[L’Étrange Festival] English Revolution, la clé des champis

L’an passé, sortant sur nos écrans à six mois d’intervalle, Kill List et Touristes annonçaient aux spectateurs que Ben Wheatley était un réalisateur avec lequel il allait falloir compter. Le Britannique démontre dans ces deux films (Down Terrace, son premier long, datant de 2009, est encore inédit chez nous, mais il devrait être disponible prochainement en VOD) sa maîtrise du mélange des genres. Kill List glisse du drame social à l’anglaise vers le thriller, avant de basculer dans l’horreur. Touristes est un film de serial killer mâtiné de comédie noire et aux faux airs de reportage de Strip Tease. Ces deux oeuvres témoignent également du talent avec lequel l’auteur parvient à gérer les changements de cap scénaristique et ainsi déjouer les attentes du public : deux films gentiment hors normes, suffisamment pour attendre la suite avec excitation.

Bad trip à ciel ouvert

Ce projet, c’est A Field in England – platement retitré English Revolution -, un film en costumes et en noir et blanc, dans lequel des déserteurs de la guerre civile sont capturés par un alchimiste, qui leur demande de les aider à trouver un trésor caché dans un champ. Or, le pré en question est un terrain fertile pour les champignons hallucinogènes, dont ces messieurs n’hésitent pas à se régaler. La quête se mue alors en bad trip à ciel ouvert – pour schématiser, un film psychédélique dans la campagne anglaise du XVIIIe siècle. C’est dire si le potentiel commercial de ce film, par moments franchement expérimental, est tout relatif. C’est pourquoi English Revolution ne sera sans doute visible en France qu’en VOD, ou en téléchargement légal. Sa projection dans le cadre de L’Etrange festival était probablement l’une des seules occasion de le découvrir de ce côté-ci de la Manche, du moins sur grand écran.

Expérience sensorielle

Il faut bien reconnaître qu’English Revolution n’est pas la réussite espérée. Si les séquences hallucinatoires offrent une expérience sensorielle mémorable au public, en le faisant tripper de concert avec les héros (le film s’ouvre sur un carton mettant en garde contre le montage stroboscopiques de certaines scènes), le reste provoque un ennui assez désarmant. Ben Wheatley a sans doute voulu se faire plaisir en frayant du côté de l’expérimental. Malgré tout, English Revolution ne donne jamais l’impression d’être un film « de petit malin », sûr de ses effets, cherchant à en mettre plein la vue.

Parce qu’il s’amuse à tordre codes et conventions, et parce qu’il fuit les cahiers des charges calibrés, Ben Wheatley demeure l’un des réalisateurs les plus excitants du moment. Son prochain long métrage, Freakshift, annoncé comme un film de monstres, sera sa première expérience sur le sol américain. Il faut espérer qu’il traversera l’Atlantique sans faire de concessions.

A Field in England, Ben Wheatley, avec Michael Smiley, Reace Shearsmith, Julian Barratt, Grande-Bretagne, 1h30.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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