Festival Séries Mania : Togetherness / Empire

Samedi 18 avril, premier jour officiel du festival Séries Mania.
J’ai pu y voir deux séries américaines très attendues cette année.

Togetherness : c’est la petite dernière d’HBO. La série a été créée par les frères Duplass, Mark and Jay, figures importantes du cinéma indépendant américain, et plus précisément du mumblecore. Tous deux très polyvalents, ils sont à la fois producteurs, réalisateurs et acteurs. A la télévision, Mark Duplass s’est illustré dans la très bonne comédie de la chaîne FX, The League. Ce n’est pas la première collaboration des deux frères à qui l’on doit Baghead et Cyrus. Togetherness raconte la vie quotidienne d’un couple, éprouvant des difficultés à renouer avec le désir après la naissance de leurs deux enfants, et qui sont obligés d’héberger le meilleur ami, Alex, acteur raté, et la soeur, Tina, qui se cherche une nouvelle vie et un but à Los Angeles. Nous suivons donc les états d’âme et les recherches existentielles de ce petit groupe d’adultes qui tente de vivre ensemble. Le traitement est propre à ce que l’on peut voir dans le cinéma indépendant. La série est très douce, centrée sur l’introspection et les petites choses du quotidien qui vous affectent. On passe facilement du rire à l’émotion et on s’attache profondément à la petite troupe, d’autant que tous semblent aussi proches dans la vie qu’à l’écran. Il y a donc un vrai plaisir à suivre la série, mais malheureusement elle ne parvient pas à dépasser les codes d’un genre en passe de devenir un stéréotype dans le cinéma indépendant. Là où Girls, la série de Lena Dunham se réclamant de la même mouvance, apportait de l’originalité en prenant un point de vue auto-fictionnel et en nourrissant son show d’un égocentrisme parfois presque monstrueux, ici, on a du mal à voir l’ambition et on se demande parfois si la vie de ces personnages est vraiment plus intéressante que la nôtre. Certes les petits rien peuvent être la source de grandes tragédies mais parfois ce ne sont aussi que de petits riens.

Empire : c’est la grosse surprise de 2015. Série portée par Lee Daniels et Danny Strong, elle adapte le roi Lear version soap dans le milieu du hip-hop. Avec des audiences qui n’ont cessé de grimper d’épisodes en épisodes, c’est le gros carton de cette rentée; notamment auprès de la communauté afro-américaine où la série est particulièrement suivie (1/3 des foyers la regardent). Empire peut amplement entrer dans la catégorie des « plaisirs coupables ». C’est la série qui ose tout, où tout est absolument too much : les personnages hauts en couleurs, les costumes, les intrigues… On pourrait qualifier cela de « série du trop ». Mais d’un autre coté l’excès sied parfaitement au monde du rap aujourd’hui. D’ailleurs, le personnage principal incarné par Terence Howard semble très fortement inspiré de Jay-Z. Le tout est servi par la musique du grand Timbaland, permettant qu’au moins un numéro musical sur deux soit très bien (et c’est un bon quota pour une série musicale!) La manière dont le show assume son kitsch la rend extraordinairement cool. Par contre pour ceux qui cherche du fond, pas la peine de s’attarder, Empire n’est pas là pour ça.

Empire-fox

La projection des deux premiers épisodes a été suivie par une rencontre avec Lee Daniels et l’actrice Taraji P. Henson, qui incarne Cookie Lyon, le personnage le plus outrancier de la série mais aussi le plus attachant, inspiré du personnage de Dominique Deveraux dans le soap Dynasty, accueillie en vraie rock-star par les spectateurs présents. Lee Daniels s’est beaucoup livré durant cette rencontre, notamment sur les thématiques de la série inspirée directement d’évènements de sa vie comme la question de l’homosexualité, de la prison et de la drogue. Lorsqu’on lui demande pourquoi passer à la télévision, il répond : « Pour l’argent et pour que la moitié de ma famille qui est prison puisse enfin voir ce que fais ». En toute franchise.

Togetherness, série créée par Mark, Jay Duplass & Steve Zissis. HBO, 2015.

Empire, série créée par Lee Daniels. Fox, 2015.

Cinéphile adoratrice de la triade Chris Marker, James Gray, Luc Besson, reconvertie récemment aux séries et travaillant d’arrache-pied pour rattraper tous ses classiques. On peut la lire aussi sur Séries Chéries.

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