Snow in Paradise : pêché originel

Dans l’East End de Londres, un jeune délinquant ambitieux entraîne son ami dans un coup qui finit mal. Il remet alors en question ses activités criminelles. C’est le sujet du premier film d’Andrew Hulme Snow in Paradise. Un premier coup réussi ?

C’est une très bonne surprise que ce film dont le pitch ne m’inspirait que très peu. Le cinéaste arrive astucieusement par une mise en scène pêchu à donner du rythme à cette histoire et à nous entraîner aux côtés de Dave. Celui-ci cherche avant tout à réussir dans la vie mais cette ambition vacille quand il est est confronté aux conséquences de ses gestes. Plus qu’un récit de bandits, c’est une réflexion sur la culpabilité et ce qu’un homme peut supporter avant de craquer. L’acteur Frederick Schmidt est très convaincant, notamment dans la première heure du film et heureusement car le film repose autour de son personnage. Les quelques effets de rupture de la continuité linéaire du récit sont sobres, bien intégrés et renforcent la tension qui se dégage de l’histoire. Dave a mis le doigt dans l’engrenage et peut difficilement sortir de la tutelle de ses mentors. Son angoisse profonde et son impuissance irriguent tout le film. La drogue ne suffisant plus à le calmer, il est sur le point de tomber dans la religion qui apparaît comme un gage de paix et de sérénité à l’opposé de la tension insupportable du monde réel.

On peut s’interroger sur la place de la religion dans ce film. C’est rafraîchissant de voir un Islam vecteur de calme et de sérénité au cinéma. On sent que le cinéaste tente de dépasser les préjugés habituels associés à cette religion. Mais on peut aussi se demander si cette vision de la religion comme refuge face à la violence du monde n’est pas un peu gentillette voire simpliste. Autre léger défaut du film, les méchants sont vraiment caricaturaux dans leur apparence et dans leur façon de parler. Cela nuit à l’immersion et nous empêche d’être aussi angoissé que Dave puisqu’on y croit pas totalement.

Mais ce qui prime véritablement c’est l’état d’esprit de Dave. La construction narrative et les effets de mise en scène cherchent à nous mettre dans la peau du protagoniste. Cela fonctionne bien et donne lieu à de très jolies scènes. Loin de la psychologie de comptoir Andrew Hulme cherche juste à décrire les sentiments d’un homme qui ne sait pas s’il a déjà franchi le point de non-retour ou non. Le pêché originel est-il pardonnable ou faut-il continuer dans la voie tracée pour ne pas avoir agi en vain. Dave doit trouver rapidement la réponse à ces interrogations car il ne peut pas ne pas choisir. Il est embarqué dans une affaire qui le dépasse. Le film réussit de fort belle manière à nous faire partager l’état émotionnel du héros.

Snow in Paradise est donc une jolie surprise qui arrive à nous plonger dans la tête d’un apprenti gangster submergé par les doutes. La mauvaise caractérisation des personnages secondaires ne nous empêche pas d’apprécier ce film à la fois bien construit et bien filmé.

Snow in Paradise, d’Andrew Hulme avec Frederick Schmidt & Aymen Hamdouchi – Sortie prochainement

Ouvert à la discussion et tolérant, je ne pense pas détenir la vérité sur les films que je critique. Il se trouve seulement que j’ai meilleur goût que vous. Quand je ne regarde pas des films, je lis des comics parce que rêve d’être Peter Parker. Vous pouvez me retrouver sur coup-critique.fr

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