Les Vivants, sur la piste de la vérité

Sita, jeune Autrichienne d’origine roumaine, vit et travaille à Berlin. Le jour des 95 ans de son grand-père, elle tombe sur une photo de lui vêtu d’un uniforme SS. Le vieil homme, malade, à la mémoire défaillante, ne peut offrir de réponses à ses questions. Elle décide donc d’enquêter par ses propres moyens, entre l’Allemagne, la Pologne et la Roumanie, sur le passé de son aïeul, l’histoire de sa famille et, en fin de compte, sur elle-même. 

Pour mieux appréhender le film, il faut savoir que les Saxons de Transylvanie sont l’une des plus anciennes minorités germanophones de Roumanie, où ils se sont installés au XIIe siècle. Dans les années 1930, ils se sont tournés vers l’Allemagne et plusieurs membres de cette communauté ont rejoint les rangs des SS. D’après Barabara Albert, 2000 Saxons de Transylvanie ont été affectés à des postes de garde dans des camps de concentration*.

« Cadavres dans le placard »

La famille de l’Autrichienne Barbara Albert est originaire de Transylvanie. Aussi, si Les Vivants n’est pas directement autobiographique, le sujet n’est pas complètement étranger à la réalisatrice – des membres de sa familles ont volontairement rejoint les SS durant la guerre -, qui mène son héroïne dans les lieux où elle a elle-même effectué ses recherches. Comme son titre l’indique, le film s’intéresse davantage aux vivants qu’aux morts et, par extension, davantage au temps présent qu’aux époques révolues. Sita ne cherche pas à ressasser vainement le passé. Motivée par une « quête de sens », elle s’interroge avant tout sur les conséquences des actes de ses aînés dans l’histoire familiale et sur la place que ces secrets, ces « cadavres dans le placard », occupent dans l’inconscient des descendants, au fil des générations. Ce qui génère des réactions contrastées et amène la jeune femme à reconsidérer, en les élargissant, les contours de son cercle familial. La soif de vérité de Sita se heurte, par exemple, au déni de son père, qui préfère se mettre des oeillères plutôt que d’affronter ce pan honteux de la biographie de son géniteur. Et c’est grâce à un cousin, vilain petit canard de l’arbre généalogique, que la jeune femme trouvera des réponses.

La cinégénie de Berlin

Barbara Albert est parfois trop démonstrative dans son propos (la maladie héréditaire, liée au coeur, commune à Sita et son grand-père, a évidemment un signification métaphorique). Cependant, elle n’oublie pas d’élargir les résonances contemporaines de ses thématiques de l’exil, du déracinement, de l’identité, de l’engagement, en évoquant, par exemple, l’immigration clandestine. Histoire de rappeler que si les époques changent, les injustices demeurent et l’ostracisme reste d’actualité. Porté par une bande-son dynamique et moderne, ainsi que par la cinégénie toute particulière de Berlin et le charisme de son actrice principale, Les Vivants se construit dans le mouvement quasi-permanent. A l’image de son héroïne de road movie qui fuit l’immobilisme et apprend à se délester, en partie, du passé pour mieux aller de l’avant.

*Ces éléments, liés à l’arrière-plan historique, proviennent du dossier de presse du film.

Les Vivants, Barbara Albert, avec Anna Fischer, Hans Schuschnig, August Zirner, Itay Tiran, Daniela Sea… Pologne /Autriche /Allemagne, 1h52.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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