The Conspiracy, documenteur parano

The Conspiracy n’est sorti ce 18 septembre que dans cinq salles en France. Malédiction de la sortie technique* à laquelle sont voués ces films que l’on préjuge incapables de remplir les salles obscures et qui n’ont même pas droit au service minimum du côté de la promo. C’est pourtant dommage, car The Conspiracy est un objet assez intriguant, susceptible de plaire aux amateurs de thrillers non formatés.

Disparition

The Conspiracy prend la forme d’un documentaire. Aaron et Jim sont journalistes. Signalons qu’ils sont affublés du même prénom ou surnom que les acteurs qui les incarnent ; ficelle usée pour jouer de la porosité entre le réel et la fiction. Le duo se lance dans un reportage dédié à un homme qui consacre sa vie à mettre en lumière la théorie du complot. On y cause Illuminati, 11-Septembre et aveuglement planétaire. Les rencontres s’enchaînent jusqu’au moment où cet interlocuteur ne répond plus aux appels. Les deux journalistes décident donc de poursuivre les recherches entreprises par le disparu pour tenter de découvrir ce qui a pu lui arriver. C’est ainsi qu’ils tombent sur un article évoquant Taurus, une organisation secrète qu’ils envisagent d’infiltrer.

Faux documentaire

Ils nous proposent alors de suivre les coulisses de leur infiltration. Les rencontres secrètes, les mystérieux interlocuteurs et les caméras cachées. Un peu plus tôt, la linéarité du documentaire bifurquait le temps que Jim prévienne : « Si j’avais su ce qui allait se passer, je n’aurais jamais cherché à en savoir plus. » Par cette phrase, qui introduit un suspense, on devine que cette entreprise va mal se terminer, ou, du moins, qu’elle ne sera pas une sinécure. La dimension (pseudo) journalistique de The Conspiracy s’effrite alors, car, en même temps qu’il place le spectateur dans une position d’attente (malsaine) d’un événement a priori dramatique sur le point de se produire, ce teasing oublie de délivrer une réelle information.

Found Footage

Le film a dès lors commencé à assumer un statut de thriller (ou de vrai-faux thriller puisqu’il faut se méfier des apparences) où l’on suit, en caméras subjectives (les caméras cachées que portent les deux journalistes), les personnages au cours de leur mission d’inflitration. Les images sont montées sèchement et ne sont accompagnées d’aucun commentaire, d’aucune explication. Les scènes auxquelles les deux hommes assistent se révèlent aussi surprenantes qu’inquiétantes ou confuses. Alors, The Conspiracy cesse entièrement d’être un reportage pour nous faire ressentir le trouble, la sidération des journalistes, complètement perdus. Cette concession au found footage (puisqu’il s’agit de séquences brutes, remontées a posteriori, sans être mises en perspective), s’achève une fois le climax atteint.

Thriller

Retour à la forme documentaire lors de l’épilogue : une conclusion bien plus maligne qu’on pourrait le penser, puisqu’elle légitime le mélange des genres, en ouvrant l’ensemble sur une nouvelle dimension : et si, l’aspect protéiforme de The Conspiracy s’expliquait par le fait qu’il est lui-même un instrument de manipulation employé par les mêmes personnes qui se trouvent à la racine des conspirations que cherchaient à mettre au jour nos complotistes ? Que nous raconte réellement ce « documentaire » qui fait monter la tension pour se dégonfler comme une baudruche ? Des questions que se poseront malheureusement bien peu de spectateurs, parce qu’ils n’auront pu avoir accès à ce film indépendant. Ignorant même jusqu’à son existence.

* On parle de sortie technique lorsqu’un film ne sort que dans un nombre restreint de salles. Cette « stratégie » permet au producteur et au distributeur de gagner plus d’argent au moment de la sortie du long métrage en DVD – car celui-ci est considéré comme une « oeuvre de cinéma » – qu’une édition directement en vidéo n’aurait rapporté.

The Conspiracy, Christopher MacBride, avec Aaron Poole et James Gilbert, Canada, 1h25.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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