Cucumber & Banana + Tofu : Ça bande dans tous les sens !

Nos notes

1999. Un groupe de potes gays de Manchester passe par toutes les couleurs du rainbow flag sur le petit écran. Une révolution à l’époque où les personnages homos à la télévision sont cantonnés à des seconds rôles sans sexualité. Queer as Folk osait montrer des mecs qui mangent, crient, aiment. Et baisent. La série de Russel T. Davis n’a pas tardé à se parer d’une aura culte et à donner naissance à un remake aux Etats-Unis avec une intrigue délocalisée à Pittsburgh le temps de 5 saisons et de 83 épisodes.
Après avoir réveillé, avec le succès que l’on sait, le Doctor Who endormi dans son Tardis, Russel T. Davis fait son retour avec trois nouvelles séries liées les unes aux autres: Cucumber, Banana et Tofu. Un triptyque aux titres inspirés par les dénominations choisies par une étude suisse pour classer les différents types d’érections (on fait confiance à votre imagination…).
Le premier épisode de Cucumber nous plonge dans le quotidien d’un couple de quadra gays gentiment embourgeoisés. Là encore, pas le genre de personnage que l’on est habitué à voir sur un petit écran appréciant surtout les gays s’ils sont jeunes, sveltes et sexy… Chacun des huit épisodes feuilletonnent en s’immergeant dans le milieu homo mancunien où se croisent (et parfois plus que ça) les générations. Si Queer as Folk abordait des thématiques telles que le coming-out, le rite initiatique que représente une première sortie en boite gay ou l’homophobie ordinaire, Cucumber montre qu’en une quinzaine d’années les temps ont relativement changé. Aujourd’hui, il n’est plus insensé que deux hommes puissent se marier, Grindr a révolutionné la drague et les homos sont à la fois plus visibles et moins marginalisés.
L’érection de Ryan Reynolds
La série compose donc avec cette nouvelle donne sans faire dans l’idéalisme béat. Car, elle rappelle aussi, de manière choquante, que l’homophobie persiste et ne surgit pas forcément de là où on l’attendrait. Remarquablement écrite – cf le monologue d’anthologie sur l’érection de Ryan Reynolds -, pleine de surprises et décidée à ne jamais aller là où on l’attend, Cucumber est indéniablement addictive. Malheureusement, Russel T. Davis a annoncé qu’il n’y aurait pas de saison 2.
Banana est en quelque sorte un spin-off. Chaque épisode se concentre sur un personnage secondaire ou faisant une apparition furtive dans Cucumber et boucle son intrigue en moins de 30 minutes. Ces histoires indépendantes les unes des autres composent une mosaïque de la communauté LGBT (lesbienne, gay, bi, trans) mancunienne. Sans oublier ni le L, ni le G, ni le B, ni le T. Ces véritables courts-métrages sont souvent d’une sensibilité renversante et ne se focalisent pas uniquement sur des questions d’orientation sexuelle ou d’identité de genre. Cyber-harcèlement, violence de classes et exploitation des sans papiers se retrouvent au cœur de certains scénarios.
 Tofu, enfin, s’avère largement dispensable. Ces modules mi-documentaires mi-fictionnels sont visibles sur Internet. En huit fois onze minutes, des anonymes et des acteurs de Cucumber et Banana dissertent sur des questions de sexualité. Jamais inspiré, ni captivant, même sur le plan sociologique, Tofu semble décidé à incarner la fadeur de son titre. On vous conseille donc de suivre le régime, plus bandant, de Cucumber et Banana.
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Banana, série créée par Russell T. Davis. UK, 2015, 8×23 min. Diffusée sur E4 du 22 janvier au 12 mars 2015, et au festival Séries mania le 18 avril.
Cucumber, série créée par Russell T. Davis. UK, 2015, 8×45 min. Diffusée sur Channel 4 du 22 janvier au 12 mars 2015, et au festival Séries mania le 18 avril.
Tofu, série créée par Russell T. Davis. UK, 2015, 8×11 min. Diffusée sur 4oD du 22 janvier au 12 mars 2015.

Verdict ?

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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