça fait boum tout le temps et que le film est conscient de ce qu’il est qu’il en devient plus défendable. Le plaisir coupable a ses règles, et si on commence à y mettre des films comme San Andreas, alors tout devient un plaisir coupable potentiel. Et c’est un coup à se retrouver un film avec des films avec des tempêtes de requins ou je ne sais quelles conneries du genre. Avouez qu’on serait un peu dans la panade ce jour-là.

Vous voulez en prendre plein les yeux avec un film où ça fait boum-boum poin-poin tout le temps ? Allez voir Mad Max : Fury Road. Allez le revoir si vous l’avez déjà vu. Et attendez que San Andreas passe un dimanche soir sur TF1, vous l’apprécierez tout autant.

San Andreas de Brad Peyton, avec Dwayne Johnson, Carla Gugino, Alexandra Daddario, États-Unis, 1h54

Verdict ?

Hubert Bonisseur de la Bath de la critique française, ma plume a la finesse d’un klug aux marrons de Monsieur Preskovic. J’aime Bill Murray plus que de raison. Par contre, j’aime pas trop les voleurs et les fils de pute. Je suis là parce que je connais l’ouvreuse. J’officie aussi sur le site de Première parce que ça sonne bien sur un CV.

3 Comments

  • Répondre juin 22, 2015

    magicsenna34

    suite et fin de mon précédent com….avec le jour d’après nous avons droit à du sérieux dans le jeux des acteurs,à un peu plus de dramaturgie ainsi qu’à du dialogue ne serait ce qu’un poil,intelligent..évidemment un film catastrophe est rarement basé sur la psychologie des personnages et je crois savoir que quand on va au cinéma pour voir un truc de ce genre c’est pour s’en prendre plein les yeux et passer un moment de détente..se vider la tête comme on dit..effectivement le scénario est segondaire mais là franchement c’est abusé et j’ai vraiment eu l’impression d’avoir été pris pour un imbécile..par exemple quand le jeune trader porte son jeune frère sur les épaules dans l’immeuble inondé..il le fait en courant dans l’eau..pourquoi pas me direz vous..seulement à peine 10 minutes avant soutenu par son frère et la fille du héros il pouvait à peine marcher parce qu’il s’était pris je ne sais plus quoi dans la jambe et l’ayant sérieusement blessé..bref..c’est pas nous prendre pour des jambons,ca?!..ne serait ce que pour les acteurs et les dialogues ce film ne respecte absolument pas ses spectateurs..moi qui suis amateur du genre j’ai tenu à voir san andreas mais le seul cinéma que nous avons à sète ne le proposait pas en projection..j’ai du me contenter du streaming pour me faire une idée..elle est faite..je ne regrette pas de ne pas l’avoir vu en salle et ce film est une belle merde..

  • Répondre juin 22, 2015

    magicsenna34

    je suis entièrement d’accord avec la critique du posteur bien que trouvant que celui ci n’ait pas assez mis l’accent sur les personnages et je ne parle pas de leur psychologie mais de leur jeux qui est quasi inexistant pour ne pas dire complètement absent..non seulement il n’y a aucune grosse tête d’affiche mais ils sont absolument sans charisme ni relief même le héros..selon moi ils sont d’une platitude absolue..si ce n’était les effets spéciaux san andrea pourrait sans doute passer pour un bon téléfilm tout comme terminator 4..je passe d’un trait sur la navrante pauvre qualité des dialogues..quand il y en a!!..au moins dans 2012 nous avons john cusack et dennis quaid dans le jour d’après..et même ce dernier qui a essuyé un feu nourri de la part des internautes me semble mieux construit que les autres..

  • Répondre juin 17, 2015

    streamiz

    Bon voila un film ou certains auront la gâchette facile pour le descendre, mais ils oublient le genre de film que c’est : « catastrophe », et sur ce point la, le film rempli parfaitement le cahier des charges.. Attention loin de moi de dire que c’est un chef d’œuvre ou que c’est le film de l’année, simplement que celui qui va voir le film c’est à quoi s’attendre, donc si on aime pas visiblement on se précipite pas pour le voir, car les bandes annonces, l’affiche etc. sont assez explicite sur le film… Moi personnellement je l’ai trouver plus intéressant et plus plausible que « 2012 », alors bien sur il y a de nombreux cliché mais ça n’en gâche pas le film pour autant. Il y a pas mal de passage intéressants ou on retiens son souffle. Le numérique est bien fait et il est un niveaux au dessus que « 2012 » dans l’immersion et le réalisme mais on s’en encore le fond vert sur certain passage pour les plus pointilleux. Le film à droit a sa version 3D qui est absolument inutile… Quand à l’histoire elle est principalement concentrer sur une famille lambda qui est plutôt attachante, bien que bourré de stéréotype .. bref je pense pas qu’il y est besoin d’en faire des pages entière pour décrire ce film, simplement que c’est une bonne surprise dans le genre catastrophique avec des clin d’œil pour ses ainés, forcé de constater l’inspiration sur des grands films comme « La Tour Infernal », « Le Jour d’Après », « L’Aventure du Poséidon » et bien d’autre… j’ai passé deux bonnes heures

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