Journal intime du festival en cours

On vous avait quitté un peu énervé par les conséquences désastreuses de la finance et son cortège de corruptions, d’assassinats et de guerres. On vous disait aussi que, pour autant, la grande tendance du festival n’était pas à chercher de ce côté-là. Car, déjà, une thématique forte se dégage : la place de la musique au cinéma. Ainsi, quelle meilleure transition que la programmation de Chante ton bac d’abord, documentaire déjà applaudi lors de sa diffusion sur France 2, avant d’être distribué en salles ? On sait que David André a choisi de poser sa caméra à Boulogne-sur-Mer pour rendre compte, notamment, des dégâts du capitalisme financier sur ce port marchand. Loin de s’accommoder de la démarche d’un Ken Loach adulé ici et là, André suit les traces d’un autre amoureux des villes portuaires, Jacques Demy, aka Jacquot de Nantes. Si le cinéma populaire français se trouve parfois forcé, de par son financement, à l’adoption d’une approche très télévisuelle, la vision en salle de Passe ton Bac d’Abord, documentaire chanté de David André, fait exception à la règle et mérite d’être vu en salle. C’est le cœur léger, et un peu ému, qu’on oublie la détresse des parents, souvent aux prises avec des difficultés financières, et qu’on se trouve à espérer grâce à la force de leurs gamins, stars charismatiques du film. Comme dirait l’autre : « Never give up, never surrender ! ».

Musique encore dans cet essai plutôt mignon, projeté avant le documentaire, de lycéens qui ont voulu rendre hommage à Bernard Hermann, compositeur emblématique d’Hitchcock, en prenant pour base un petit court métrage rendant lui-même hommage au cinéaste anglais. Il est loin, le temps où l’on obligeait les élèves à s’humilier en public à coups de flûte à bec… Difficile, également, de ne pas évoquer ce qui constitue probablement l’unique intérêt du film de Céline Sciamma, Bande de Filles, projeté ce matin aux Oeillades, et qui se distingue surtout par sa bande-son. Beaucoup ont retenu ce moment suspendu – une séquence au son du Diamonds de Rihanna -, alors que l’essentiel tient dans le travail de Para One, ancien producteur de TTC et compositeur attitré de la réalisatrice. Musique toujours avec le dernier film, très réussi, de Jean-Paul Civeyrac, cinéaste trop rare, et particulièrement discret, que l’on aurait tort de limiter à son seul Des filles en noir. De Ni d’Eve ni d’Adam à Mon amie Victoria, l’auteur creuse un sillon singulier, où l’influence du fantastique le dispute à celle du cinéma de Dreyer et de Bresson. Mais son travail, surtout, ne peut se comprendre qu’à travers le prisme de la musique (il se compare d’ailleurs bien plus volontiers à un musicien qu’à un cinéaste). Ici la musicalité provient tout à la fois du jazz que de la présence d’une voix off au ton monotone et totalement assumé. Retenons du film, dont on vous parlera très prochainement, la façon dont il remet en question la représentation des Noirs dans le cinéma français, et dont Sciamma aurait sans doute deux ou trois choses à apprendre. Retenons également un nom, celui de l’une de ses interprètes, Guslagie Malanda. Mon Amie Victoria s’affirme donc, pour l’instant, comme le coup de cœur de Cinematraque. Que penser en revanche du troisième film de Jean-Paul Rouve, Les Souvenirs, si ce n’est qu’il ne semblait pas très utile d’adapter le roman de gare de David Foenkinos, charmant garçon mais qui, à une exception près peut-être (Les Coeurs Autonomes) ne s’est jamais spécialement distingué par son travail ? Le film de Rouve est à l’image du style de Foenkinos : on sourit parfois, mais on se demande surtout : à quoi bon ? Pour demain, on connaît déjà un peu la chanson : le show continue avec Les Combattants et Le Dernier coup de marteau, le nouveau film d’Alix Delaporte (Angèle et Tony), projeté en avant-première.

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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