[L’image de l’année] L’épilation à la Kalachnikov dans Timbuktu

Dans Timbuktu, on se souvient de cette scène où Abdelkrim, l’un des djihadistes occupant la ville, vient faire la cour à Satima, qui est en train de se laver les cheveux dans une bassine, assise sur le sable avec sa fille Toya. Ayant été sèchement éconduit, il reprend la route de la ville. Alors qu’il regarde le paysage défiler par la fenêtre du 4×4, plongé dans ses pensées, il demande soudainement au chauffeur de s’arrêter, et même de revenir en arrière sur quelques mètres. Le contre-champ nous révèle alors ce qui avait attiré son attention : une touffe d’herbes sauvages, nichée dans un creux à la jonction de deux dunes. Abdelkrim saisit alors sa kalachnikov, vise, et tire une longue rafale : nouveau contre-champ sur la touffe d’herbes, dont les brins les plus hauts sautent, fauchés par les balles. Abdelkrim contemple, satisfait, le résultat de son geste : le bosquet a diminué de moitié en hauteur et en épaisseur. Puis il range son AK-47, et fait signe à son chauffeur de redémarrer.

Ce plan, en assumant d’être totalement littéral, en devient limpide : le djihadiste Abdelkrim n’est pas un illuminé fanatique, un sage étrange, ni un extrémiste terroriste incompréhensible ; c’est un homme frustré, plein de contradictions, tiraillé entre ses pulsions et les règles qu’il se targue d’appliquer (et de faire appliquer aux autres) : il fume, parle de foot… et assouvit son désir en déchargeant son arme sur un bosquet lui rappelant le sexe féminin. La masturbation pleine de rage et de violence de ce grand enfant passe par le jouet, le « doudou » qu’est pour lui son arme – et on comprend alors tout ce que représente, pour un djihadiste, la mitraillette dont il ne se sépare jamais : plus qu’un symbole de force métallique, une véritable excroissance de chair.

… Voilà, quoi.

Be first to comment