Alicia Florrick distribue des fessées : The Good Wife, saison 5

Le titre du dernier épisode de la saison 5, « A weird year », donne le ton. Bizarre, l’année l’a été pour les personnages, mais aussi et surtout pour les spectateurs. Renouvelant un show qui ronronnait depuis deux saisons, les créateurs, Robert et Michelle King développent et assument les conséquences du twist de la saison 4 : le départ de la discrète Alicia avec ses clients déchaînait la colère de tout le cabinet et, accessoirement, de son ex-futur amant, menant à une haine sans merci entre son ancienne firme et le nouveau cabinet. Ainsi, dans la stimulante saison 5, les personnages qui luttaient ensemble dans un but commun s’entre-déchirent. Gonflés à bloc, les créateurs prennent le spectateur, qui attendait l’accomplissement d’une romance entre Alicia et Will, à contre-pied et le placent dans l’inconfortable position de l’enfant incapable de choisir un camp lors du divorce de ses parents.

Cet habile retournement de situation évite le  recours paresseux au conventionnel triangle amoureux. Au lieu de nous offrir le choix définitif d’Alicia entre un mari en pleine rédemption et un amour de jeunesse, entre vie de famille et sexe caliente sur le canapé du bureau, les scénaristes lui ont offert le chemin de l’autonomie, délaissant ces histoires romantiques pour fillette au profit de son épanouissement professionnel. Plus originale est la transformation d’une Alicia Florrick en pleine possession de ses moyens, qui n’hésite pas à se battre, laissant de côté une loyauté étouffante pour mener sa carrière tambour battant, même si cela veut dire sacrifier un amant dans l’affaire.

The Good Wife, querelle

Deuxième recadrage de la série, le dézingage de l’un des acteurs principaux, et cela sans que rien n’ait fuité, créant choc et incompréhension totale des fans. Intervenue tard dans la saison et sans préparation, cette mort bénéficie de toute la force de la surprise, et crée l’électrochoc nécessaire à la réanimation de la série. Mais, et ce n’est pas la moindre des innovations, il reste encore un bon tiers de saison où beaucoup d’autres considérations comblent le vide laissé par cette mort (notamment les jeux de pouvoirs entre les firmes), et on passe très vite à autre chose puisqu’Alicia doit rapidement se remettre en selle.  Car si les questions de sa tristesse et de sa fidélité à un mort ne sont pas totalement éludée, elle a bien d’autres chats à fouetter. Son implication dans l’entreprise va lui demander toute son énergie et elle n’aura pas le temps de s’appesantir sur son sort. D’ailleurs, Alicia décide aussi de se séparer de son mari. Assiste-t-on à la fin de l’insupportable présence obligatoire dans les séries d’une romance, sous prétexte que le personnage principal est une femme ? Ces mêmes codes conditionnent beaucoup de téléspectateurs puisque certains sur la toile réclament à cor et à cri une histoire d’amour avec le petit nouveau Finn Polmar. Cruels, dans l’un des meilleurs épisodes de la saison, les scénaristes nous font croire à un rapprochement entre Alicia et un juré qu’elle sabordera très vite, ultime pied de nez des scénaristes qui nous disent en substance : c’est cela que vouliez ? Et bien non, Alicia est en deuil et puis elle est très bien toute seule. Bref, il va falloir réapprendre à se méfier des King !

the-good-wife-Diane-Alicia-Funeral

La troisième innovation cette saison, c’est la prise de pouvoir de la partie feuilletonnante sur « l’affaire » de chaque épisode. Il n’y en a quasiment aucun qui respecte la trame habituelle (réception du client / enquête / sauvetage du client), évitant ainsi l’effet Dr House. D’ailleurs, en fin de saison, Alicia ne met quasiment plus les pieds dans une cour de justice. La révélation finale, qui voit Eli proposer à Alicia de se présenter comme procureur général, va dans ce sens. Les créateurs n’ont jamais caché qu’ils s’étaient inspirés d’Hillary Clinton pour le personnage d’Alicia Florrick, et c’est peut-être pour cela qu’est née l’idée de la faire entrer en campagne, suivant l’évolution de la saison 5 vers moins de procès et plus de politique, évolution radicale pour une série judiciaire ! Verra-t-on aussi la noble Alicia se confronter aux problématiques du pouvoir, allant chercher des thématiques modernes vues dans des séries comme Borgen ou Les hommes de l’ombre ? La verra-t-on affronter son mari, renouvelant et complexifiant encore les rapports qu’ils entretiennent ? C’est tout ce qu’on découvrira dans la saison 6.

Petits bémols cependant, dans ce grand nettoyage de printemps, on a parfois l’impression que tout avance trop vite, et on aimerait s’appesantir plus longuement sur certaines situations, prendre le temps de faire le point. L’avancée radicale d’Alicia vers l’affirmation de soi prend parfois le pas sur le traitement de certains personnages secondaires (la saison manque grandement d’Eli). Attendez-vous donc à un peu de frustration qui risque de vous forcer à regarder une deuxième fois la saison 5 au calme. De toute façon, franchement, qu’aviez-vous de mieux à faire cet été ?

The Good Wife, saison 5. Série céée par Michelle et Robert King. Avec Julianna Margulies, Josh Charles, Matt Czuchry, Archie Panjabi, Chris Noth. USA, 2013, 22×43 minutes. La saison 5 a été diffusée sur CBS du 29 septembre 2013 au 19 mai 2014 et est actuellement diffusée sur Téva.

Cinéphile adoratrice de la triade Chris Marker, James Gray, Luc Besson, reconvertie récemment aux séries et travaillant d’arrache-pied pour rattraper tous ses classiques. On peut la lire aussi sur Séries Chéries.

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