Plaisir coupable ? « Les Nerfs à vif » et sa VF vénère

Il est de bon ton de citer des parangons de bon goût en guise de film préféré : et vas-y donc que je te crache du Renoir, du Ozu  ou bien du Welles (et pas Citizen Kane, attention, ce serait trop facile). Mais, en secret, quel serait celui qui mettrait tout ce beau monde à l’amende ? Les Nerfs à vif bien évidemment ! Alors,  je pourrais dire Cape Fear pour flamber, mais la notion de VF prend ici tout son sens (comme pour des films tels que Commando ou Predator que je place en deuxième puis en troisième place de mes films préférés). Oui, Cape Fear deuxième version (pas la première, bien élevée et un peu chiante de John Lee Thompson), réalisée par Scorsese en 1991: un film sublime à écouter pour la BO originale de Bernard Herrmann. Mais aussi un film à regarder et re-regarder en VF pour se délecter des paroles concoctées par des auteurs et doubleurs français déchaînés.

Voici un florilège de ce qui vous attend:

Max Cady (joué par Bob de Niro) :  « Tu as tort de m’insulter, tu risques gros si j’ai la colère, avec le coup de la légitime défense je peux te faire des trucs pas beaux du tout.
Le détective bourru (joué magnifiquement par Joe Don Baker) : Tu veux jouer au méchant ? Viens qu’on s’amuse !
Max Cady :  C’est moi qu’tu menaces ? [NDR : rappel cinéphilique du fameux « You’re talking to me ? « ]   C’est moi que tu menaces ?
Le détective : T’as tout compris… »

Ou encore :

Leigh Bowden (Jessica Lange) : Danielle [la fille jouée par Juliette Lewis] soignerait une mouche si elle était blessée…
Le détective bourru [décidément un personnage clé] : Même si c’est une grosse mouche à merde ?
Sam Bowden (l’avocat incarné par Nick Nolte et doublé par Alain Dorval, la voix de Stallone, ce qui rajoute du pittoresque à l’affaire…) : (éclat de rire) Ha les gosses ! »

Voilà! Et c’est quasi tout le temps de cet acabit, avec des traductions à chaque fois plus libres, plus drôles que les textes originaux. Et dire que Marty croyait faire son sommet psychanalytique, avec ce questionnement sur l’ultraviolence et la religion mal digérée… Eh non, ni les doubleurs ni Bob ne l’ont vu comme ça: au ,final on a une énorme série  B tour à tour flippante – le film est quand même bien violent :  je ne verrai plus une corde de piano, même, tenue par un innocent accordeur, de la même manière! – mais toujours hilarante de par ce doublage qui part en vrille, et aussi par le jeu de De Niro qui commence vraiment à cabotiner, à devenir l’acteur subtil qu’on connaît aujourd’hui (simple fait qui confère aux Nerfs à vif une dimension historique).

Bon je me rends compte qu’on va commencer à prêter à cette hagiographie des relents de second degré, je vais donc terminer avec cette accablante preuve par l’image :

Les Nerfs à vif de Martin Scorsese, avec Robert de Niro, Nick Nolte, Jessica Lange…

1 Comment

  • Répondre juillet 16, 2014

    julien lahmi

    J’avais 14 ans quand j’ai vu ce film au ciné. J’avais perdu toutes mes dents de lait mais sans doute pas assez de recul pour voir le côté hilarant du film. J’avais adoré ce film car il m’avait fait flipper ! Merci pour la relecture, il faut que je le revois.

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