Prêt à tout, la comédie française aux temps du stand-up

Comment ne pas être méfiant devant un projet qui devait d’abord s’intituler « Max le millionnaire », et dont le pitch de rom’com’ (deux personnes qui n’ont rien en commun vont pourtant finir ensemble) semblait éculé ? Après la bonne surprise qu’avait été « Les Gamins« , Boublil allait-il de nouveau faire le taf ?

Max, cet anti-héros

L’acteur est un peu ici notre boy next door à nous : celui qui avait vu nos mères sur Chatroulette s’est assagi et a appris de ses erreurs. Il ne deviendra sans doute jamais un héros, restant à jamais ce mec attachant, mal coiffé et à la bouche un peu pâteuse. Si, dans le film, son combat pour sauver une usine pourrait s’avérer noble et plein de sens, pour Boublil il s’apparente à une tâche ardue et presque perdue d’avance. Soyons honnêtes, on a véritablement envie que ça foire, quitte à ce que des dizaines d’ouvriers se retrouvent sur la paille. Max se trouve face à un dilemme : trahir les ouvriers ou les spectateurs. Il s’en tiendra finalement à un mi-mi très centriste, la faute à un happy-end cantonnant les comédies françaises un cran en-dessous de leurs homologues américains.

Max et les transfuges du Jamel Comedy Club

Max, le Chinois et l’Arabe : c’est le triptyque proposé par le film. Le vrai dilemme était de savoir si la performance collective allait être supérieure aux individualités, si Redouane Harjane, par exemple, ferait du Redouane Harjane. Sur ce point, on ne va pas se mentir : les deux membres éminents du Jamel Comedy Club ne sont pas vraiment sortis de leur rôle de stand-uper. Plus intéressant encore, on est resté dans cette configuration où les Asiatiques continuent à en prendre plein la gueule (il serait d’ailleurs intéressant de formaliser les circuits de vannes des nouveaux comiques : les Arabes qui vannent les Chinois et les Roms, les Blacks qui vannent les Arabes, les Antillais qui vannent les Noirs d’Afrique, etc.).

Max et les comiques d’hier

Le duo Timsit/Lauby (auquel il faudrait ajouter Lionnel Astier) fonctionne à merveille. On ne peut pas parler de tandem, car ils n’ont aucune interaction, mais leur jeu est le bienvenu dans un univers comique quelque peu standardisé par la nouvelle génération post-Djamel/Gad. On connaissait déjà le potentiel de patron de province ingrat / bourgeoisie grasse de Timsit ; on soupçonnait moins celui de mère pénible / MILF sur le retour de Lauby.

Et Aïssa Maïga dans tout ça ?

Si elle partage l’affiche avec Boublil, elle s’avère totalement sous-exploitée, simple faire-valoir et réceptacle des blagues de celui-ci. Elle n’est pas un personnage à proprement parler, mais une fonctionnalité scénaristique (le mot est même peut-être un peu fort).

Max, quelle promesse ?

C’est la question qu’on est en droit de se poser : quand Boublil passera-t-il du statut d’amuseur glissant quelques vannes sympas à celui d’acteur de comédie à part entière (si l’on s’en tient à l’assertion mathématique suivante : ∑vannes ≠ film comique) ? Arrivera-t-il à s’affranchir de son jeu de petit trublion du net / comique de scène pour ados, dans lequel il semble enfermé ? C’est en tout cas, en cette période très peaceful / trève hivernale des voeux de nouvelle année, ce qu’on lui souhaite. Amen.

Prêt à tout, Nicolas Cuche, avec Max Boublil, Aïssa Maïga, Patrick Timsit, France, 1h39.

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