Violette, une vie romanesque

« Me voici née sur un registre de salle de mairie, à la pointe d’une plume d’un employé de mairie. Pas de saleté, pas de placenta : de l’écriture, un enregistrement. Qui est-ce Violette Leduc ? » La question surgit dans La Bâtarde, publié en 1964, et qui vaudra à son auteure, Violette Leduc, d’être reconnue par le public sur le tard, à l’âge de 57 ans. Le titre, à l’instar de ceux de précédents opus de l’écrivaine L’Asphyxie, L’Affamée, Ravages –, convoque le champ lexical de la violence. Car Violette Leduc a mené sa vie comme un combat, souvent dans la douleur, encaissant les coups.

Chapitres

Qui est-ce Violette Leduc ? C’est la question que se pose Martin Provost aujourd’hui. Plutôt que d’apporter une réponse définitive, il se limite à esquisser le portrait et l’ascension de l’écrivaine en se concentrant sur les traits les plus saillants de sa personnalité et de son parcours. Le film est divisé en plusieurs chapitres choix pertinent pour une femme qui a fait de sa vie des romans liés aux rencontres et aux lieux qui ont façonné son destin. C’est indéniablement avec Simone de Beauvoir qu’a basculé l’existence de Violette Leduc. Elle en ferait sa protégée, en même temps que celle-ci en tomberait éperdument amoureuse. En vain : Violette Leduc enchaînait les amours impossibles, s’entichant d’hommes et de femmes qui restaient sourds à ses sentiments. Autant de frustrations qu’elle exorciserait dans l’écriture.

« Drama queen »

Possessive, égocentrique, encline à la victimisation, Violette Leduc est ce que l’on appelle une « drama queen ». Emmanuelle Devos l’incarne dans tous ses excès, qui la rendent plus humaine qu’exaspérante. Elle compose une héroïne qui n’est qu’émotions fiévreuses, peurs irrationnelles et cris retenus avec peine. Une femme prête à exploser, semblant menacer de faire voler en éclats l’académisme qui enserre chaque plan. Martin Provost confine sa mise en scène dans un classicisme formel qui, par contraste, met en valeur la modernité de Violette Leduc, laquelle fut, entre autres, l’une des premières à évoquer la sexualité féminine aussi frontalement en littérature. Violette répare indéniablement une certaine injustice en rendant hommage à cette écrivaine méconnue, et en donnant une furieuse envie de se plonger dans L’Asphyxie ou La Bâtarde.

Violette, Martin Provost, avec Emmanuelle Devos, Sandrine Kiberlain, Olivier Gourmet, France, 2h19.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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