A Perfect Day, sympa mais imparfait

Nos notes

A Perfect Day, réalisé par le cinéaste espagnol Fernando León de Aranoa clôturait la troisième journée de projections de la Quinzaine des Réalisateurs hier, le 16 mai en soirée.

Édouard Waintrop, suivi de Fernando et de trois des acteurs principaux, monte sur la scène sous le tonnerre d’applaudissements de la salle, pour présenter rapidement le film. Remerciements mutuels assez classiques, illuminés par la présence de la jolie et petite, bien que hissée sur de grands talons beiges vernis, française du film, Mélanie Thierry.

Fernando explique que ses producteurs ont « parfois cru en lui plus encore qu’il ne croyait en lui-même », phrase pleine d’humilité montrant qu’en étant aidée, l’humilité peut aller loin.

A Perfect Day est assez classique dans sa forme, même « américanisé » par ses effets éculés et certains passages obligés de son scénario, voire par le jeu de ses acteurs, dans l’ensemble assez bons quoique aux prestations déjà vues.

Le film prend place « quelque part dans les Balkans », à la fin de la guerre de Bosnie, et met en scène cinq volontaires humanitaires essayant coûte que coûte d’apporter leur aide aux habitants de la région. Il s’ouvre sur une scène particulière : l’essai de remonter le cadavre d’un homme énorme, placé volontairement au fond d’un puits par des ennemis pour contaminer l’eau. La corde cède et le cadavre retombe à grand fracas au fond. Il faut urgemment trouver une autre corde avant que le cadavre ne se décompose.

Leur capacité d’action, généralement, se heurte aux ordres de l’ONU, aux blocages administratifs, aux pénuries de guerre, aux possibles dangers les empêchant d’avancer. Les volontaires sont à plusieurs reprises coincés derrière des vaches mortes, pièges qui ont été traînés au milieu de la route, de façon à ce que l’obligation soit de les contourner et de sauter sur des terrains minés ; image de l’impossibilité d’avancer, d’être efficace malgré leur volonté, image de l’absurdité de la guerre.

A Perfect Day rend hommage à l’intervention humanitaire, tout en questionnant sa pertinence. L’aide volontaire peut ne pas trouver facilement sa place dans des situations de guerre compliquées. Rappelons que Fernando León de Aranoa a lui-même filmé des ONG sur le terrain durant la guerre de Bosnie, ce qui se ressent par la pertinence de la manière dont est traité le sujet historique.

Il défend les rapports humains que ces aides peuvent créer, à travers l’histoire de la rencontre avec le petit garçon, Nikola.

Le décalage entre le monde adulte et le monde de l’enfance est joliment marqué par là ; il y a certaines choses qu’un enfant ne peut pas voir, et pourtant malheureusement que la guerre le forcera à précocement admettre. Il y a certaines choses qu’il ne peut pas faire, comme lorsque Nikola explique à Mambru (Benicio del Toro) que c’est à lui de se débrouiller pour récupérer une corde nécessaire même si un chien dangereux y est attaché au bout, et non à Nikola lui-même, car « Nikola, petit garçon ».

Le très beau visage de Mélanie Thierry est mis en valeur, peut-être presque trop, pour qu’elle n’arrive à se démarquer suffisamment de ce rôle un peu facile de la jolie française blonde, innocente, idéaliste et fragile, amenée à se confronter à des horreurs, en premier voyage d’action humanitaire. Mais cette démarcation un peu simpliste du personnage relève aussi de l’intention du film, car outre Mélanie, les autres acteurs viennent des quatre coins du monde, comme c’est souvent le cas au sein des équipes ONG : Benicio del Toro est Mambru (le responsable de l’équipe), Tim Robbins est B. (très amusant), Fedja Stukan est Damir (le traducteur, originaire de la région), et enfin Olga Kurylenko est Katya, venue analyser si l’action sur ce terrain devait se poursuivre ou non.

Parce que le sujet n’est pas gai, le réalisateur a justement pris le parti de l’humour, très présent du début à la fin. Il faut souligner cet humour, car il fait d’A Perfect Day un bon film. On ne rit pas du contexte, bien sûr, mais avec ce groupe de volontaires ONG composé de personnalités s’entrechoquant, et confrontées à ces situations auxquelles elles réagissent de manière parfois tout autant absurde. Cependant, l’humour est variable : il peut être excellent, ou parfois un peu trop lisse, et se sent alors trop écrit par avance. Par exemple, ce qui tourne autour de la relation entre Katia et Mambru, de la maîtresse anciennement déçue et du « tombeur » amené malgré lui à devoir travailler avec elle, a déjà été beaucoup vu.

Verdict ?

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