Yossi, trentenaire gay à Tel Aviv

Yossi – le talentueux, mais pas très bien coiffé, Ohad Knoller – a un peu plus de trente ans. Certes il n’est pas le seul dans ce cas. Yossi est médecin à Tel Aviv. Il n’est pas non plus l’unique cardiologue à exercer dans la ville qui ne dort jamais. Et Yossi est gay. Encore une fois comme d’autres. Seulement, lui, il est face à la caméra du réalisateur israélien Eytan Fox.

2012, Eytan Fox nous raconte comment on peut vivre en étant gay à Tel Aviv. Ohad Knoller revient, 10 ans après Yossi et Jagger, le premier volet de son histoire – que vous n’aviez pas vu mais rien de grave. Flashback rapide : dans l’armée, il rencontre Jagger qui, hélas, meurt au combat. Et une décennie après, il essaie tant bien que mal de se reconstruire. Aujourd’hui, cardiologue, il attend simplement que le temps passe et de masturbation en rencontres sur le net en passant par les soirées – glauques – avec ses collègues – qui-ne-savent-pas-qu’il-est-gay, il reste accroché à cet amour perdu. Sauf qu’un jour, il craque – et on le comprend – et trace la route. Laquelle va le mener jusqu’à Tom, un jeune militaire.

On ne sait presque rien de lui, on observe juste ses pérégrinations, du coin de l’oeil discret, une caméra fluide accrochée à chacun de ses mouvements et de sa réflexion. On avance avec lui, on éponge sa tristesse de vivre caché, on sourit de ses audaces – rares mais touchantes – et on s’émeut de son sourire sincère. Eytan Fox, grâce au jeu terriblement juste d’Ohad Knoller et aux plans suffisamment lents pour permettre à chacun de rester suspendu aux lèvres de l’acteur principal, façonne un Yossi timide et attachant qui gravite tant bien que mal dans un costume à l’origine mal taillé pour lui.

Le film n’est pas seulement une mise en scène banale de l’histoire de Yossi, il raconte aussi comment on peut permettre à sa vie de retrouver un sens, et en quoi aimer, c’est aussi faire confiance. 81 minutes, pas une de plus, suffisent pour dresser le portrait d’un trentenaire désabusé qui, sans chercher à être heureux, tend à le devenir. On assiste, spectateur comblé, à la métamorphose d’une chenille et à son échappée loin de sa chrysalide. Jolie mutation.

Après Yossi et Jagger en 2002, Tu marcheras sur l’eau en 2004 et The Bubble en 2007, Yossi  signe le retour d’un réalisateur israélien (trop) silencieux ces six dernières années. Belle histoire, plans travaillés, émotion palpable et bande son signée Keren Ann, il n’en faut pas plus pour en faire un film efficace.

Yossi, Eytan Fox, avec Ohad Knoller, Oz Zehavi, Lior Ashkenazi, Orly Silbersatz, Ola Schur, Gil Desiano. Durée : 1h21. Sortie en salle le 02 Janvier 2013 et sortie DVD le 6 mai.

Petite, je rêvais d’être journaliste. Du coup je suis devenue journaliste. J’aime le cinéma et son éco-système, ses scénarios pourris et ses intermittents aussi. J’ai vu de la lumière chez Cinématraque alors je suis entrée. C’était chaleureux et ça parlait cinéma. J’aime le cinéma et son éco-système, ses scénarios pourris et ses intermittents aussi. Alors je suis restée.

3 Comments

  • Répondre juin 6, 2013

    EVE

    Oui je vais tenter…

  • Répondre juin 6, 2013

    EVE

    J’ai vu la trilogie Eythan Fox dont tu as parlé, et j’ai été spécialement émue par Yossi et Jagger… En revanche je n’avais pas osé aller voir Yossi, tellement la critique avait été mauvaise. Je suis donc étonnée de ton article et me dis qu’il n’est jamais trop tard pour aller le voir en DVD.
    Anecdote: à l’avant première de The Bubble, j’ai entendu Ethan Fox raconter combien il était fier d’avoir fait du coupe de Yossi et Jagger « un concept » nouveau dans la société israélienne, désormais, a-t-il raconté, on ne dit plus « amis comme David et Jonathan » (conformément à la référence biblique); en Israël on dit de deux amis très complices (même non-gays): « comme Yossi et Jagger »…

    • Répondre juin 6, 2013

      Claire

      Je n’ai pas vu les précédents, peut-être que ça joue aussi…
      Tu me diras !

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