The Rover a tout d’un grand film fou, mais…

The Rover démarre comme un film de Quentin Dupieux. L’action prend place, comme annoncé en prélude, à une époque indéterminée, peu de temps après un « drame » aux allures de fin du monde et dont nous ne connaîtrons jamais la teneur.

Un Robinson Crusoé au regard vide (Guy Pierce) isolé dans sa voiture garée au fin fond d’un désert australien semble attendre que le scénariste s’occupe de son cas. Il entre dans un bouiboui tenu par deux chinois silencieux, et se rince le visage. Quatre bandits en fuite se disputent dans une voiture qui roule trop vite. Ils crient et se frappent. Accident. Derrière l’homme en quête d’un but, une fenêtre donnant sur l’extérieur laisse apparaître façon travelling la voiture qui enchaîne les tonneaux.

L’homme n’y prête pas attention, jusqu’à ce que les bandits volent la sienne, de voiture. Alors il se met en tête de la retrouver.

Le décor est planté et l’intrigue, tenant sur un post-it et brillamment amenée par une mise en scène efficace se révèle des plus prometteuses. On n’a pas de mal à transposer les codes du western crépusculaire dans cette unité de lieu fantomatique au personnage principal tourmenté-solitaire-qu’il-faut-pas-faire-chier.

Le principal hic du film, c’est cette accumulation de bonnes idées sur le papier. Situer l’histoire dans un futur proche sans artifice, reprendre les codes du western dans une Australie aride et déserte, remplacer les chevaux par des voitures, les Indiens par des Chinois, Clint Eastwood par Guy Pierce, le lester d’un acolyte façon Jessie Pinkman (Breaking Bad) un peu attardé et joué par Robert Pattinson : on voit bien le réalisateur s’amuser avec tout ce qu’il aime, piocher dans ce qu’il préfère et laisser vivoter ses personnages piqués çà et là dans ses unités de lieux et de temps peu définies.

On comprend bien évidemment l’attachement qu’ont eu scénariste, réalisateur et acteurs de faire un vrai film de cinéma, d’user et abuser d’appels de fictions pour sans cesse relancer une intrigue au rythme faiblard et régulièrement en stand-by, du fait de sa linéarité souhaitée.

Le film ne ressemble donc à rien d’autre vu récemment. Il est un mixte de bonnes idées incompatibles. Mais lorsque Dupieux accepte volontiers de sacrifier toute cohérence narrative au profit d’une bonne idée, le réalisateur ici donne dans le compromis, au risque de frustrer le spectateur, qui ne demanderait pourtant pas mieux que de se perdre dans cette ambiance pourtant si singulière.

The Rover, de David Michôd, avec Guy Pierce & Robert Pattinson – Sortie le 4 juin 2014

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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