Plaisir coupable ? Camping : 1h35 de vacances

Camping, c’est un film de Fabien Onteniente, avec Franck Dubosc et Mathilde Seigner. Oui, mon plaisir coupable, c’est du lourd. Et évidemment, que j’en ai honte. Au quotidien, c’est une déchirure pour moi que de me retenir d’en balancer des références. Un petit « Alors, on n’attend pas Patrick » en arrivant au boulot porterait préjudice à ma réputation de mec cultivé. Surtout s’il était suivi de ce regard hilare, celui que j’ai en relisant cette citation. Ah Franck Dubosc…

Pour bien comprendre l’origine de ce coup de coeur que moi-même je ne m’explique pas vraiment (donc plutôt pour le légitimer un tantinet, puisque c’est là l’objectif de ce cycle), je vous invite à venir avec moi une quinzaine d’années en arrière. J’ai 7, 8 ou 9 ans, j’arbore un sweat Scott dont j’assure à mes parents chaque matin qu’il n’est pas sale pour pouvoir le remettre une journée de plus, j’ai un vélo avec des amortisseurs à l’avant et à l’arrière, ce qui peut paraître swag, mais en fait ne sert absolument à rien, sinon à peser une vingtaine de kilos de plus qu’un vélo normal.

Chaque été, mon père m’amène au camping, ou plutôt EN camping (référence, désolé je n’ai pas pu m’en empêcher cette fois). Un trois étoiles – haut standing, tu sais, à 10 euros la nuit – en Ardèche ou dans la Drôme, ça dépend des années.

Flashforward.

Il est 22h30 et je n’ai rien à faire. Si, il y aurait bien la vaisselle et le ménage, mais rien de bien stimulant intellectuellement parlant, j’entends. Je suis dans mon lit, à errer entre Facebook et Twitter Zinzolin et Le Passeur Critique. Je m’ennuie profondément, et me mets dans l’idée de regarder un film. Il fait froid dans le lit, je bosse le lendemain. La perspective de me coller devant un film d’avant 1995 (ce que je devrais faire, rapport à mes grosses lacunes cinéphile) m’enchante peu, et celle de voir un film chiant de l’année dernière encore moins.

Je pourrais regarder Camping, tiens… Oui, je l’ai déjà vu il y a un mois… Mais j’aime bien m’endormir devant Camping (le 1 ou le 2, hein, je ne fais aucune différence)… Alors je lance le film, et…

Flashback.

« Deux tentes, si elles ne se touchent pas, ben ça fait une allée. » C’est le proverbe que j’avais entendu le père de mon pote dont j’ai oublié le prénom dire. Nous sommes en train de jouer au ping-pong sur la table en pierre sans filet. Je négocie avec le vent qui souffle pour que la balle tape au bon endroit, mais on s’en fout, on compte pas les points.

Mon père passe en se pressant avec des frites dans les mains :

– Magne-toi ça va être froid.

Celles de Patrick Chirac le sont, il n’a pas couru assez vite (les tongs sont une erreur tactique). Les miennes, ça va. Il faut dire qu’on se contente de bien peu, en camping, on vivote sans trop se prendre la tête.

Avec ma sœur, nous échafaudons un plan pour inscrire notre cousin à Mister Camping, et le persuader d’y participer : il y aurait une télé 16/9e à gagner. Une télé 16/9e, tu te rends compte ?!

Je vois le film d’Onteniente et le mien qui se chevauchent, les histoires que s’enchevêtrent. Je m’y sens bien, dans son camping. Si le cinéaste n’est pas d’un talent fou, je vous le concède, il a quand même la faculté de donner envie, ce qui est quelque chose d’important au cinéma. Donner envie de camper, dans Camping, d’aller aux courses hippiques dans Turf, de jouer au foot dans Trois Zéros

On s’y sent bien, aux Flots Bleus, avec les personnages plus charismatiques (caricaturaux, me direz-vous ? Vous n’avez donc jamais fait de camping) les uns que les autres, le pastis qui coule, les orages qui grondent, le Benco…

Et me voilà endormi. Le film arrive dans son troisième tiers, celui que je n’ai dû voir que deux ou trois fois (rare insomnie obligeant), le moins réussi, où les personnages se déchirent puis se rabibochent (dans Camping 1 & 2, mais aussi dans tous les films d’Onteniente, en gros, puisqu’ils ont tous le même schéma). La tentative de cinéma, là où la fiction quasi documentaire laisse place aux questionnements existentiels dont on se fout éperdument. Mais peu importe, je dors déjà.

Et dans mes rêves, où ça sent les frites, il est question de vélos, de sweats et de coups de soleil.

Camping 1&2, de Fabien Onteniente, avec Franck Dubosc et Mathilde Seigner

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

1 Comment

Leave a Reply