Louie, saison 4 : plus intimiste, moins drôle

Nos notes

Louie, c’est cette sitcom à la fois hilarante et déprimante d’un génie comique new-yorkais roux et bedonnant dont on avait largement vanté les mérites dans nos colonnes. Diffusées le mois dernier sur FX, les aventures de Louie CK, qui met en scène son double fictif dans sa vie quotidienne de père divorcé gentiment loser, se poursuivent dans une quatrième saison plutôt décevante.

Il faut dire que l’humoriste avait placé la barre très haut jusque-là : au-delà d’un humour ravageur, il y avait ce savant dosage de surréalisme et de prosaïsme qui pimentait la série – entre scènes intimistes et extraits de stand-up, l’humour y côtoyant le tragique, le quotidien revêtant une touche fantasmagorique – et David Lynch lui-même était là pour en attester. On se souvient aussi des scènes hilarantes avec Ricky Gervais dans le rôle de son ami et médecin, caustique et cruel, ou encore du voyage en avion dans lequel sa tendance phobique se matérialisait dans des séquences grotesques totalement hallucinées.

Pourtant, cette quatrième saison n’est pas à la hauteur de nos attentes. Se pourrait-il que nous soyons rompus à l’humour du comédien ? Peut-être, ou du moins en partie : dans certains épisodes, les blagues d’un homme dont le potentiel de séduction décroit de manière inversement proportionnelle à sa prise de poids deviennent un peu répétitives, moins inventives et parfois même lassantes.

Mais surtout, c’est le déplacement de l’auto-dérision vers l’auto-dépréciation excessive qui pose problème. Comme si Louie CK se complaisait dans sa propre lose : quand il tombe amoureux d’Amia, la relation est tuée dans l’œuf, sans issue possible. Et quand il retrouve son âme sœur (son histoire avec Pamela avait donné lieu à une scène d’adieu sublime et déchirante à l’aéroport à la fin de la saison 2), c’est pour se prendre à longueur de journée des remarques sarcastiques sur son physique du type : « Regarde ton corps, on dirait une boîte aux lettres posée sur deux souches avec un melon au sommet ». Un peu de répit pour le spectateur qui n’en peut plus de se prendre des baffes par procuration !

Les deux épisodes souvenirs, qui marquent une parenthèse narrative dans le fil de la série, rompent certes avec cette tendance auto-complaisante. Le jeune Louie, en pleine crise d’adolescence, y est interprété avec justesse et douceur. C’est mignon, mais pas très inventif. Rien à voir avec cet épisode de la première saison, dans lequel ses souvenirs d’apprentissage de la religion prenaient un tour délirant quand un médecin effrayant expliquait à deux jeunes garçons éberlués le détail des souffrances physiques endurées par le Christ lors de la crucifixion : une séquence empreinte de cette touche surréaliste trop souvent mise entre parenthèses dans cette quatrième saison.

Mais ne perdons pas espoir : Louie CK a un énorme potentiel, qui, bien que sous-exploité dans les derniers épisodes, produit tout de même quelques moments magiques. À l’instar de cette séquence totalement loufoque dans laquelle les éboueurs qui le réveillent au petit matin s’invitent dans sa chambre par la seule force de son esprit semi-conscient. Ou de ces scènes hilarantes où le présentateur du journal télévisé enchaine, sur le même ton monocorde, informations véridiques et déclarations totalement farfelues. Car c’est bien cela que l’on aime chez Louie CK : sa capacité à transfigurer la tragique banalité du quotidien par l’intervention du grotesque et la puissance de l’imaginaire.

Louie, saison 4. Série créée par Louie C.K avec lui-même, Pamela Adlon, Hadley Delany, Ursula Parker. USA, 2013, 14×23 min. La saison 4 a été diffusée sur FX entre le 5 mai et le 16 juin 2014.

Verdict ?

Cinéphile éclectique, surtout quand il s’agit de cinéma américain (voire anglo-saxon à la limite).

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