Sherlock, retour sur une drogue dure

Nos notes

Tout au long des trois saisons qui la composent (une quatrième est en préparation), Sherlock, la nouvelle adaptation de l’oeuvre de Sir Arthur Conan Doyle, porte la marque de ses géniteurs, Mark Gatiss et surtout Steven Moffat. Scénariste et showrunner connu mondialement pour avoir relancé Dr Who, série exceptionnelle de par sa longévité, et aussi réputé pour des tours de passe-passe dont il serait ici malvenu d’expliquer les détails. Du reste, de Dr Who à Sherlock, c’est une même patte que l’on retrouve, ainsi qu’un certain sens du rythme, tant dans l’écriture scénaristique, dictant de façon impérieuse la mise en scène, que dans le plaisir évident qu’ont les acteurs à se lancer dans de véritables joutes verbales, servis par des dialogues souvent brillants.

Sherlock-saison-3-le-retour-epique-du-plus-grand-detective-du-monde-REVIEW_portrait_w532

Sherlock est de ces séries dont l’excellence se mesure à leur rapport au temps. Chaque saison n’est composée que de 3 épisodes, mais au contraire de la tradition américaine ou française, ceux-ci se déroulent sur une belle heure et demie, laissant aux scénaristes le temps de présenter personnages et situations. Dès le premier épisode, tout découle de l’apparent paradoxe entre le corps félin du détective et le débit mitraillette de sa voix, répondant à la rapidité des coups de théâtre, ainsi qu’au stoïcisme muet de Watson, dont le corps abîmé se repose sur une canne. Son et forme se trouvent alors confinés dans des cadres d’une précision intimidante. Au terme de ce premier épisode, les présentions sont enfin faites, et les créateurs laissent comme seul mystère, entretenu jusqu’à la troisième saison, celui de l’attirance entre les deux hommes, bien au-delà de la simple admiration intellectuelle.

sherlock-secondes-pensees-review-saison-1-she-L-2

Rapidité, style et jubilation sont les maîtres-mots de la série. Bien qu’inégales, les histoires se suivent sans produire le moindre ennui, bien au contraire. Car si Sherlock bénéficie d’une écriture de haute tenue et d’une mise en scène habile, elle est avant tout portée par un duo d’acteurs au charisme fou, Martin Freeman et Benedict Cumberbatch. Les deux hommes se tiennent la dragée haute, et rivalisent de trouvailles dans leur interprétation de personnages pourtant connus de tous. Loin d’être un médecin bien en chair, porté sur les bonnes manières, Watson est un vétéran de la guerre d’Afghanistan, avec tout ce que cela suppose de blessures psychologiques. Aussi névrosé que Sherlock, il parvient pourtant, mieux que ce dernier, à se faire accepter de ses contemporains. Jouant sur les démons légendaires (les drogues) du détective, Benedict Cumberbach cherche quant à lui son inspiration parmi les créatures fantastiques, vampires et autres fantômes. Difficile, aujourd’hui, de mettre un autre visage sur ce personnage que celui de Cumberbatch, héros des temps modernes auquel, costumes et cadrage aidant, le spectateur crève d’envie de s’identifier. Toute l’intelligence de Moffat consiste à en avoir fait un personnage fascinant, mais également repoussant, drapé dans une inhumanité peu commune : en un mot comme en cent, Sherlock est un salopard. Ironie de l’histoire, les deux hommes se sont depuis retrouvés ennemis dans l’un des plus imposants blockbusters de ces dernières années, Le Hobbit. Dans Sherlock, les deux anglais peuvent, bien mieux que chez Peter Jackson, montrer l’étendue de leur talent, et donner à des personnages mythiques une nouvelle saveur.

sherlock-moriarty1

Sherlock Holmes ne serait pas Sherlock Holmes s’il n’avait pas d’ennemis: et qui dit ennemi dit Moriarty. Evoqué dans la première saison – sans que son nom soit toutefois prononcé -, c’est en toute fin que son visage se dévoile. Encore une fois, le casting est parfait et le bouffon, Andrew Scott, merveilleusement sinistre. Les scénaristes laissent ici nos héros, que l’on retrouvera au cours d’une seconde saison un peu plus brouillonne (épisode assez confus du Chien de Baskerville), malgré des interventions jubilatoires de Moriarty, lequel impose alors définitivement son fameux « Boring ». Se dévoile, aujourd’hui, enfin la troisième saison, ultra divertissante, tournant autour de l’arrivée d’une intruse, avec qui Watson finira par se marier. Un mariage qui ne sera pas sans conséquences sur les rapports qu’entretiennent les principaux personnages. Une nouvelle fois, les épisodes s’enchaînent au rythme de rebondissements saugrenus, mais qui ne ternissent en rien le bonheur de retrouver notre couple de héros.

Sherlock-saison-3-episode-2-The-Sign-of-Three-REVIEW_portrait_w532

Sherlock, 3 saisons de 3×90′, Mark Gatiss et Steven Moffat, avec Benedict Cumberbatch et Martin Freeman, Royaume-Uni, 2010 à aujourd’hui.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

1 Comment

  • […] donc, mais si vous êtes ultra-fans d’Andrew Scott (aka Moriarty dans la meilleure série ever, Sherlock) et que voir Dominic West dans une scène de danse d’anthologie vous semblent de bonnes raisons […]

Leave a Reply