Brooklyn : She got game

Contrairement à ce que l’on peut croire, Brooklyn n’est pas le titre du dernier Spike Lee (bien qu’un des T-Shirts de l’héroïne y fasse référence), et pour tout dire ne se déroule même pas aux États-Unis. C’est la proche banlieue parisienne, et pas la plus huppée, celle de Saint-Denis, qui sert de cadre au premier long-métrage de fiction de Pascal Tessaud et projeté à la sélection de l’ACID pour cette édition 2014 du Festival. Un film sur la banlieue et sa musique donc, sur la scène hip-hop amateur de Seine-Saint-Denis, celle-là même dont le regard admirateur regarde constamment vers ce berceau devenu Mecque du hip-hop qu’est le quartier de Brooklyn à New York.

Le jeune Issa est l’un de ces jeunes qui rêvent secrètement de vivre la belle vie des hip hop artists américains. Dans son quartier, il est considéré comme une star montante, un futur patron du game local, voire plus. Son rêve à terme : remplir le Stade de France, porte d’entrée de Saint-Denis sur Paris. Coralie, l’héroïne principale du film, est elle une jeune immigrée suisse qui cherche à percer sur la scène rap parisienne. Dans l’espoir de devenir une rappeuse reconnue, elle prend un petit job de cuisinière dans une association musicale installée à Saint-Denis tout en louant une piaule chez une vieille dame haute en couleur, fan de Django Reinhardt et pas contre un petit joint de temps à autre.  Deux personnalités très différentes qui vont apprendre à se connaître alors qu’Issa, en panne de créativité, remet en question son engagement dans l’association musicale que dirige Yazid, un éducateur pour qui le rap doit tourner le dos à la “culture de la connerie” du gangsta rap et embrasser sa valeur contestataire.

A l’image de son sujet, le film dégage l’énergie de la rue. Le tournage, étalé sur deux ans et souvent sans autorisations, est un modèle de cinéma-guérilla et d’improvisation guidée prise sur le vif. Les acteurs, pour la quasi-totalité des non-professionnels, sont issus de la scène rap du 93, hormis évidemment l’interprète de Coralie, elle aussi suisse. De son nom de scène KT Gorique (pas forcément le blasé le plus inspiré qui soit), cette championne du monde 2012 de freestyle dégage une vitalité folle dès qu’elle prend un micro dans les mains. Elle offre au film ce sentiment de liberté totale qui est celui des films faits avec trois francs six sous et dont l’espièglerie constitue le principal moteur. Le film se distingue notamment par la puissance comique de certains de ses dialogues à la simplicité désarmante, et qui laissent entrevoir une vraie force de caractère chez Brooklyn, bien consciente aussi que sa féminité l’expose à certaines attitudes de la part des hommes qui l’entourent.

Cependant, Brooklyn reste un petit objet de cinéma, dont le scénario pas particulièrement passionnant s’articule autour de la lutte de deux visions de la musique rap et hip-hop sans pour autant vraiment creuser quoi que ce soit de novateur. Son énergie et sa sincérité ne suffisent pas non plus à masquer toutes ses lacunes techniques, ni celles de l’interprétation des acteurs assez hétérogène. Si les intentions sont là et que le résultat s’avère parfois rafraîchissant, il faut néanmoins se garder de parler de Brooklyn comme d’un grand film de banlieue, ou d’un grand film sur le hip-hop. Tout juste comme d’un petit film plaisant et conscient de sa modestie, et pas beaucoup plus que ça.

Brooklyn, de Pascal Tessaud avec KT Gorique & Rafal Uchiwa – Sortie bientôt

Hubert Bonisseur de la Bath de la critique française, ma plume a la finesse d’un klug aux marrons de Monsieur Preskovic. J’aime Bill Murray plus que de raison. Par contre, j’aime pas trop les voleurs et les fils de pute. Je suis là parce que je connais l’ouvreuse. J’officie aussi sur le site de Première parce que ça sonne bien sur un CV.

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