Under the Dome, saison 1: poussive adaptation d’un grand roman

Gros carton de l’été sur les écrans américains, Under the Dome sera diffusée en France sur M6 dans deux semaines. Pour les amateurs de science-fiction, le concept de la série est alléchant : l’oeuvre-fleuve de Stephen King (Dôme) transposée à l’écran, avec à la réalisation Brian K. Vaughan (un des scénaristes de Lost), le tout produit par Steven Spielberg, on en frissonne d’avance. Seulement voilà, après un épisode pilote plutôt prometteur, l’équilibre de la série est mis à mal par un récit poussif et des personnages peu captivants qui distillent rapidement un ennui poli chez le spectateur.

Un dôme transparent s’abat sans préavis sur une petite bourgade de l’Amérique rurale et condamne à l’isolement ses habitants, totalement coupés du monde. Après une première phase de chaos, la survie devient la principale préoccupation quotidienne et la ville de Chester’s Mill doit repenser son organisation sociale. Très vite, les vieux démons se réveillent et les rivalités se nouent.

Une touche de fantastique, une pincée de gore, et une plongée dans les tréfonds de l’âme humaine : les ingrédients fétiches de Stephen King sont bien présents, et les thèmes abordés typiques des préoccupations qui jalonnent l’œuvre du maître. Dès qu’un élément perturbateur s’incruste sous le vernis social d’une société en apparence tranquille, la trivialité des rapports humains se fait jour. En l’occurrence, le dôme pourrait bien renverser un ordre social totalement illusoire. La série reprend alors à son compte quelques idées géniales : une vache coupée en deux par le dôme dans un plan quasiment chirurgical, des adolescents aux convulsions inquiétantes répétant à l’envie des phrases mystérieuses, des séquestrations et autres histoires de meurtres crapuleux. Le temps de quelques séquences et images chocs, le lecteur de Stephen King y retrouve ses petits.

Mais dès le premier épisode, quelques artifices de scénario laissent présager la suite : un étirement laborieux du récit, qui s’éloigne de plus en plus de l’esprit du roman. Le sens de la narration qui a tenu les millions de lecteurs du King en haleine a totalement disparu de la série. Les personnages perdent toute consistance et sont réduits à quelques caractères stéréotypés (le fils bipolaire, la nerd obèse, les mères lesbiennes progressistes), malgré les prestations pour le moins honorables des acteurs principaux, et en particulier celle de Dean Norris (Hank de Breaking Bad). Les situations sont édulcorées (on comprend bien que la vue d’un cadavre en décomposition puisse être un tantinet dérangeante, mais tout de même) et les ficelles narratives improbables tentent de nourrir un récit en perte de vitesse, avec une mention spéciale à l’apparition du personnage de Maxine, la dealeuse blonde qui sort de nulle part.

C’est surtout cette hésitation constante entre la piste fantastique et la piste sociale – celle du survival – qui termine d’alourdir le récit. Le fantastique est en effet très présent dans la série, alors qu’il n’est qu’un prétexte dans le livre (la fin du roman est à cet égard plutôt ratée, l’auteur tentant une explication surnaturelle inutile pour boucler son récit). Après quelques belles trouvailles, pour lesquelles l’influence de Lost est d’ailleurs très présente, la série tourne rapidement en boucle. Et ce n’est pas la mise en scène plutôt convenue qui viendra sauver de la torpeur cette première saison assez fade.

Pensé à l’origine sous le format d’une mini-série, Under the dome, fort de son succès outre-Atlantique, rempilera en 2014 pour une seconde saison, dont la trame s’éloignera totalement du roman. Le pilote devrait être écrit par Stephen King lui-même. Mais, malgré l’immense respect qu’on lui doit, on a des sérieux doutes sur le projet.

Under The Dome, saison 1. Série créée par Brian K. Vaughan d’après le roman de Stephen King, avec Mike Vogel, Rachelle Lefèvre, Dean Norris. 13 x 43 min. Diffusion sur M6 à partir du 31 octobre.

Cinéphile éclectique, surtout quand il s’agit de cinéma américain (voire anglo-saxon à la limite).

Be first to comment