Turbo, loin de la pole position

Nos notes

La concurrence féroce que se livrent les studios autour du marché juteux du jeune public se porte toujours aussi bien. L’uniformisation des produits animés a détruit tout charme que pourrait receler un film pour enfant. Si Moi Moche et Méchant 2 capitalise intelligemment sur le comportement absurde et les néologismes des minions, Planes a d’ores et déjà montré le cynisme et la violence dont sont capables les banksters. Turbo se positionne à mi-chemin des films sus-cités, et comme de bien entendu, le récit lui-même pointe la schizophrénie du projet. Pour qu’un pitch fasse frétiller l’oreille d’un bankster, il faut quelque chose de simple et de percutant : un escargot qui se rêve champion de Formule 1. Bon Dieu que c’est drôle !

La où l’écurie Disney fonçait tête baissée, sans trop réfléchir à la bêtise de son histoire, force est de constater qu’ici, au moins, une progression est ménagée dans le récit. On peut, à la rigueur, trouver de l’intérêt dans cette façon d’approcher l’univers des escargots, souligner le travail de documentation des animateurs et la douce ironie se dégageant de la première partie du film. Les parents se reconnaîtront probablement dans le portrait alors dressé du monde du travail : des tâches ingrates et sans intérêt, si ce n’est l’espoir de manger, un jour, quelque chose de bon. Et, en attendant, accepter, se résigner à vivre toujours la même journée, se contenter d’aliments pourris, et comprendre surtout qu’on peut se faire virer, ou mourir du jour au lendemain – qu’on est tous remplaçables. Mais nous sommes dans un film pour enfant : il est donc attendu que celui qui se fera bientôt appeler Turbo refuse cet état de fait. Ainsi, chaque jour, l’escargot s’entraîne à battre des records de vitesse, parcourant plusieurs centimètres… en un bon quart d’heure. Il tente aussi de contourner le manque d’intérêt de son travail en faisant appel à sa créativité, et en utilisant celle-ci pour continuer à assouvir sa passion.  Never give up, never surrender ! L’ensemble n’est donc pas dépourvu de quelques trouvailles intéressantes, joliment amenées et fort sympathiques (on sourit plus d’une fois) : on se dit que c’est toujours mieux de mettre ces idées-là dans la tête des enfants que de les encourager à s’engager chez les Marines.

Évidemment, tout se gâte quand, après un enchaînement de péripéties, notre petit escargot se retrouve dans le réservoir d’une voiture spécialement tunée pour faire des rodéos urbains. Du moteur surgit Turbo : alors, la machine s’emballe et le sympathique conte se cale dans les starting-blocks de la course des grosses productions animées. L’histoire perd tout intérêt ; cette course entre le champion en titre et l’outsider Turbo, héros des spectateurs, nous l’avons vue des milliers de fois, et le film n’apporte rien de neuf à ce schéma scolaire. Tout juste pouvons-nous jubiler devant le plaisir non feint de Samuel L. Jackson à diriger, de sa voix, la petite écurie de cornes cassées qui, au cours du récit, recueille le freak Turbo.

Beaucoup moins drôle que Moi Moche et Méchant 2, mais en fin de compte plus sympathique, Turbo se classe bon deuxième dans la course aux produits animés destinés à la petite enfance. Loin derrière, évidemment, se profile le néfaste Planes.

Turbo, David Soren, avec Ryan Reynolds, Paul Giamatti, Samuel L. Jackson, Michael Pena, Bill Hader, États-Unis, 1h30

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

2 Comments

  • Répondre décembre 11, 2013

    Le Veilleur

    C’est totalement faux, au contraire, c’est à partir du moment où Turbo tombe dans le NOS que commence le vrai film, vrai film qui enfonce Pixar, et enfonce même tout le trés bon film Rush au détour de sa séquence finale. Je pensais lire enfin la critique de quelqu’un qui aurait compris le propos de Turbo, et en fait non, apparemment pas 🙁 Tant pis, la critique de Lone Ranger et de Gravity était quand même chouette.

    • Répondre décembre 13, 2013

      GAEL

      Là, c’est une question de sensibilité. J’ai eu d’autres retours allant dans votre sens en effet, où le film prenait enfin son envol a partir du moment où le petit héros se retrouvait propulsé dans le moteur d’une voiture de course. Mais merci pour Gravity, j’ai au moins réussi a vous plaire sur une critique. Me voila rassuré. il est vrai que la critique sur Lone Ranger est très bien aussi et pourtant elle n’est pas de moi 😉

      A la prochaine!

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