Noé, un déluge d’effets spéciaux

Encore un film de super-héros ! C’est Darren Aronofsky lui-même qui n’hésite pas à qualifier ainsi le personnage de Noé d’une interview à l’autre. Voyons donc : pas de combinaison en lycra sur-mesure, mais une tenue de toile râpeuse. Pas de Batmobile high-tech, mais une arche gigantesque. En revanche, Noé a bel et bien un super pouvoir : celui de communiquer avec Dieu. Et une grande responsabilité, à savoir sauver du déluge sa famille et une partie de la faune vouée à l’extermination. Le grand spectacle est là, avec une séquence de déluge époustouflante, véritable morceau de bravoure qui fait décoller le film après une mise en bouche plutôt déconcertante.

Fantasy

« Au commencement, il n’y avait rien », nous rappelle le carton inaugural avant de déployer, avec une esthétique relativement kitsch, son imagerie de catéchisme (Adam, Eve, la pomme, le serpent, Abel, Caïn et Seth…), plantant les racines de la généalogie du Bien et du Mal. A ces représentations s’ajoutent l’iconographie de la fantasy via les décors islandais et les anges déchus transformés en géants de pierre… Deux aspects qui entrent parfois en contradiction et traduisent la volonté ne pas heurter les croyants tout en captant l’attention des spectateurs qui ont payé leur place avant tout pour être divertis. Le scénario se veut ainsi relativement fidèle au texte de la Genèse, mais, celui-ci étant succinct sur l’épisode de l’Arche et sur la psychologie des protagonistes, Darren Aronofsky et Ari Handel on dû s’autoriser des interprétations personnelles, inventer ce qui n’était pas décrit ou précisé.

Obsessionnel

Aronofsky portait ce projet depuis des années. A l’âge de 13 ans, il remportait un concours de l’ONU sur la paix grâce à un poème inspiré du récit biblique. Plus récemment, il co-signait avec Handel le scénario de la bande dessinée Noé, constituée en trilogie. Le réalisateur de The Fountain, archi-familier du sujet, a ainsi voulu extirper Noé de l’image d’Epinal de capitaine du bateau « 30 Millions d’amis » à laquelle il est souvent résumé, et construire un personnage tout en complexité. Il apparaît ainsi comme un homme tiraillé entre l’accomplissement de sa mission divine (qui confine au comportement obsessionnel, thème cher à l’auteur de Black Swan) et son libre arbitre. Car, s’il est investi d’une mission à la dimension planétaire, il doit aussi composer avec des questionnements plus intimes. Toujours dans le mélange des genres, le film n’hésite pas à laisser l’action dériver vers le drame familial et livrer un questionnement sur la foi, la culpabilité, la rédemption… Un cocktail thématique qui aura pour certains un goût de catéchisme. Servi par des acteurs oscarisés.

Noé, Darren Aronofsky, avec Russel Crowe, Jennifer Connelly, Emma Watson, Anthony Hopkins, Etats-Unis, 2h18.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

3 Comments

  • Répondre avril 10, 2014

    Eve

    Coucou Fabien!

    j’adore ton texte, mais je veux y apporter une petite précision, le scénario de Darren Aronnofsky est personnel et je ne le critiquerai pas en tant que tel, mais je critiquerai juste que tu dises qu’il est fidèle à la Bible. En fait, il est EN CONTRADICTION TOTALE AVEC LE TEXTE BIBLIQUE !

    La Genèse Chap 7, verset 7:
    « Noe et ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, entrèrent dans l’arche, car le déluge avait commencé »,
    Après le déluge
    La Genèse Chap 8, verset 16:
    « Et Dieu dit: sors de l’arche, toi et ta femme, tes fils et les femmes de tes fils »…

    Je ne critique absolument pas l’idée que pour le besoin de son scénario Arnofsky ait transformé la Bible (oui, car là il ne s’agit plus d »interprétation mais bien de déformation) mais il est intéressant de le noter car l’essentiel de son « intrigue » est basée sur l’idée que les fils n’aient pas le droit de faire entrer leurs femmes dans l’arche.

    En effet, il construit TOUT son scénario, la psychologie (écartelée du personnage de Noé) sur l’idée qui découle de cela : Dieu voulait radicalement anéantir l’humanité présente dans le monde car ils avaient fauté… (là aussi c’est de la déformation, de la contre-vérité du texte biblique tout simplement)

    La Genèse Chap 6, versets 7, 8
    « Dieu dit je vais effacer l’homme que je créé de la surface de la terre, ainsi que tous les animaux… car je regrette de les avoir créés »…
    « Mais Noé avait trouvé grâce aux yeux de Dieu »
    puis
    Chap 6, verset 18
    Dieu dit à Noé, [construis une arche telle et telle, mets y ta femme et tes fils], et j’établirai une alliance avec toi »

    Chap 9, Verset 1 (après le déluge)
    « Dieu dit à Noé, multipliez-vous et remplissez la terre… »

    Franchement, le scénario est bien différent et l’invitation à l’inceste supposée à la fin du film, est très personnelle. Je n’y vois pas de problème, (il ferait juste bien d’en parler à son psy 😉 , mais je tenais à préciser que
    CE N’EST JUSTE PAS LE TEXTE BIBLIQUE DANS SA LITTÉRALITÉ. Il est préférable de le savoir, de ne pas faire dire à la Bible pire que ce qu’elle dit déjà !!!

    voili voilà !

    • Répondre avril 10, 2014

      FabR

      Tu fais bien d’apporter la précision Eve. Je pensais avoir suffisamment nuancé en employant la formule « se veut relativement fidèle », mais je reconnais que ce n’est peut être pas clair. Je voulais dire par là qu’Aronofsky dit à plusieurs reprises (en interview et dans le dossier de presse) qu’il a été fidèle au texte. Mais, ayant lu les quelques lignes consacrées à l’épisode de l’arche ( http://www.info-bible.org/lsg/01.Genese.html ), on se rend compte que le respect est tout relatif au sens où le texte ne donne pas une foule de détails et de précisions…

      • Répondre avril 10, 2014

        Eve

        j’insiste Fabien: Il CONTREDIT les quelques précisions claires du texte 😉
        comment a-t-il pu dire une chose pareille? j’hallucine!
        mais de toutes façons, le film n’est franchement pas assez bon pour que ce soit son pire défaut ^^

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