[FEFFS] : Xan Cassavetes, une femme sous influences

Xan Cassavetes a le cinéma dans le sang. Fille cadette du grand John Cassavetes et de l’actrice Gena Rowlands, elle réalise avec Kiss of The Damned son premier long métrage de fiction. Ce film vampirique a récemment remporté l’Octopus d’or au dernier Festival européen du Film fantastique de Strasbourg. Une victoire pour le moins discutable, si l’on considère la minceur du scénario et la mise en scène, un brin poseuse. Des faiblesses heureusement compensées par une atmosphère originale, balançant entre modernité et nostalgie des bandes horrifiques des années 70 et 80. Rencontrée le temps de l’événement alsacien, la cinéaste est revenue sur la genèse de son film et sur les précieuses références du genre qui l’ont nourri.

En 2003, vous réalisiez Z Channel: a magnificent obsession, un documentaire portant sur l’influence de l’une des premières chaînes de télévision payante du câble sur le cinéma moderne. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour réaliser votre premier long métrage de fiction ?

Après Z Channel, j’avais beaucoup d’intrigues en tête mais je n’avais pas les moyens de les mettre en image. Jusqu’à ce film qui parlait d’une histoire d’amour tournant à l’obsession à Mexico City. Le budget était là et des acteurs reconnus avaient intégré le casting. Mais plus l’étape de la réalisation arrivait tardivement, moins je me sentais proche du projet. J’ai alors écrit le scénario de Kiss of The Damned pendant les fêtes de Thanksgiving et me suis ensuite adressée à mes investisseurs en ces termes : « j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle ; la mauvaise, c’est que je n’ai plus envie de faire le film, mais la bonne c’est que j’ai un autre script à vous proposer ; il coûte moins cher et en plus il y a des vampires dedans ».

Pourquoi avoir choisi le Fantastique ?

Ce n’était pas prémédité. Mais depuis que j’ai tourné Kiss of The Damned, je ne pourrais pas faire d’autres films sans inclure des éléments de fantastique. Il s’agit sans doute du genre le plus créatif de l’industrie. La réalisation de longs métrages d’horreur et de science-fiction génère une sorte d’émulation et de concurrence. Tous les éléments artistiques de la palette cinématographique sont mis à contribution de manière optimale.

Comment vous est venue l’idée du scénario ?

Un ami d’un ami voulait qu’un film soit tourné dans la maison que l’on voit dans Kiss of The Damned. Il a invité des réalisateurs à la visiter. J’ai alors eu l’image d’un vampire solitaire en train d’errer dans cette demeure. La propriété m’a aussi fait penser à un endroit où j’ai vécu avec ma sœur, pendant une période importante de ma vie. Sauf qu’à la différence de la relation destructrice qui unit Djuna et Mimi dans le film, nous entretenons un rapport fraternel harmonieux. Ce lieu a donc touché mon inconscient et m’a ému. Pendant un an, j’ai alors réfléchi à un scénario. Et au moment où je travaillais sur cette histoire d’amour à Mexico, j’ai eu une période de lassitude et d’énervement. Une seule idée me hantait : faire un film atmosphérique dans cette maison.

Vos vampires évoluent dans le milieu du cinéma et des arts. Certains d’entre eux obéissent aux règles qui leur permettent de coexister pacifiquement avec les humains; d’autres comme Mimi préfèrent suivre leur nature et leurs pulsions. Y-a-t-il ici une critique déguisée du cinéma d’aujourd’hui qui obéit à une certaine standardisation ?

S’il y a une critique, elle n’est pas intentionnelle. Bien sûr, avec l’âge on ne peut être qu’observateur envers le cinéma moderne et ce qu’il en coûte de connaître le succès. A cet égard, je me sens proche du personnage de Paulo. Comme lui, j’ai mis du temps à faire ce film et j’ai travaillé très dur pour y arriver. Si mes vampires obéissent à certaines règles c’est pour mieux apprécier leur éternité, donner un sens à leur vie. Quand à Mimi, elle souffre tellement de sa condition qu’elle n’essaie même pas de dompter son existence.

Joséphine de La Baume, Roxane Mesquida et Anna Mouglalis composent le casting féminin de votre film. Pourquoi avoir choisi des actrices françaises ?

J’ai toujours adoré les films d’horreur européens, en particulier ceux avec des femmes vampires. Pour moi, elles ont toujours incarné la séduction féminine à son apogée. Elles sont synonymes de sexualité et de sophistication. Elles ont une allure que mes concitoyennes n’ont pas. J’aime aussi le fait que le personnage masculin soit américain et qu’il soit entouré de ces trois femmes vampires françaises. Un lien les unissait, même en dehors de la caméra. Sur le plateau, elles parlaient une langue qu’il ne comprenait pas. Il se sentait intimidé et un peu exclu.

A la vision de Kiss of The Damned, on pense beaucoup aux Prédateurs de Tony Scott ainsi qu’aux giallos des années 70. Des références importantes pour vous ?

Les Prédateurs est en effet un film qui compte beaucoup pour moi. J’y ai pensé quand j’ai décrit le film de vampires que je voulais réaliser à mes producteurs. Je ne cherchais pas à en faire une copie. C’est plutôt l’idée d’un enfermement décadent qui me plaisait. L’idée d’un lieu extravagant en guise de prison. J’ai songé à utiliser la maison du film de la même manière. Quant aux giallos, je les trouve extrêmement stylisés et loin d’être superficiels. La beauté et la déchéance font partie intégrante de la narration de ces films. J’aime leur humour, leur côté glamour et la désorientation qu’ils provoquent. Je m’en suis inspirée de façon délibérée. J’avais même pensé à doubler le film avec des voix différentes de celles des actrices. Mais il n’y a pas que le giallo ; mes influences passent aussi par Bertolucci, Mario Bava et Visconti.

Des extraits de films de Bunuel, Cromwell et De Sica parsèment d’ailleurs votre long métrage…

Mon documentaire Z Channel contenait déjà beaucoup d’extraits de films. C’est une véritable obsession pour moi. J’apprécie le fait de citer des auteurs dans mes réalisations. Dans Kiss of The Damned, l’héroïne est cliente d’un magasin de location vidéo. Elle cherche à étudier les êtres humains à travers les films qu’elle voit. Paolo partage la même cinéphilie. Après leur rencontre, ils regardent ensemble un film de Bunuel. Dans cet extrait le personnage est sur le point d’être violé. Ce plan est un miroir inversé de la scène qui va suivre : Djuna est attachée sur le lit et Paolo vient vers elle. Mais alors que chez Bunuel la peur domine, c’est la confiance qui prime ici.

Pourrait-on espérer voir un jour un Kiss of The Damned 2 ?

Tout dépendra des financiers. J’aimerais bien en effet réaliser une suite qui serait davantage centrée sur les personnages de Xenia et Mimi.

Avez-vous déjà d’autres projets ?

Je ne peux pas trop en dire. Je suis grecque et assez superstitieuse. Si j’en parle trop, j’ai peur de ne pas les voir se concrétiser. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il devrait y avoir des hallucinations, des meurtres et de la folie.

Depuis qu’il a vu Gremlins dans une salle de cinéma strasbourgeoise à cinq ans et demi, le fantastique est devenu son genre filmique de prédilection. Son Mad Movies à la main, il décide à 14 ans de prendre la plume pour exprimer sa passion du septième Art. Afin de suivre son ambition, il quitte son Alsace natale au profit du soleil marseillais. Actuellement employé d’une agence de presse, on a pu entre-temps lire sa prose dans le magazine SFX, le journal La Provence et le site cinefil.com.

1 Comment

  • Répondre octobre 15, 2013

    cathy

    j’ai vu le film.. et effectivement ..il change de tout ce que j’ai pu voir sur les vampires.

    Savez-vous comment je pourrais contacter la réalisatrice ? Pouvez-vous me répondre sur mon email, car j’ai une raison bien précise de le demander. Merci.

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