Jobs : Une pomme sans saveur

Synonyme de hardiesse novatrice, Steve Jobs a révolutionné l’informatique et notre quotidien. Une vision qui fait maintenant partie intégrante de notre culture, dont on ne peut imaginer se passer. A l’instar de Mark Zuckerberg et de Facebook, rien de surprenant donc à ce que le grand écran s’empare du parcours incroyable du co-fondateur d’Apple. Bien loin The Social Network, Jobs pèche par un académisme plombant qui ne cadre pas vraiment avec la folie de l’entrepreneur.

Le design est aussi important que la qualité du produit. Tel était le credo adopté par Steve Jobs concernant sa conception de la créativité. Un idéal qui n’a visiblement pas été suivi par le réalisateur Joshua Michael Stern (Swing Vote – 2008). L’existence de cet inventeur de génie ne manquait pourtant pas d’ingrédients pour signer une grande fresque cinématographique. Anglé sur la genèse d’Apple et la reconquête de sa direction, le scénario alterne trahisons et luttes de pouvoir tout en suivant le cheminement initiatique du personnage.

Abandonné à la naissance par ses parents biologiques, Steve Jobs recherche la figure paternelle à travers ses différents partenaires professionnels. Une dépendance névrotique qui se retournera contre lui. Tel un enfant voulant protéger son jouet, il n’aura de cesse de se replier sur lui-même dans un élan paranoïaque. A juste titre, puisqu’il sera évincé de sa société par ses pères de substitution. Ce revers l’amènera à s’émanciper dans son leadership et à revenir vers l’altruisme qui nourrissait les fondements de son ambition.

Une intériorité qui sera à peine effleurée au profit d’une narration qui tournera davantage autour de l’avènement de l’ordinateur personnel et de ses évolutions. Omettant de creuser ainsi la vie émotionnelle du self-made man face à l’adversité et ses échecs, le film verse facilement dans la caricature. Prêt à tout pour concrétiser sa vision, Steve Jobs est présenté comme un dictateur sans scrupules, n’hésitant pas à briser des amitiés encombrantes.

Sans complaisance, Jobs loue aussi la témérité d’un homme face au scepticisme relatif à ses idées. Un modèle d’inspiration qui retombe vite à plat, la faute à une réalisation sans relief et sans souffle. Linéaire dans son récit, ce film Wikipédia suscite plus l’ennui que l’émulation. Et le choix d’Ashton Kutcher dans le rôle-titre ne rehausse guère l’intérêt. Malgré sa ressemblance troublante avec le personnage et la qualité de son interprétation, l’acteur ne possède pas l’envergure suffisante pour compenser les faiblesses de la mise en scène.

Non sans être instructif, ce biopic éclipse ainsi à tort la sphère privée et existentielle de son protagoniste (son rapport à la famille et à la maladie ne sont pas abordés). Une frustration qui devrait être heureusement corrigée par le scénario que développe à l’heure actuelle Aaron Sorkin, l’auteur de The Social Network. Assez audacieuse dans le genre, l’intrigue saisira l’essence de Steve Jobs en seulement trois scènes qui se dérouleront en temps réel. Soit juste avant le lancement de trois produits phares d’Apple. Un concept risqué, bien plus en phase avec l’esprit frondeur du créateur que ne l’est ce film morne et paresseux.

Jobs, Joshua Michael Stern, avec Ashton Kutcher, Dermot Mulroney, Josh Gad, États-Unis, 2h08.

Depuis qu’il a vu Gremlins dans une salle de cinéma strasbourgeoise à cinq ans et demi, le fantastique est devenu son genre filmique de prédilection. Son Mad Movies à la main, il décide à 14 ans de prendre la plume pour exprimer sa passion du septième Art. Afin de suivre son ambition, il quitte son Alsace natale au profit du soleil marseillais. Actuellement employé d’une agence de presse, on a pu entre-temps lire sa prose dans le magazine SFX, le journal La Provence et le site cinefil.com.

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